‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 221 sur 232 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Apponyi\ Emile Dessewffy\ par leurs écrits, comme le livre de Paul de Somssich (1), ils entretenaient à la cour et dans le monde politique autrichien un courant, sinon de sympathie, au moins d'intérêt pour la Hongrie qui, servant de protestation contre le fait accompli et démontrant la viabilité de cette dernière, lui était doublement utile. L'action exercée à l'extérieur par les émigrés hongrois avait une portée morale semblable. Les discours prononcés par Kossuih en Angleterre et en Amérique^ dépeignant la grandeur passée et la misère actuelle de son pays, faisant connaître au monde le libéralisme des Magyars et leurs facultés d'assimilation, soulevaient Tenthousiasme de l'Occident que ses lieutenant : les comtes Ladislas Teleki, Jules Andrâssy, le colonel Kiss de Nemeskér^ François de Pulszhy entretenaient savamment dans la haute société et dont les échos parvenaient ensuite jusqu'au public, grâce à l'activité des publicistes Szaruady, Edouard Ilorn, Jean Ludwigh, Irànyi.

La coopération incessante de tant de patriotisme, jaillissant de sources si opposées, était déjà un gage sérieux de l'amélioriation probable et prpcbe de la situation de la Hongrie, Elle devint une certitude le jour (24 avril 1854) où François- Joseph conduisit à l'autel la princesse Elisabeth de Bavière. C'était installer sur le trône, sous l'égide de la beauté et des charmes, l'ange tutélaire des Magyars^ vers qui la jeune impératrice se sentait attirée eu souvenir de sa sainte patronne, la personnification idéale de la charité chrétienne, issue de la famille des Arpad, Son affection ne se manifesta d'abord que dans le nombre toujours grossissant des amnistiés hongrois dont elle devenait l'avocat infatigable auprès de l'empereur, d'ailleurs très bienveillant par lui-même. Le voyage que le couple impérial entreprit à travers la Hongrie en 1857, ne fit qu'augmenter cette bonne disposition. L'impératrice se mit alors à apprendre le hongrois et son professeur, le publiciste D' Max Falk, lui fit connaître non seulement la langue, mais la littérature et la politique magyares, en se faisant écrire, par le baron Joseph Eôtvos^ le romancier et ancien ministre, des let-

(i) Paul vox Somssicu, Das légitime Hechc Vngarns und seines KonigSy 1850.

très qu'il communiqua à son auguste élève, lui dévoilant ainsi. sous prétexte d'exercices de style, la situation, les aspirations véritables de la Hongrie, Ayant étudié à Taide de ce moyen détourné les qualités principales de Tâme et du génie magyars, elle prépara leur triomphe final en saisissant toute les occasions pour les mettre en lumière favorable auprès de Tempereur.

Mais avant que justice fût rendue aux revendications légales et légitimes de la Hongrie outragée, il fallait que le système absolutiste et pangermaniste disparût sous les ruines d'un effondrement ignominieux. A l'intérieur, ce fut la situation financière de la monarchie qui le prépara. Le système de Bach était aussi coûteux que stérile au point de vue économique. Pour équilibrer le budget, relativement insignifiant, mais dans lequel les recettes ne couvraient que la moitié des dépenses, ou vendit à vil prix tout ce qui pouvait se vendre, pour aboutir finalement à un emprunt forcé d'un milliard deux cent cinquante millions de francs qui fut à peine souscrit, malgré la pression la plus cynique de l'administration et dont on n'employa qu'une infime partie seulement d'une façon utile. Pour éblouir les populations mécontentes on fit de la politique internationale pompeuse,- qui eut certes quelques victoires à enregistrer, — telle que l'humiliation de la Prusse dans la conférence d'Olmiïiz (mai 1851) — mais dont les maladresses finirent par ameuter contre ÏAun-iche toutes les puissances et lui susciter les plus graves difficultés.

Celle que fit naître la guerre d'Orient entre Nicolas P' et le sultan AbduLMedjidy fut la plus inextricable. En raison de sa reconnaissance, de ses traditions et de ses tendances politiques, V Autriche ne pouvait être que l'alliée de la Russie^ d'autant plus qu'elle avait un compte personnel à régler avec la Turquie au sujet de la protection que celle-ci avait accordée jadis aux réfugiés hongrois. Mais, d'autre part, le cabinet de Vienne savait aussi pertinemment qu'en jouant le jeu de la diplomatie russe il se livrait pieds et poings liés au panslavisme orthodoxe auquel étaient inféodés en ce temps-là les Roumains ainsi que les Serbes, Donc, l'intervention autrichienne en faveur de la Auss/e eût été une faute politique aussi irréparable que l'avait été l'in-

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