LIVRE TROISIÈME
la Hongrie provincialisée. Elle dut renoncer à ses départements méridionaux dont on Forma à TOuest la Vayvodie serbe et à l'Est le Banal, La Transylvanie redevint une province séparée, avec Nagy-Szeben comme centre de l'administration civile et militaire. On y remplaça les anciens départements (comitats) par cinq districts répartis de manière que l'élément magyar y restât toujours en minorité. On répéta cette même tactique dans la Hongrie proprement dite, où, tout en maintenant le cadre départemental, on établit également cinq districts naturellement beaucoup plus considérables, mais néanmoins destinés à produire un résultat analogue. Dans les cinq centres administratifs des cinq districts hongrois, on installa autant de cours d'appel, tandis que la copr de cassation siégeait à Vienne pour nettement indiquer la dépendance judiciaire de la Hongrie de la justice de l'empire. Cette dernière ne laissait d'ailleurs rien à désirer, grâce à sa récente réorganisation judicieuse et bien comprise, due aux lumières du ministre de Schmerling, L'administration civile autrichienne était incontestablement en progrès sur l'ancienne administration nobiliaire et élective hongroise. Si malgré $es avantages et son caractère démocratique on l'avait en horreur dans toute la Hongrie^ il faut l'imputer à l'origine étrangère de ses représentants, recrutés dans les pays héréditaires et notamment en Bohême; on leur donna le sobriquet de « hussards de Bach » parce qu'ils étaient nommés par ce ministre, ainsi qu'à la langue allemande dont ils se servaient officiellement aussi bien que dans la vie privée pour contribuer de leur mieux à la réalisation de ridée maltresse de Bach : la germanisation de la Hongrie. L'introduction du corps des gendarmes y visait indirectement, car ceux-ci tenaient d'autant plus en suspicion tout Magyar fidèle à sa langue, aux mœurs et traditions de sa race, qu'il leur était dû une certaine récompense pour chaque arrestation suivie de condamnation et qu'ils savaient être agréables à leurs supérieurs en inculpant le plus de Magyars possibles (I). A côté d'eux la police, tant publique que secrète, put cueillir maints
J Behifés (G) : I Fcrencz-Jozsef es kora. Pa(;e 440 et 441.
lauriers, soit au moyen de la délation et d'un a cabinet noir r bien organisé en vue de la violation des correspondances, soit en arrêtant ou tout au moins en contrariant l'essor de la vie intellectuelle de la Hongrie. On suspendit le Fonctionnement publique de rAcadémie des sciences hongroise ainsi que de la société littéraire Kisfaludy et on ne laissa paraître que quelques journaux hongrois soumis à la censure la plus rigoureuse et qu'une simple ordonnance de police pouvait à chaque instant supprimer. La plus simple allusion poétique, le simple titre d'un morceau de musique suffisaient pour attirer les foudres dé la police sur la tête de leurs auteurs, généralement cachés sous des pseudonymes.
Les empiétements de l'absolutisme autrichien ne respectèrent pas davantage le domaine de la religion. Aussitôt installé à Bude, le baron Uaynan chassa trois évêques de leurs sièges épiscopaux. Le prince-primat //rt/w, nommé par le ministère hongrois, se vit forcé de donner sa démission peu de temps après. Mais ces intimidations ne changèrent nullement les sentiments patriotiques du clergé catholique. Le nouveau prince-primat Sczhovszky ne voulut pns consentir à renoncer à la situation indépendante de l'église catholique en Hongrie et refusa net de reconnaître un chef dans l'archevêque de Vienne. Cette résistance ne cessa pas, même avec la proclamation du Concordat, en 1855, quoiqu'il garantit une situation inespérément favorable à l'Église. Pour en tirer parla suite quelques bénéfices le ministre des Cultes et de l'Instruction publique, comte Léo Thun, l'interpréta de manière à ne voir dans les membres du clergé catholique que des agents (le la réaction et de la germanisation, prêts à prêcher la soumission la plus absolue au pouvoir établi, à extirper du cœur de la jeunesse hongroise toutes les fibres la rattachant aux traditions nationales. Calcul heureusement erroné, comme celui concernant l'asservissement des églises calvinistes et luthériennes, dont l'autonomie, garantie par la constitution hongroise, devait souverainement déplaire à des hommes de gouvernement hypnotisés par l'idée de la centralisation à outrance de toute la monarchie.