LIVRE TROISIEME
Entre temps Vay. Kemény et Mikà ayant donne leur démission, Schmerling organisa ce gouvernement « sui generis » qu'on appela par euphémisme le « provisoire » mais qui n*était en somme qu'un absolutisme déguisé. On les remplaça par le comte Antoine Forgàch^ le comte Maurice Pàlffy et le comte Crenneville comme chancelier hongrois, gouverneur delà Hongrie et chef du « gubernium » transylvanien. Le semblant de constitutionnalisme que le diplôme d'octobre avait inauguré fut arbitrairement suspendu.
Schmerling ne s'occupa plus alors que de la composition d'une Diète transylvanienne, prête à envoyer ses députés au « Reichsrath >' . Et afin que les séductions de celui-ci fussent plus irrésistibles, il fit compléter par l'empereur les dispositions constitutionnelles des lettres patentes de février par Foctroi de la responsabilité ministérielle. Mais des concessions pareilles n'étaient pas nécessaires pour entraîner la majorité future d'une assemblée — d'après la constitution hongroise — illégale. Les Roumains et les Saxons ne pouvaient que gagner dans ce conflit du centralisme et du constitutionnalisme; ils tenaient donc à l'envenimer et, quelle que fût l'issue de la tentative schmerlingienne, c'était déjà au moins un profit momentané pour eux. Malheureusement les meneurs roumains ne se contentaient pas de l'emploi des moyens moraux : l'année 1862 était en Transylvanie l'année des incendies. Ils prenaient de telles proportions qu'on recourut à l'installation des cours martiales et que les Saxons se virent eux-mêmes obligés de donner des leçons à cet égard aux Roumains,
Ceux-ci reçurent cependant des étrennes assez considérables dans la reconnaissance officielle et internationale d'une Roumanie indépendante. Cette reconnaissance, à laquelle on applaudissait en Hongrie de bon cœur, impressionna tellement Kossuih qu'il n'hésita pas à apposer sa signature au projet que Canini lui avait présenté et qui se rapportait ù la création d'une Confédération c/a/xtifrienne républicaine, projet attaquant à la fois l'intégrité géographique et l'indépendance politique de la Hongrie, Cet acte inconsidéré de l'ancien « gouverneur «
porta un coup Fatal à sa réputation et prépara indirectement le chemin du compromis entre V Autriche et la Hongrie en démontrant l'inadmissibilité de toute combinaison illégale et inconstitutionnelle.
Telle était du reste aussi celle que Schmerling avait conçue pour faire entrer la Transylvanie dans le « Reichsrath » . S'il en avait retardé jusque là Texécution, ne pouvant pas abaisser le cens suffisamment pour atteindre aux couches les plus basses mais nombreuses du corps électoral roumain, finalement il avait pris la résolution, encouragé par le nouveau chancelier transylvanien, comte Nàdasdy^ ce Magyar dénaturé, de faire élaborer une organisation des circonscriptions électorales telle qu'elle fût une impossibilité pour l'élément magyar et sicule d'obtenir la majorité. Au lieu d'avoir 22 députés, les Saxons en eurent 44, et dans les contrées où les Roumains étaient en majorité, on augmenta leur nombre d'une vingtaine. Parmi les 38 « régalistes » invités par la couronne, il n'y avait qu'une dizaine de Magyars^ de sorte que la majorité roumano-saxonne montait à 67 voix sur 163 votants. Quelques élections étaient particulièrement émouvantes, comme «elle du département d'Also'Fekér où le candidat magyar réussit à vaincre le célèbre Axenie^ malgré les excitations religieuses du clergé orthodoxe, d'ailleurs partout très militant.
Ce fut pour lé 1*' juillet 1863 et à Nagy-Szeben que le rescrit impérial convoqua la Diète a afin que les mesures prises, concernant les droits politiques de la monarchie, reçoivent leur application » selon la volonté déjà manifestée du souverain. Dans la réunion des députés magyars, précédant l'ouverture officielle de la Diète, on se décida à l'unanimité pour l'abstention et pour l'envoi de deux déclarations adressées à la Diète et à François-Joseph, Cette attitude des Jfaj'^ar^ ne fit aucune impression sur la Diète; conformément à la proposition du député saxon Rannicher, on en prit simplement acte dans le procès-verbal. La déclaration que le comte Mikô et le baron Kemény présentèrent à l'empereur, comme délégués des abstentionistes, était très volumineuse et très énergi-