‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 227 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

que, car ses auteurs, le comte Michel de Miko et Chartes de Zeyh s'inspirèrent des adresses de Deàh, Selon le désir de l'empereur, les délégués la remirent au chancelier Nâdasày^ qui n'en tint naturellement aucun compte.

Ce furent deux projets de lois dont on saisit d'abord la Diète tronquée : l'un se rapportait à la « légalisation de la nation roumaine et de ses religions » , et l'autre à l'égalité devant la loi des trois langues : magyare, allemande et roumaine » . Cependant il fallait avant tout rédiger l'Adresse, qui n'était naturellement d'un bout à l'autre qu'une paraphrase élogieuse du discours du trône. Les tendances anticonstitutionnelles s'y manifestaient si fortement que le député saxon François Brennenberg se vit obligé de déposer son mandat. Quant à la discussion des deux projets de loi, elle se noya dans un flux de mots interminable dans lequel ce furent les sorties dirigées contre la nation et la langue hongroise qui firent l'office du sel. Le premier fournit une nouvelle occasion pour démontrer l'antipathie des Saxons contre les Roumains, mais dans le vote du 7 septembre, ce furent cependant ces derniers qui l'emportèrent. Le 30 septembre, le second projet étant voté aussi, on procéda solennellement à Tinarticulation du diplôme d'octo* bre et des lettres patentes de février. C'était le « jour de gloire » des Saxons. Ils déclarèrent par la bouche de Rannicher que a la Transylvanie ne trouve son bonheur, son bien-être et son avenir que dans la grandeur et la puissance de l'Autriche. » D'après Siaguna « le pays ne pourra être heureux que par l'application des principes que ces deux documents renferment. » Il proposa en même temps que Ton votât à l'unanimité le projet; ce que l'on fit effectivement, car ceux parmi les Roumains, avec BaHiiu à leur tête, qui ne considéraient la situation présente de la Transylvanie que comme un acheminement à sa réunion à la Roumanie, sachant ce qui allait arriver, ne parurent pas à la séance.

L'élection des députés pour le « Beichsrath » n'eut lieu que le 10 octobre parce que Nàdasdy avait le ferme espoir de vaincre dans les élections supplémentaires que l'on prescrivit pour la seconde fois dans les circonscriptions représentées par

4«6 MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT L'HISTOIRE des dépotés qui ne voulaient pas siéger. Or on les réélut la deuxième fois et la Diète ne put envoyer à Vienne que des Roumains et des Saxons. Ils y furent reçus à bras ouverts et avec d^aatant plus d'ostentation que les Tchèques venaient de se retirer du « Reichsrath. » Mais la lune de miel ne dura pas longtemps : les Roumains^ inspirés par Bariiiu^ ne voulaient pas voter les dépenses incombant à V Autriche en sa qualité de membre de la Confédération germanique^ car la Transylvanie était un pays de la couronne de Saint Etienne qui n'avait rien à faire avec la dite confédération. C'était assez pour désillusionner les centralistes ; s'ils avaient tant fêtés les Transylvaniens au début, parce qu'ils les regardaient comme les précurseurs des Magyars^ ceux-ci restant immobiles, ils déclaraient maintenant dans leurs journaux que par l'apparition des députés transylvaniens, les forces vitales du a Reichsrath -s n'étaient nullement augmentées. Compliment désobligeant auquel le principal organe des Roumains le « TelegrafuI roman » répondit aigrement aussi... a Les députés roumains nous reviennent du « Reichsrath » en rapportant ce qu'ils v ont emporté : l'espoir! n

Avant l'ouverture de la nouvelle session de la Diète transylvanienne, Nàdasdy courut de nouveau la chance des élections. Cette quatrième épreuve ne lui réussit pas plus que la cinquième quelques mois plus tard (10 août 1864). Il eut beau faire éloigner Uaynald^ l'évéque de Transylvanie, menacer les Magyars du remaniement radical des circonscriptions électorales : ils refusèrent avec persévérance d'accepter leurs mandats pour une Diète illégalement convoquée.

