LIVRE PREMIER
L'armëe grecque ayant évacué leur pays, tous deux y reviennent avec des troupes auxiliaires accordées par les Cumans et ils réunissent de nouveau sous la même domination les Mésiens et les Bulgares, Pendant la longue lutte qu'ils soutinrent contre Tempire d'Orient et au milieu de laquelle Assan rend indépendant Tarchevèque de Trnovo du patriarche de ConstanttnopUy arrive la croisade conduite par Tempereur Fré-délaie sur la péninsule balkanique. La croisade a été fidèlement décrite i^bx Ansbertus (1). Il raconte toutes les difficultés intérieures et extérieures de l'empire grec et confirme ce qui a été dit par Nikétas Choniaiés au sujet à^ Assan et Pierre, seulement il met en avant ce dernier sous le nom de Kalopeter (le beau Pierre) et il change le premier en CrassianuSy et il les dépeint tous deux comme les tyrans de leurs sujets vlachs dans la Bulgarie et le long du Danube, Il dit aussi que Kalopeter a conclu une alliance avec les princes croates et serbes contre l'empereur de Constantinople, et qu'il a offert à Frédéric une armée de secours de 40,000 Cumans et Vlachs pour marcher contre la capitale de l'empire. Mais Frédéric ne pense qu'à s'embarquer le plus tôt possible.
L'année suivante — en 1190 — les Cumans et Vlachs alliés remportent une victoire sur les Grecs; d'autre part l'empereur Isaac détruit l'armée des Serbes sur les bords de la Morava en 1194. Alors il veut s'allier à Bêla III ^ roi de Hongrie y mais entre temps il est dépouillé de la couronne par Alexis III.
Préférant la paix à la guerre, celui-ci entre en négociations avec Assan et Pierre, Mais ceux-ci étant assassinés successivement, ce n'est que leur frère cadet Kalojan (Joannitzius ou le beau Jean) qui conclut la paix avec l'empereur en 1204, année où les Latins s'emparent de Constantinople. Alors, redoutant le partage de son empire entre ces derniers et les Hongrois, leurs alliés, Kalojan s'adresse au pape Innocent III et lui promet de faire triompher l'union religieuse dans son empire, s'il lui envoie une couronne et s'il élève l'archevêque de Trnovo au
(1) Historia de expedilione Friderici imperatoris^ édita a quodam Austriensi clericOf qui eidem inier/uit, nomine Ànsbertus. Fontes rerum Austriacarum. Scriptores, Vol. V. Vienne. 1863.
rang de patriarche. Ce fut le cardinal Léo à qui le pape con6a la mission de lui porter la couronne. Mais craignant que la dignité royale offerte à Kalojan ne fit tort à sa propre autorité, le roi de Hongrie ne permit pas au cardinal d*accomplir sa mission et le fit arrêter sur le territoire hongrois. Léo ne recouvra la liberté que sur la promesse formelle du pape que la couronne royale offerte à Ralojan n'impliquait aucun amoindrissement de Tautorité de la royauté hongroise.
Entre temps, les Gî-ecs s'étant révoltés contre les Latins j soutenu par ses alliés et ses parents les Cumans, puisque sa femme appartenait à cette race, Kalojan accourut au secours des premiers et ne tarda pas à attaquer Baudoin. La hataille eut lieu le 15 avril 1205 et se termina avec le triomphe complet du chef cuman Kotzas, L'empereur Baudoin y hit fait prisonnier et les cumans s'avancèrent jusqu'aux portes de Constantinople en dévastant le pays. Ils n'épargnèrent pas Kalojan lui-même et le tuèrent pendant qu'il assiégeait Thessalonique, Son fils Assan se réfugie alors chez les Russes et c'est Boril, le fils de sa sœur, qui s'empare du trône resté vacant, mais pour peu de temps seulement, cSiV Assan revient aidé par les itus^e^ et assiège Trnovo où s'est enfermé Baril, En voulant s'évader, celui-ci tomba dans les mains de son oncle, qui lui fit crever les yeux, et lui ayant succédé sur le trône, Assan II se maria avec une fille d'André II, roi de Hongrie.
Ce fut sous son règne que l'empire bulgare-roumain atteignit à son apogé. A la fin du xiii' siècle, les Cumans conquièrent la suprématie : Georges Terterij fonde une dynastie à Trnovo tandis qu'à Viddin le pouvoir tombe dans les mains des Sisma^ nides. Une fraction du pays, baignée par la mer Noire, échoit à Eltimir^ chef cuman, qui la gouverne presque en souverain indépendant. Mais aucun de ces États ne peut résister au Turc victorieux; il achève leur asservissement en 1398.
Tous ces faits prouvent à l'envi que le berceau du peuple roumain ne doit être placé ailleurs que sur la péninsule balkanique non seulement parce que des documents authentiques et contemporains y constatent la présence de cette race, mais parce que l'élément slave, dont sa langue et ses institutions