LIVRE PREMIER
de laquelle il céda d'autant plus aisément qu'il sentait approcher le péril turc à pas de géant du côté dû Sud-Est, et dont il était content de pouvoir se garantir par une barrière naturelle, infranchissable au moins pendant Thiver et la saison des hautes eaux.
Voici maintenant quelques indications tirées des documents authentiques et pouvant servir de points de repère au milieu de Tobscurité qui règne dans Thistoire de ces régions et enveloppe les débuts de la nation roumaine. Avec leur aide, on complète le tableau tout à T heure ébauché par l'imagination, et Ton obtient des conclusions que les événements ultérieurs, déjà plus faciles à vérifier, corroborent grandement.
D'abord on apprend de Ménandre^ du contemporain de l'empereur grec Maurice^ assassiné en 602, — que Bajan^ le Rhagan des Avares^ s'adressa à ce dernier pour lui demander la permission de traverser le Danube à Stngidunum et à Sir^ mium, afin de punir les Slaves révoltés qui habitaient le territoire de la Roumanie actuelle, en les attaquant de cette manière du côté de la Dobrudja. Cet incident, qui a eu lieu en 58 1 , prouve à l'envi que c'étaient des Slaves qui vivaient à cette époque sur la rive gauche du Danube et que la Transylvanie se trouvait dans une telle condition d'inaccessibilité que les' Avares eux-mêmes ne tenaient pas à s'y frayer un chemin, quelque direct qu'il fût, pour aller de la Pannome en Roumanie.
Quatre-vingt-*dix-huit ans plus tard a eu lieu la fondation par Asparuch du premier empire bulgare. Selon Pic (1), il y a plusieurs raisons pour supposer que cet empire s'étendait sur les deux rives du Danube. Les auteurs byzantins ne distinguent-ils pas toujours très clairement la Bulgarie d'au delà du Danube (ixeîl&ev toO lorpou) de la Bulgarie d'en^deçà du Danube (evro; roî 'Icrrpov)? N'y a-t-il pas eu des contestations en 827 entre les Francs et les Bulgares au sujet de certaines exactions que ces derniers avaient commises au détriment des Slaves ^ qui n'auraient pas pu avoir lieu, s'ils n'eussent pas possédé la rive gauche du Danubel N'existe-t-il pas une lettre de Tempe-
(i) Abstammung der Rumànen, Leipzig. 1880.
reur Amolphe^ datée de 892 et adressée à Wladimir^ roi des BuU gares, dans laquelle il le prie de ne pas permettre rexportation du sel en Moravie? Or, on ne peut y exporter du sel que delà Transylvanie et du département de Marmaros; donc les Bul" gares devaient être les maîtres de ces deux endroits.
En tout cas, Asparuch venait de VOnglos^ contrée qui se trouvait à lest de la Moldavie^ et ne renonça jamais à cette possession. Son irère, le quatrième fils de Kubrat^ se fixa en Pannonie (1), et fit même transmigrer les Slaves du Danube aux pieds des Carpathes. C'est la victoire de Charlemagne sur les Avares qui a été la cause de la domination des Bulgares de ce côté-là. En 805 le khan des Bulgares^ nommé Kroum^ soumit ceux parmi les Avares qui avaient survécu à la destruction de leur race par les Francs ^ tandis qu'en 813 il prit Adrianople; il est conséquemment plus que probable qu'il régnait sur tous les pays appartenant aux Bulgares.
Si Ton combine cette extension de l'empire bulgare sur les deux rives du Danube avec l'intimité dans laquelle vivaient les Bulgares et les Vlachs, on se range forcément à l'avis d' Engel qui assigne à la transmigration de ces derniers sur la rive gauche du Danube l'époque du premier empire bulgare. Et, après la chute de celui-ci, le nombre des Vlachs ayant traversé le Danube ne devait qu'augmenter, car on ne découvre aucun empêchement pour éloigner leurs troupeaux des grasses prairies, qui les y attendent.
Mais les apparitions sporadiques des Vlaclis ne s'y constatent pas toujours sans difficultés. Dans un poème latin composé en 1550 par le Saxon Scheseus, on lit par exemple : «Sur le bord de VOli rempli de poissons, il y a une forteresse que ses habitanst appellent Fogaras depuis des temps immémoriaux. Elle est entourée de fossés et de murs formidables. Des Tîn^ balles agriculteurs demeurent tout autour, gouvernés par les lois et de règles imposées par la forteresse. » Charles Eder, le commentateur de ce poème (2), affirme que le nom de Tri-
(1) EvcGEL, Geschtchte des Alten Pannoniens und de*' Bulgaren* aile; 1797. p. 265, et passim,
(2) Edbr, Scriptores rerum Transylvaniearum, Scheseus, Buinœ Pannoniae.