LIVRE PREMIER
bassin de la Save et sur les bords de V Adriatique les Croates et leurs voisins les Serbes^ de leurs patries situées derrière les Carpathes^ pour protéger la Dalmatie contre les incursions des Avares. Ce fut à la même époque que le chef bulgare Kubrat ou Knvrat secoua le joug de ces derniers et conclut une alliance avec Byzance. Mais déjà son fils Asparuch ou Isperich, établi dans le triangle formé par la Niester, la Mer Noire et le Danube^ n'était plus d'humeur à conserver les mêmes sentiments pacifiques. Ayant été attaqué infructueusement en (379 par l'empereur Constantin Pogonate^ il traversa à sa suite le Danube et il fonda sur l'emplacement de la Bulgarie actuelle même, rEmpire bulgare mésiqiie.
Les tribus slaves qui y étaient déjà antérieurement installées, montrèrent beaucoup d'empressement pour échanger le joug grec contre le joug bulgare. Comptant dans leurs rangs beaucoup de chrétiens et même des prêtres chrétiens, les Bulgares purent facilement connaître le christianisme ou plutôt l'aimer au point de s'y convertir bientôt, sous le règne de leur souverain Boris (852 à 888). Il reçut dans le baptême le nom de Michel et se mit immédiatement en rapport avec le pape Nicolas pour lui soumettre 106 propositions devant servir à régler la conduite des Bulgares chrétiens. A ce moment, l'élément bulgare dominateur n'était pas encore slavisé; sa slavisation ne se fit pas cependant longtemps attendre puisque les disciples de Méthode, chassés par Suatoplouk, reçurent un accueil très amical en Bulgarie^ où ils trouvèrent pour la littérature slave naissante un terrain très propice aussi. Par leurs soins, la langue de la liturgie devint slave, et comme les Bulgares connaissaient mieux le slave que le grec^ à cause de leurs contacts continuels avec les Slaves, cette langue slave de la liturgie put se répandre non seulement sans entraves, mais considérablement contribuer aussi à ce que l'élément bulgare conquérant peu nombreux, soit complètement absorbé parla majorité slave conquise.
Divisé par le tsar Pierre en deux parties, l'orientale et Toccidentale, l'empire bulgare s'écroula en peu de temps par suite des incursions .tles Petschénègues et des Magyars. Ce fut
en 972 que la Bulgarie orientale tomba au pouvoir de Tempereur grec Tzimischès; quanta la Bulgarie occidentale, elle fîit conquise en 1018 par Teropereur Basile II, surnommé le « Tueur de Bulgares » (BouXyapoxrovoç).
Après la mort de Tzimischès , quatre frères bulgares préparent un soulèvement parmi leurs compatriotes contre Basile IL Mais l'un d'eux — David — est tué, comme le raconte Fauteur byzantin Kedrénos, entre Castoria et Prespa^ à Tendroit appelé les beaux chênes^ par quelques Vlachs errants. C'est à cette occasion que Ton rencontre la première fois leur nom chez les écrivains grecs. Cependant Basile 11 les surveille de près dès 1020 en réorgarnisant Téglise bulgare et en confirmant ses droits. Car il place tout les Vlachs de la Bulgarie sous la juridiction de l'archevêque d'Ochrida et leur enjoint de lui payer dorénavant leurs dîmes régulièrement. Sa charte fut comfirmée en 1272 par l'empereur Michel Paléologue
Grâce aux écrits de Kékauménos (1), on sait qu'il y avait à moment-là des Vlachs jusque dans les montages du Pinde et, ce qui plus est, même en Hellade, Polémarque grec chargé de combattre les Vlachs, Kékauménos écrivit son ouvrage en 1071. Il faut en retenir les passages suivants : u Le fleuve Plérès (2) passe au milieu d'une large vallée habitée par les Vlachs, qu'il sépare en deux factions. — Leur race est corrompue et impie ; elle n'est fidèle ni à Dieu , ni à l'empereur, ni à ses propres alliés. Elle est menteuse et fourbe, étant prête à jurer ses grands dieux pour n'importe quelle chose à ses amis et parents, saufà les trahir quand même. Les Vlachs sont des Daces et des Besses. Jadis ils vivaient dans des villes fortifiées le long du Danube et de la Save , là où habitent actuellement les Serbes. Feignant d'être attachés aux empereurs, ils se sont transportés sur la terre des Romaïos qu'ils ont dévastée jusqu'à ce que ces derniers se fâchent et les fassent se sauver. Alors ils se retirèrent dans TÉpire, la Macédoine et surtout dans l'Hellade. Les Vlachs sont couards, pusillanimes, mais
(1) Le rapport de KÉ&aoménos a été publié par le profeisear VasUjeusky en
(2) Rivière descendant du Pinde. Aujourd'hui elle s'appelle Bleurès^
aussi à cause de leur lâcheté, impudents. C'est pourquoi je vous conseille de ne vous fier jamais à eux ! »
Nikétas Chômâtes raconte, de son cétë, que pour payer les dépenses des fêtes données lors du mariage de Tempereur grec Isaac avec Marguerite, la fille du roi de Hongrie Bêla III, on fit lever de nouveaux impôts à cause desquels les Barbares, (fui habitaient le Hémus et que Von appelait d'abord des Mésiens et que Von désigne maintenant sous le nom de Vlachs, se soulevèrent et recoururent aux armes. Et la tradition que les Vlachs étaient des descendants des Mésiens antiques fut acceptée par les Turcs aussi, puisque les sultans accordèrent plus d'une fois le titre de vayvode de la nation mésique aux chefs des Roumains. Kinnamos les appelle cependant des colons italiques.
