‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 32 sur 232 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

plus vers eux comme c'était d'abord son intention, mais il s'en alla chez les Prusses (Prussiens) païens pour leur prêcher rÉvangile. On sait qu'il faut comprendre la Transylvanie sous la dénomination de Hongrie^Noire et les Magyai^s de Transy levante sous celle de Magyars-Noirs ^ car en Orient la signification du noir est équivalente à petit, et du blanc à grand, quand il s'agit de pays.

Ce furent les Patzinakites qui combattirent les Magyars avec le plus d'acharnement du côté de l'Orient et c'était probablement à cause de cela que la terre des Magyars noirs n'avait, jusqu'à l'avènement de saint Etienne^ que des liens bien relâchés avec la mère patrie. Un des miracles que relatent la petite et la grande légende, ainsi que l'évéque Har/i/^ij' sur le compte du saint roi, se rapporte aussi à une invasion de la Transylvanie par ces voisins terribles. Étant à la chasse, le fondateur apostolique de la Hongrie eut un rêve dans lequel un ange lui apprit l'incursion des Patzinakites, Il fait immédiatement savoir cette nouvelle par un envoyé au tribun préposé à la Transylvanie afin qu'il rassemble les hommes valides et qu'il délivre une ville, c'était, il parait, Gyulafehéinjar déjà complètement bloquée par les envahisseurs. D'après les légendes, ayant entendu parler des vertus de saint Etienne, grand nombre de Patzina^kites accoururent dans son royaume avec tous leurs biens, pour devenir ses sujets, et pour s'amalgamer avec la race magyare.

Mais le reste de ce peuple ouralo-altaïque ne menaça pas moins la paix de la Hongrie jusqu'en 1060. Ensuite, ce sont les Cumans qui ont continué les incursions, car ils avaient soumis les Patzinakites, Gomme ils appartenaient à la même race et comme ils parlaient à peu près la même langue, la fusion entre les vainqueurs et les vaincus ne tarda pas de s'effectuer. Aussi les Magyars prirent-ils les premières incursions des Cumans pour celles des Patzinakites. A ce moment-là, le premier empire bulgare n'existant plus, les Cumans ^\xveni facilement envahir le territoire de la Roumanie actuelle et en faire leur propriété. L'empire grec n'était plus assez fort pour les en empêcher. Il lui aurait suffi qu'ils ne traversassent pas le Danube, — vœu

qui cependant ne put s'accomplir car les Cuman5 le franchirent à plusieurs reprises : en 1078 et en 1087 (1), incursions dont quelques documents russes font aussi mention, seulement ils ne Tattribuent pas à des Cumans mais à des Polovtzes — en 1095 pour répondre à l'invitation du prétendant Léony qui voulut se faire passer pour le fils de Tempereur Diogène, et en 1114 finalement, car cette fois-là ce furent les Gi-ecs qui remportèrent la victoire.

On a vu plus haut quel rôle ont joué les Cumans dans la fondation de Fempire d'Assan. Il est facile d'en conclure qu'il a dû s'établir une union bien intime entre Cumans, Bulgares et Vlachs de la rive droite du Danube^ à la suite de cette coopération. Ce fut cette intimité qui rendit possible l'accroissement lent mais continuel du nombre des Vlachs sur la rive gauche du Danube. Il est non moins intéressant de savoir aussi que du temps de Bêla /F, roi de Hongrie, alors que des dominicains hongrois s'en vont en Moldavie pour y fonder un évéchécuman, ses ouailles y sont des Sicidesy des Vlachs et des Cumans.

La défaite que ces derniers essuient en 1224, près de Kalka contre les Tariares, met fin à leur domination. A la suite de cet événement, le même Bêla IV se fait intituler : aRexCumanise n et comme tel il donne au grand maître des Johannùes le Szôrenysêg — la Petite-Valachie actuelle — et la Cumanie située au delà de Y OU — la Grande- Valachie d'aujourd'hui. Cependant c'est encore le cuman Knthen, roi des Cumans, qui conduit en Hongrie le restant de sa race et les Jasyges congénères sous le règne du roi Ladislas, surnommé le Cuman précisément à cause de la protection qu'il leur accordait. Leurs descendants forment encore présentement un départemet hongrois, qui porte leur nom et que les Hongrois considèrent néanmoins comme un des foyers du magyarisme. Du reste, on retrouve le souvenir de leur séjour en Roumanie dans les noms de beaucoup de villes et de villages également : il y a des Komanka, des Komanestiy des Koman dans plusieurs districts, ainsi que des Valea Jasuluj et Jassy lui-même y fait allusion

(1) ScYLiTZBS, Excerpta ex breviario historico ap, Cedronis, 11,741.

dont les environs s'appellent dans les documents roumains jusqu'à Tépoque des Fanariotes a Cinutul Jasilor. »

Si, dans quelques chroniques russes et notamment dans celle de Kiewy il est plusieurs fois question de la ville de Berlad^ située en dehors du territoire russe, et de son souverain Ivanko RosiislauitZy de qui un compétiteur au trône russe reçoit une armée auxiliaire de 6,000 hommes et avec qui il s'avance jusqu'au Niesier, et il prend la ville A'Olésie; si dans cette même chronique on parle en 1156 de certains pêcheurs ruihènes de Galatz aussi, d'où l'on conclut h Texistence d'une principauté indépendante englobant cette ville et ses environs, ces données ne militent qu'en faveur de la supposition qu'il pouvait y avoir, dans ces contrées, en dehors des Patzinakites et des Cutnansy d'autres peuples ayant une existence indépendante et jouant un rôle politique. Voilà tout ce qu'on peut constater à t'aide des documents et des auteurs contemporains au sujet de tous ces peuples ayant occupé le territoire de la Roumanie actuelle. Partant de leur situation effacée dans ce pays, on devrait supposer logiquement qu'ils en occupaient une semblable en Hongrie aussi, comme ils en occupaient réellement. Or, grâce à l'étourderie d'un chroniqueur magyar et précisément à l'occasion du récit de la conquête de la Hongrie par les Magyars, il y a un texte qui prête aux interprétations les plus hasardeuses et que Sinkaï a habilement exploité pour s'en servir comme d'un argument irréfutable en faveur des droits des Roumains de la Hongine^ tandis qu'en réalité son auteur n'a du penser en l'écrivant qu'à la glorification de la bravoure de ses aïeux. Son imagination leur y crée des ennemis fictifs afin que leur mérite de les vaincre puisse paraître plus grand. Si sa supercherie tourne à l'encontre de ses désirs et au lieu de profiter à sa race, lui suscite des difficultés, c'est une nouvelle preuve pour démontrer aux historiens, fussent-ils roumains, que la fraude même la plus pieuse est une faute, qui doit recevoir sa punition tôt ou tard et dont les conséquences aussi fâcheuses qu'imprévues ne peuvent être rachetées que par la sincérité et la véracité les plus complètes, comme on essayera de le faire dans les pages suivantes.

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