RAISONS ET NATURE DES REVENDICATIONS ROUMAINES
Les revendications roumaines au sujet de la possession de la Transylvanie et des dix ou douze départements limitrophes de la Hongrie^ ont une raison d'être d'apparence très sérieuse. Elles se basent sur la configuration géographique des contrées, qui, si on ajoute encore la Roumanie^ forment un État complet avec le haut plateau transylvanien pour centre. C'est de là que descendent les rivières qui les arrosent : le SzatnosùM Nord, le Maro^àTOuest etrO//(Aluta)auSud; c'est autour des Garpathes orientales, qui le ceignent comme des fortifications naturelles, que les départements hongrois en question, la Valachie et la Moldavie anciennes, s'étendent jusqu'à la Tisza (ou Tibissus), au Danube et au Pruth, en lui servant pour ainsi dire de zone militaire, qu'une armée, sortant de la Transylvanie ipar les cols de Vulkan, d'Oi'ioz et de Voeroes-Torony^ ou le long des cours d'eau susdits^ peut aisément défendre toujours.
Réunir ces pays en un seul, soit par voie de conquête, soit par leur fédération, semble donc être une nécessité que les Romains ont reconnue comme telle au premier siècle de notre ère et les princes indépendants de la Transylvanie au dix-septième. Delà la campagne de l'empereur Trajan contre Decébal, roi des Daces, visant la prise de sa capitale Sarmizégéthuse^ clef
ï Magyars et roumains devant l'histoire
du haut plateau précité ; de là les guerres de Gabriel Bethlen et de Georges Ràkôczy II, ayant pour but rarrondissement du . . centce par .L'adjonction de la zone.
*:*•.•' Or*il sêtf dtfvct que ce territoire, d'une superficie d'environ *:'4^^'*^ïii^ ^lojc^iiaHte mille kilomètres carrés est habité par •* •ûne**po*pulation dans laquelle l'élément roumain, parlant la même langue et appartenant en majorité à la religion orthodoxe, entre pour les huit-onzièmes avec 5,038,000 âmes en Roumanie^ avec 1,277,000 âmes contre 972,000 Magyars et Saxons en Transylvanie^ avec 1,309,000 âmes contre 2,770,000 Magyars, Serbes et Slaves dans les départements hongrois. (Il y a encore 208,000 Roumains dans la province autrichienne la Bukowine, mais, par un ^illogisme étrange, la mère patrie ne les réclame jamais, ni les sujets roumains de In Russie ou de la Serbie).
Il eût été extraordinaire si, séduits par la rencontre de leur prépondérance numérique avec celte situation géographique, les Roumains ne fussent pas arrivés à la conviction qu'une coïncidence pareille ne pouvait être que providentielle, et qu'ils devaient se considérer en réalité comme le peuple élu de cette terre promise, si riche en produits de l'agriculture et des mines, si propice à l'élevage, en un mot si désirable. Conviction à laquelle les théories récentes sur les droits des nationalités ont donné un corps tangible en opposition aux droits historiques consacrés par les constitutions et les traités internationaux; conviction dont la légitimité s'accroissait à mesure que la race roumaine avait fait des progrès, matériellement et intellectuellement, pouvant aspirer avec de plus en plus de certitude à l'hégémonie parmi les peuples successivement délivrés de la domination turque et rendus à la civilisation .
Mais si, grâce à ces données avantageuses de la géographie et de l'ethnologie ainsi qu'à leur perfectibilité indiscutable, il était permis aux Roumains d'entrevoir le mirage d'une Roumanie grande et puissante, jouant le rôle de coryphée à la tête des états de la péninsule balkanique, devant la réalisation de leur rêve il se dressait aussi un obstacle insurmontable, quoique d'apparence longtemps chétive et d'essence abstraite. C'était