Nikétas Choniatès parle de la Grande, de la Haute et de Petite- Valachie; Anna Komnéna mentionne, dans l'armée de son père, l'empereur Alexis, « des individus appartenant à cette race nomade, que l'on appelle vulgairement Vlacques. » Étant composée de bergers, habitués à vivre en plein air, elle a dû fournir incontestablement de bons soldats.
Les chroniques des cloîtres du Mont-Athos signalent la présence de8 Vlachs sur le territoire de la célèbre presqu'île sacrée ; leurs femmes et filles, habillées en homme, y jettent le trouble, aussi le patriarche constantinopolitain Nicolas interdit tout commerce entre caloyers et Vlachs que l'empereur Alexis fait transporter dans le Péloponèse en 1097.
Le voyageur Benjamin de Tudèle rapporte que « c'est à Zeltun que commence la Valachie, dont les habitants demeurent sur les montagnes. On les appelle des Valachs et ils courent comme des chèvres. »
« Les Roumains étaient un peuple adonné à l'élevage du bétail, écrit Miklosich (I), et vivaient tantôt dans les demeures fixes qu'ils appelaient des Katun^ comme on les appelle encore aujourd'hui, tantôt en se transportant avec tous leurs chevaux, moutons et chèvres d'un glacier ou d'une prairie ù l'autre. II faut souligner ce trait dans le caractère du peuple
(i) Die Wanderungen der Bumdnen, p. k
roumain particulièrement, car ii explique son expansibilitë et son importance au point de vue de Thistoire des contrées comprises entre TAdriatique et la mer Noire et des pays avoisinants. L'élevage eut pour corollaire chez les Roumains la fabrication de fromage et le transport des marchandises. Â un moment, l'importance du fromage roumain était si considérable chez les habitants de Uaguse qu'ils l'acceptaient dans les payements en guise de monnaie. Ce furent les municipalités qui fixèrent le prix du a caseus vlachescus » ou « vlachiscus » . D'autre part, en leur qualité de propriétaires de bétes de somme, les Ylachs s'occupaient de transport aussi ; ils fournirent à Raguse du plomb, et de là ils transportèrent toutes sortes de marchandises, entre autres du sel, dans les villes du littoral, provoquant ainsi un mouvement commercial très important pour le développement du pays. »
On lit des choses surprenantes sur le compte des Ylachs dans les Monumenta serbes, édités par le même Miklosich. Ils parlent des familles vlacques offertes en cadeau aux monastères parles souverains de la Serbie, de certaines dispositions prises par le tsar Duchan contre les Ylachs prévaricateurs; quant aux habitants de Raguse, ils défendant aux Ylachs de laisser paître leurs troupeaux sur le territoire de leur ville. Ce même Duchan interdit aux serfs serbes de se marier avec des femmes roumaines, de crainte qu'elles ne les rendent nomades aussi.
En 1085, il est même question d'un Ylach de qualité (è/.xpw- TT/ç Tûîv pXa;^ci)v) nommé BudiloSy qui avertit l'empereur grec de l'incursion des Cumans^ pendant qu'il séjourna à Anchiale. Quatre-ving-dix ans plus tard, ce sont deux frères vlachs des montagnes du Hémus^ Assan et Pierre, qui se mettent à la tète des mécontents bulgares et vlachs pour les délivrer du joug byzantin. Le premier, ayant été souffleté à Consiantinople par le sébastocrator Jean, retourne chez lui et pour entraîner ses compatriotes, recourt à une supercherie religieuse, grâce à laquelle il réussit à se faire accepter comme empereur, la tête ceinte d'une couronne et les pieds chaussés de bottes rouges! Battu par l'empereur Isaac Angelos lui-même, il se sauva avec son frère chez les Cumans en traversant le Danube.