LIVRE PREMIER
et du Gleich, ayant pour voisins les Mazars et le peuple qu'on appelle des Uzes. Or il y a cinquante ans ils ont été attaqués par lesdits Uzes, alliés des Khazars. Étant chassés de leur patrie, ce furent les Uzes qui s'en emparèrent et ce sont eux qui Thabitent encore. Dès lors, les Patzinakites s'en allèrent en vagabondant et en cherchant une nouvelle patrie pour s'y fixer. Ils arrivèrent ainsi au pays, qui leur appartient encore aujourd'hui, et y trouvant les Tourcs (les Magyars) comme habitants, ils les en chassèrent et s'y installèrent après en maîtres, comme je le disais, il y a cinquante ans. Ceux des Patzinakites, que l'on nomme des Kangars, entreprirent une guerre contre les Khazars, mais ils furent battus et forcés d'abandonner leur pays. Poussés par la nécessité, ils s'emparèrent du territoire des Tourcs. De là une guerre aussi entre les Tourcs et ceux des Patzinakites que l'on nomme des Kangars, dans laquelle l'armée des Tourcs est battue et se sépare en deux. En partie ils s'en vont en Orient dans la direction de la Perse ; — ils s'y fixent et on les appelle encore aujourd'hui des SabartoyasphaloY, ancien nom des Tourcs; — en partie il s'en vont vers l'Occident sous la conduite de leur premier vayvode et chef Lébédias et se fixent dans les endroits que l'on appelle Âtelkoezu. Ce sont les Patzinakites qui y habitent aujourd'hui. »
« Les Magyars demeuraient en Âtelkoezu — ajoute M. Jancsà — quand l'empereur Léon leur demanda de le secourir contre le tsar bulgare Siméon. Alors les Magyars traversent le Danube sous la conduite du fils d'Arpad et remportent une victoire sur les Bulgares et s'en retournent en Atelkoezu, chargés de butin. Pendant ce temps-là la paix est conclue entre les Grecs et Siméon, qui, pour se venger des Magyars, leur suscite l'inimitié des Patzinakites. Ceux-ci, profitant de l'absence momentanée du gros des forces magyares, s'attaquent à leurs campements et les détruisent. Découragés par la vue de la destruction de tous leurs biens, les Magyars s'en vont à la recherche d'une nouvelle patrie. Alors ce sont les Patzinakites qui deviennent les possesseurs de leur territoire, l' Atelkoezu. D'après Constantin, l'emplacement occupé par les Patzinakites où demeu-
raient précédemment les Tourcs, porte un nom dérivant des fleuves qui s'y trouvent. Ce sont la Baruch, le Koubon, le Troublous, le Broutos, (BfoOroç) et leSerethos. » Quels peuvent être les trois premiers, on ne saurait le deviner, mais nul doute que les deux derniers ne soient le Pruth et la Sei'eth actuels. Comme le mot Atelkoezu veut dire en hongrois entre canxj il est probable qu'il désignait le territoire compris entre le Niester et la Sereih,
C'est par le col de Vereczke^ situé dans les Carpathes orientales que les Magyars entrent dans leur nouvelle patrie, la Hongrie actuelle (vers 890). Constantin en indique les frontières avec assez d'exactitude, a Les habitations des Tourcs commencent au pont de Trajan, là où se trouve la tour de Constantin le Grand (actuellement les Portes-de-Fer). De là à trois journées de marche se trouve Belgrade, à l'embouchure de la Save dans le Danube. De cet endroit jusqu'à Sirmium il y a deux journées de marche. 11 y a aussi des Tourcs qui habitent entre la Save et le Danube. Ensuite on arrive dans la Grande-Moravie où régnait jadis Sphendoplok (Svatoplouc). Les Tourcs ont mis maintenant ce pays en état de destruction complète... Dans les parages situés au delà du Danube, ce sont les fleuves respectifs qui prêtent leurs noms aux campements des Tourcs. La première rivière est le Témès, la seconde le Toutes (?), la troisième le Maros, la quatrième le Krisos, la cinquième le Tibissus (les noms de Témès et de Maros existent encore actuellement, celui du Krisos et du Tibissus s'exprime en hongrois par Koeroes et Tisza). Les Tourcs ont pour voisins à rOrient, là où le Danube forme la séparation, une partie des Bulgares; au Nord les Patzinakites, à l'Occident les Francs, au Sud les Croates. »
Venant du coté de la Russie^ pour propager la religion chrétienne saint Bruno {\) parcourut le pays des Patzinakites du temps de saint-Étienne, premier roi de Hongrie. Il y apprit que les Magyars-Noirs s'étaient déjà convertis. Il ne se dirigea donc
(i; Ce fut Helferding qui publia Je premier en 1856 les relations de saint Bruno. Miklosich ne les fit paraître dans le tome II, de la Stavische Bihtiothek qu'en 1858.