‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 224 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

d'autant plus de gravité que la réussite de rexpédition de Garibaldi en Sicile encourageait singulièrement les exaltés. Soutenus par une fraction des émigrés, ils organisaient un soulèvement en comptant sur les secours militaires et financiers du gouvernement de Victor^EmmamieL Heureusement pour la cause hongroise, qui y eût plus perdu que gagné, leurs efforts restèrent infructueux, faute de trouver une base d'opération dans les pays limitrophes de la Hongrie. Les tentatives faites en Valachîe à cet égard échouèrent à cause de Tinimitié du prince Couza^ qui, considérant la Transylvanie comme une province future de la future Roumanie (1), ne tenait nullement aux succès des armes magyares. Il fit au contraire tout .son possible pour troubler la bonne harmonie naissante entre les Magyars et les Roumains .

L'effet que le diplôme d'octobre produisit à Pesth fut déplorable. Encore obsédée par le souvenir des machinations de la camarilla, l'opinion publique hongroise s'en méfiait comme d'un piège, et sans vouloir tenir compte de l'intention qui l'inspirait, elle ne mesurait que la distance qui restait h parcourir pour arriver à la restitution complète de la- constitution. Et cependant, exiger un semblable changement, aussi brusque et aussi radical, ne pouvait être qu'une aberration, car si François- Joseph eût pu l'accomplir personnellement, les créatures de l'absolutisme, encore toutes vigoureuses et placées au premier rang, et qu'il ne pouvait renvoyer en bloc décemment puisqu'elles n'avaient d'autre crime à se reprocher que de l'avoir trop bien servi, ne se fussent jamais prêtées à la réconciliation à ce moment-là. Il fallait que la transition s'effectuât d'une manière plus nuancée, que l'irréconciabilité s'émoussàt des deuv côtés, que le besoin de l'entente se fît plus violemment sentir, aussi bien dans le camp des Autrichiens que dans celui des Magyars !

En tout cas, voir reparaître des noms magyars sympathiques dans les plus hautes fonctions pouvait passer pour une satisfaction : on confia la chancellerie hongroise rétablie au

(1} Urmossy Lajos, Tizenhét év Erdéty tôrténetébvf, vol. I, p. 229.

baron Nicolas Vay^ à Tancien commissaire royal en Transylvanie du ministère Batihyàny^ et on plaça à la iéte des affaires transylvaniennes le comte Miko et le baron Kemëny, Quant à la dignité de a judex curiae » — de président de la cour de cassation ayant des attributions ministérielles, — elle échut au au comte Georges Apponyi dont il fut question en sa qualité de chancelier hongrois. On peut enregistrer à côté de ces concessions illusoires — puisque d'après la constitution de 1848 il ne devait plus exister ni chancelier, ni un autre chef judiciaire que le ministre de la Justice, — la réintégration de la Vayvodie serbe et du Banal à la Hongrie, ainsi que le rétablissement de l'administration départementale autonome dans tous les pays de la couronne de Saint Etienne. 11 résulta de cette dernière disposition Fexode général des « hussards de Bach » et le boycottage moral de tous les Hongrois ayant sei'\'i Tabsolutisme. La réinstallation de l'administration élective fournit à chaque département l'occasion d'exprimer sa réprobation au sujet des actes du gouvernement autrichien et son espoir concernant l'avenir du pays, sans indiquer bien clairement si sous cet « avenir » on sous-entendait tout simplement une évolution légale ou s'il signifiait une véritable révolution. Attitude expectante que les événements de 1848 pouvaient pleinement justifier, mais que les centralistes allemands expliquaient naturellement au désavantage de la Hongrie et dans laquelle ils découvraient un nouvel argument en faveur de l'application la plus prompte possible de leurs principes.

En attendant, il s'agissait de savoir quelles seraient les lois électorales que l'on emploierait dans les élections pour les Diètes projetées? On convoqua donc en /ionjr/e et en Transylvanie sous la présidence du prince-primat d'Esztergom (Strigonie) et du chancelier transylvanien provisoire, des conférences consultatives composées des notabilités politiques des deux pays. La première eut lieu le 16 décembre 1860 et ses 52 membres votèrent presqu'à l'unanimité en faveur de l'application de loi électorale de 1848. C'était un résultat prévu et cependant François Deâk n'accepta pas l'invitation du cardinal

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