LA PÉNINSULE BALKANIQUE EST LE BERCEAU DU PEUPLE ROUMAIN
La langue qu'un peuple parle, remplit à Tégatd de son histoire en quelque sorte Toffice de ces instruments enregistreurs dont on munit les ballons- sondes lancés dans Tespace. Elle indique l'endroit et l'époque où il s'est formé, les voisins qu'il a eus, les influences politiques et religieuses qu'il a subies. De là l'étroite union de la linguistique et de l'historiographie modernes pour résoudre les problèmes ethniques qui sont restés jusqu'ici sans solution, faute de documents authentiques.
En ayant écarté la théorie de l'origine et de la continuité daciques, la présence des Roumains dans les pays qu'ils occupent aujourd'hui serait inexplicable aussi. Ils s'y seraient introduits sans éveiller l'attention, d'une manière subreptice, en plein moyen âge, dans un temps où le droit ne résidait que dans la force — si les recherches philologiques d'un Thunmann (1), d'un Gaston Paris (2), d'un Hunfalvy (3), d'un Onciul (4) et surtout le récent travail du D' Réthy (5) n'eussent pas dissipé les ténèbres qui couvraient, opaques et épaisses, le berceau du peuple roumain. Grâce à leurs efforts, il ne peut plus y avoir de doute à son sujet; ils sont arrivés à en déterminer l'emplacement et l'établissement à une centaines de kilomètres et d'années près.
Selon leurs conclusions, il faut d'abord constater, comme constatent Roesler et le professeur Jon. Nadejde également, que
(1) J. Tbukmakic, Vntersuchungen iXber die Geschichte der œst lichen curopàischen Volker, Leipzig 1774.
(2} Gastou Paris, Bomania, voL II, p. 3.
(3) Paul Husfalvt, A rumun nyelv, Budapest, 1878.
(4) Convorbiré iiterare, XIX, 1885.
(5) D' Laoislab Rstbt, A romanismus Illyricumban, Budapest^ 1896.
ht MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT I/UISTOIRE
la langue roumaine n'est qu'une seule et unique langue malgré ses trois dialectes : le macédo-roumain, — celui que ron parle dans la VieilU'^erbie^ et Tistrien, car la diftérence qu'ils ont entre eux n'est pas plus considérable que celle qui existe entre les divers dialectes de l'italien; — unité qui suppose qu'elle a été créée par une seule race et sur un même territoire. Et celui-ci devait être en contact direct avec V Italie puisque la construction phonétique et les traits les plus saillants du caractère de la langue roumaine rappellent non pas le « sermo rusticus » latin, comme l'affirme le u Tentamen criticum ^ de Trébonien Laurian ou le a Grand Dictionnaire « et le a Glossaire » de l'Académie de Bucarest, mais l'italien du vu' siècle quand le c est devenu déjà icli devant Ve et l'i et le ; et le g sont devenus ge et dge. (Pierre Maior soutenait dans son a Lexicon » qu'il fallait considérer la langue roumaine comme la mère du latin!) D'ailleurs, il y a des dialectes italiens — celui que l'on parle en Sardaigne et que l'on appelle logudoro ainsi que le dialecte ombr<h-macératais — dans lesquels on retrouve certaines particularités du roumain : le changement du qxi et du gr enp et 6, par exemple at/ : ua apa; qualtro, patru; lùigua, limba; le changement de / en r (même dans l'article).
Si, d'autre part, on tient compte du nom roumain qui est évidemment la forme corrompue du romane italien c'est-àdire : habitant de l'ancien Remania — de la /{om^^n^ actuelle, — où la population est rhotacisante même aujourd'hui, on doit convenir qu'en cherchant parmi les pâtres des Apennins les plus proches consanguins des Roumains, on est sur la bonne voie aussi bien à cause de la ressemblance du nom et du langage qu'à cause de la conformité du goût chez les uns et les autres pour la vie pastorale et presque nomade.
La propagation dans l'Est de V Europe d'une population venant de V Italie ne pouvait avoir lieu naturellement qu'au moyen d'essaimements. Pour des raisons locales, et il ne devait pas en manquer du temps de l'invasion des Goths et des Longobaî'ds, ou poussés par le besoin de déplacement, les habitants de YExaîxhat se mirent en marche dans la direction de