Schmerling et Nàdasdy ne se sentaient pas désarçonnés par tant d'échecs; ils auraient continué la partie engagée avec la Hongrie indéfiniment, comme des joueurs entêtés, sans penser au salut, au bonheur de la monarchie. François-Joseph, en chef de la famille glorieuse des Habsbourg^ en souverain soucieux de l'avenir de ses peuples, lui, ne pensait au contraire qu'à cela. Aussi, voyant que les expérimentations des centralistes ne faisaient qu'aggraver la situation financièrement et politiquement si précaire de son empire, pressentant les ora-

Qes qui allaient fondre sur[lui du côté de la Prusse et de ïlialie y prit-il personnellement en main la direction des affaires et prépara-t-il au-dessus de la tête du comte Hermann Zichyj le nouveau chancelier hongrois, la réconciliation avec le^Ma* ijyars. Ce qui ne Fempécha pas d'écouter les justes réclamations des Roumains au sujet de la nomination, en Transylvanie^ d*un métropolite roumain indépendant du patriarche serbe de Karlocza^ et d'accorder cette dignité à Siaguna, devenu baron, dont l'activité dévorante, dans l'intérêt plus ou moins bien compris de ses ouailles, méritait assurément une récompense.

Ce fut par l'entremise des conservateurs magyars que l'empereur commença ses négociations avec François Deâk. Il lui fit comprendre qu'il serait heureux de savoir de quelle manière il comprenait la réconciliation entre le souverain et la nation, sans nuire à la situation que la monarchie occupait dans le concert européen comme grande puissance? Pour répondre à ce désir, Deàh affirma dans son fameux article de Pâques (16 avril 1865) que les Magyars étaient toujours prêts à mettre d'accord par des moyens légaux leurs lois avec ce que^ pouvait exiger l'assurance de l'existence de la monarchie, et n'empêcheraient jamais le libre et constitutionnel développement des pays héréditaires.

Encouragé par ces promesses, François-Joseph se rendit à Pesili sous prétexte de visiter une exposition agricole. En arrivant, il répondit publiquement au prince-primat qu'il avait l'intention de se faire couronner roi de Hongrie, C'était d'autant plus une condamnation indirecte du système de Schmerling qu'il prononça ces parole^ sans s'être consulté avec son ministre omnipotent. Celui-ci d'ailleurs, battu déjà au u Reichsrath » , se vit finalement forcé de donner sa démission avec ses fidèles Achates : Zichy et Nâdasdy, Alors, pour pouvoir entamer les négociations avec la Hongrie, on suspendit la constitution de centralistes (septembre 1865) et on convoqua la Diète hongroise pour le 1 0 décembre et celle de la Transylvanie pour le 20 novembre afin qu'elle puisse vider à temps la question de l'union de nouveau remise sur le tapis.

En réalité, une Diète semblable n'avait plus aucune raison

d'être, et les Magyars la condamnaient unanimement; mais ils comprenaient aussi que, pouvant compter hardiment sur une majorité unioniste, car les élections devaient avoir lieu d'après les lois de 1848, il était préférable de démontrer un fois de plus que, sur le terrain de la discussion légale, ils étaient sûrs de la victoire. Par contre, les Roumains et les Saxons ne revenaient pas de leur stupéfaction. En mettant toute leur confiance en Sclimerling, ils auraient donc bâti sur le sable de l'Évangile? Cette entente de la couronne et de la Hongrie se pouvait donc réaliser en détruisant d'un seul coup tous leurs espoirs? lis auraient beau pétitionner à Vienne^ tenir conférences sur conférences à Balàzsfalva et à Nagy-Szeben : les élections favorables a lu cause hongroise, la diète siégeant à Kolozsvàr, la nouvelle proclamation de l'union par une majorité de 107 voix sur 225 votants (6 décembre 1865) n'en eut pas moins lieu! Mais l'adresse de la Diète, qu'elle vota le 18 décembre et qui sortait de la plume du député magyar François Ocsvay^ ne fut pas envoyée seule à l'empereur : on y joignit les pétitions des Roumains et des Saxons^ rédigées par le baron Siagnna et Rannicher. Elles plaidaient contre l'union parceque les Roumains ne voulaient pas admettre une autre loi électorale que celle adoptée en 1863 par la diète de Nagy-Szebeu^ et parce que les Saxons ne se souciaient pas d'abandonner pour le bien public leurs privilèges datant du moyen âge. Or la Diète en question était illégalement convoquée par Schmerling et les privilèges ne pouvaient plus subsister après 1848. De là le rescrit communiqué à la Diète le 10 janvier 1866 la suspendant et invitant le u gubernium » a procéder aux élections pour le parlement hongrois. On les fit faire dans le courant du mois de mai^, mais l'entrée solennelle des élus dans le parlement hongrois ne s'effectua que le 14 avril, au milieu de l'enthousiasme général. Et comme on y avait réservé plusieurs places de viceprésident et de secrétaires pour les députés transylvaniens, sur la proposition de François Deâk, leur arrivée ne fut pas seulement au point de vue politique et moral un complément définitif du parlement hongrois, mais aussi au point de

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