‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 222 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

tervention russe en Hongrie. Mais comme Franpoî5-/o56jo/i n'avait contracté aucun engagement individuel envers le tsar, ii lui était permis de ne prendre souci que des intérêts de la monarchie. Il fit même plus : il envoya une armée d'occupation dans les Principautés danubiennes ^ empêchant ainsi l'envahissement de la Russie du côté sud-ouest et lui donnant la possibilité de concentrer tous ses efforts sur la défense de ^SVbasiopoly — occupation qui coûta une somme de 400 millions de francs et à cause de laquelle VAutriche s'aliéna les bonnes dispositions de V Angleterre^ tandis que la Sardaigne put tranquillement préparer l'unité italienne sous la protection de la France. Mais ce ne fut qu'une demi-mesure qui ne satisfit personne; aussi le comte Buol^ ministre des Affaires étrangères de VAutriche et son représentant au congrès de Paris en 1856, s'y trouva-t-il complètement isolé. Sans pouvoir rien obtenir pour son gouvernement, il y figura comme un comparse dont l'insignifiance encouragea singulièrement les ennemis plus ou moins déclarés de la monarchie habsbourgeoise.

L'occupation des Principautés danubiennes se prolongea jusqu'au mois de mars 1857. Les hommes d'État autrichiens en profitèrent pour mettre tout en mouvement contre l'union de la Valachie et de la Moldavie sous le sceptre d'un seul souverain. Attitude que la perspective d'une Roumanie forte, unie et heureuse, exerçant une attraction irrésistible sur \e%Roumains de la monarchie, a dû leur inspirer justement à la suite des déclamations des daco-roumains dont les rêves semblaient se réaliser ainsi, grâce à la politique nationaliste de Napoléon III, Elle visait à ce moment la réunion des deux principautés sous un même prince, dans l'espèce sous le prince Cow^a, réunion que les patriotes roumains considéraient avec raison comme un acheminement vers rindépendance de leur pays. Prévoyant ce résultat, la Turquie fit tout son possible pour empêcher cette double élection, mais elle eut lieu quand même en janvier 1857. Les discussions aigres-douces que cet événement souleva entre VAutriche et la France prirent peu à peu un tel caractère d'acuité qu'on en pouvait hardiment conclure à la collision imminente de ces deux États. Elle ne se produisit pas cependant

à cause de la question roumaine, mais à cause des empiétements constants de ]a cour de Vienne dans les affaires italiennes auxquelles Napoléon ne s'intéressa plus théoriquement seulement depuis qu'il avait Tintention de devenir i*allié de la famille de Savoie.

A Tépoque de la guerre d'Italie, il y avait déjà dix ans que durait, dans la monarchie des Habsbourg, Tabsolutisme centraliste et pangermaniste. Ses prétendus triomphes remportés à rintérieur, que le fraîchement baronisé Bach avait si pompeusement commentés dans sa brochure fameuse : u Un /égard en arrière, Bùchblick, » attirant ainsi la réponse foudroyante du comte Etienne Széchenyi, — devaient avoir un bnllant contre-coup à l'extérieur, en garantissant pour toujours aux principes conservateurs, représentés par Y Autriche concordataire et réactionnaire, leur prépondérance définitive dans ÏEurope tout entière. Or, au lieu de pouvoir se targuer de résultats pareils, par suite des défaites de Magenta et de Solférino les hommes d'États autrichiens se virent obligés d'avouer non seulement leur incapacité mais aussi leur corruption^ soit en remettant leur démission dans les mains de l'empereur comme Bach, Kempen, soit en se suicidant comme le ministre des finances, le baron Bruck.

D'autre part, les succès purement moraux de l'émigration hongroise, la désinvolture avec laquelle la question hongroise fut traitée lors de la conclusion de la paix de Villafranca démontrèrent clairement à la Hongrie qu'elle n'avait rien à attendre de l'étranger, qu'elle ne devait chercher son salut que dans sa réconciliation sincère avec François-Joseph^ à qui revenait la couronne de Saint Etienne même d'après la constitution hongroise.

Ce fut donc en apparence la nécessité qui fit éclater la secrète sympathie que le souverain et la nation avaient de tout temps ressentie l'un pour l'autre, dont on avait traîtreusement interrompu le courant, et qui, en unissant le trône et les chaumières, rend la Hongrie d'aujourd'hui si glorieuse, prospère et florissante !

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