‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 220 sur 232 · LIVRE TIIOISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TIIOISIEME

poisons encore : sous prétexte qu'il excitait les Motzes contre l'introduction du cadastre, on le fit emprisonner, mettre aux fers à Gyxdafeliéinjàr et transporter à Nagy-Szeben, Là, il fut mis en liberté et on voulut même le dédommager des mauvais traitements qu'il avait subis par une forte somme d'argent (1,250 francs). Mais il n'accepta rien et il suivit au contraire docilement, quoique déjà en proie à la folie, son père, qui le ramena dans son pays, où il vécut longtemps encore en recourant à la charité publique. De préférence, il s'adressîi aux Magyars^ qui l'aidaient de bon cœur, car ils savaient pertinemment que plus d'un des leurs lui devaient la vie et que si ses hommes commirent des atrocités, c'était toujours à son insu et contre son gré.

Depuis la déposition de l'évèque grec-uni Lemënyi par le baron Puchner, le siège épiscopal de Balàzsfalva resta inoccupé. De Wohlgemulh lui intimal'ordre de donner sa démission formelle en mars 1850. Sa prompte obéissance ne le préserva pas des foudres de la réaction : pour le punir de son attachement à la constitution hongroise, on l'enferma dans le couvent des Franciscains de Vienne, où il mourut en 1861. Quant à l'évéché de Balàzsfalva, un synode convoqué en 1850, pour l'élection du nouveau titulaire, en disposa en faveur de Sierca-Siulutiu que l'empereur agréa incontinent. C'était le triomphe complet des ultras, car le daco-roumanisme du nouvel évéque était tellement outré qu'il déplaisaità«$/a^u7ia lui-même. Au commencement de l'année 1851, il y eut un changement dans le gouvernement militaire de la Transylvanie. Le général prince Charles Scliwarzenberg , y remplaça de Wohlgetnuih. Attiré par ses sympathies personnelles vers la société de l'aristocratie magyare, le nouveau commandant en chef ne se montra cependant pas aussi hostile aux /i^oe/mam^ que son prédécesseur. Ce furent alors surtout les 5aj;o/i5 qui firent une guerre acharnée au roumanisme. Fiers de leur origine germanique à cause de laquelle ils devinrent les alliés naturels de l'absolutisme allemand, ils se conduisaient en protecteurs plus ou moins bienveillants à l'égard des Roumains et trouvaient mille raisons plus ou moins admissibles pour les dépouiller à leur propre

profit des places que ceux-ci avaient obtenues dans l'administration. Aussi était-ce simplement du voyage entrepris par le jeune empereur en 1852 à travers la Hongrie et la Transylvanie que les ouailles de Siulutiu et de Siaguna attendaient la réalisation de leurs espérances. Mais ils devaient éprouver une déception encore, car les bruits que Bach faisait courir avant l'arrivée du souverain, et d'après lesquels ont eut été à la veille de grands événements^ cessèrent brusquement aussitôt le voyage terminé. En réalité, ce n'était donc qu'une manœuvre du ministre peu scrupuleux pour obtenir les acclamations des populations et pour démontrer ainsi à François-Joseph par Tallégresse générale l'excellence de son gouvernement. En guise de consolation, les Roumains se payèrent alors plus que jamais des théories daco-roumaines, qui n'eurent qu'un résultat pratique : l'introduction définitive des caractères latins dans l'écriture et la typographie roumaine.

Il devenait ainsi de plus en plus clair que le système absolutiste et germanisateur infligé aux Magyars rebelles comme un châtiment, ne ménageait en rien les nationalités et, par surcroit, les humiliait encore, puisqu'il démontrait avec la dernière évidence combien on appréciait peu à Vienne le concours qu'elles avaient prêté pendant la guerre constitutionnelle. De là ce refroidissement de leurs rapports avec le gouvernement impé* rial et leur rapprochement inconscient des Magyars qui, étant malheureux, n'excitaient plus maintenant autant leur jalousie séculaire.

Mais ce n'était pas la seule satisfaction que les retours de la justice immanente réservaient à la Hongrie vaincue. Les conservateurs magyars qui, par tradition et conviction, étaient restés inébranlablement attachés à la cause de la maison des Habsbourg pendant le conflit, croyant qu'il ne s'agissait là que de la répression d'une révolte et qu'on allait rétablir la constitution suspendue immédiatement après la cessation des hostilités, se sentaient douloureusement atteints par les procédés des absolutistes pangermanistes et mettaient tout en œuvre pour prouver l'imprescriptibilité des droits de la Hongrie, Par leur intervention personnelle, comme celle des comtes Georges

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