‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 228 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

vue de son bureau. Depuis ce temps-là on y voit toujours figurer aussi quelques députés transylvaniens.

La tournure inattendue que prirent ainsi les choses ne manqua pas de provoquer un certain trouble dans les rangs des anti-unionistes roumains et saxons. Le gros des Roumains accueillit sans arrière-pensée les avances conciliatrices des Magycirs et vota avec plaisir en plusieurs endroits pour leurs candidats. Le baron Siaguna lui-même penchait vers cette manière de voir. Mais les intransigeants, qui ne voulaient rien savoir du parlement hongrois, trouvaient un chef puissant également dans la personne de Tévêque Siulutiu dont l'influence grandissait de plus en plus. Parmi les Saxons^ ce fut Bômches, le représentant de Brassa^ (\\ù soutint la politique de conciliation en face de Rannicher, qui ne pouvait pas renoncer à ses rêves de centralisation pangermaniste.

D'ailleurs, qu'ils fussent des antagonistes plus ou moins modérés de la Hongrie constitutionnelle ou qu'ils désirassent se rapprocher des Magyars, les députés nationalistes se trouvaient tout-à-fait désorientés dans la Chambre hongroise où ils n'exerçaient plus aucune influence et où il s'agissait de terminer à l'amiable et sous les yeux du monde tout entier, un procès historique ayant duré déjà plus de trois siècles.

tt Beata Ungheria! » — Hongrie heureuse! — l'impérissable exclamation de Dante ne pouvait jamais mieux lui convenir qu'à ce moment. Elle avait pour avocat une de ces individualités providentielles qui, sentant la responsabilité que leurs qua« lités exceptionnelles leur imposent, ne se trouvent jamais assez parfaites, assez impartiales, assez désintéressées. Et, chose plus rare encore, ayant reconnu les vertus de Fi^ançois Deàk de son vivant, la Hongrie lui confia son sort sans hésitation et sans condition. Spectacle unique dans l'Histoire : François-- Joseph, à la force de Tâge, abreuvé d'amerlumes, désillusionné sur le caractère et les capacités des hommes, eut l'inspiration d'avoir une foi illimitée dans cet Aristide, ce Caton hongrois, malgré les méfiances traditionnelles de son entourage, malgré les changements énormes qu'exigeait la réconciliation complète avec la Hongrie !

Voilà Tétbique du compromis austro-hongrois, qui lui donne une valeur morale si extraordinaire. Dans sa création, il n'entrait que ce qu'il y a de plus noble dans le cœur humain : justice, amour et conBance. Il fallait donc qu'il se réalisât quand même, démontrant ainsi sa nécessité dans le présent etdans Tavenir, directement pour le bonheur de lamonarchieetindirectementpour celui de VEurope^ conséquemment pour le monde tout entier.

La difficulté principale résidait dans la définition, organisation et expédition des affaires communes aux deux pays — V Autriche et la Hongrie — traitées dorénavant sur le pied de la parité la plus complète. Deâh y rangeait la défense de la monarchie c'est-à-dire la diplomatie et Tarmée régulière avec la marine, ainsi que le ministère des Finances communes, chargé de régler les dépenses de ces administrations. Et il proposa, afin que la parité des deux pays fût toujours manifeste et que le parlementarisme n'y perdît rien de son intégrité, la création d'une assembléededéléguésdes parlement, de Vienne eVAePcsth^ composée de 60 membres autrichiens et de 60 membres hongrois, envoyés parles deux chambres de chaque parlement dans la proportion de 1 à 2 et discutant séparément — les Autrichiens en allemand et les Hongrois en magyar — mais votant ensemble.

On confia l'élaboration d'un projet de loi s'y rapportant à une commission formée de 67 membres des deux chambres hongroises qui élut à son tour une sous-commission composée de 15 membres pour en arrêter le texte. Celui-ci ne fut terminé que le 3i5 juin; or, le lendemain, on était obligé de proroger la Diète à cause de la guerre austro-italo-prussienne et conformément au désir de Deàk qui, pressentant les revers de l'armée impériale, ne voulait pas que les négociations pussent être interrompues par des manifestations désobligeantes pour Tempereur. Grâce à son influence, l'organisation d'un corps franc hongrois, sous les auspices du général Klapka, n'eut pas non plus le succès qu'une partie des émigrés en attendait. C'étaient des nuances qui n'échappaient pas à François Joseph ; aussi ses sympathies s'accrurent-elles à tel point pour le tt sage de la patrie » , qu'au milieu du danger que courut sa famille et son empire après la bataille de Sadowa^ il s'adressa

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