LIVRE PREMIEU
la conquête du territoire de la Hongrie aussi. En citant son récit, il assure que certains passages y démontrent clairement combien le chroniqueur a été enclin à glorifier les Magyars. Il est cependant indiscutable, selon lui, que d^avoir élu Tuhulum pour leur souverain, ne changeait rien à la situation des Roumains de la Transylvanie En somme, ils ne firent qu'élire TnhiUitm pour remplacer son prédécesseur décédé; et s'ils étaient auparavant les sujets de (re/oi/^ ils le furent alors de TuhiUum seulement et non pas en même temps à'Arpàd et des Magyars également. Gela n'est arrivé qu'au moment où Gyula le Jeune, a été vaincu par saint Etienne. Ce i'ut à la suite de cette défaite que les Roumains perdirent leur domination en Transylvanie, sans perdre toutefois simultanément leurs droits politiques.
On peut se poser ici avec raison la question suivante, poursuit Mafor : les guerriers magyars sont-ils ressortisde la Transylvanie ^ouv rejoindre Arpàd ou sont-ils restés au service de Tuliutum^ déjà prince des Roumains? Comme ces guerriers ne lui ont pas prêté serment, ils sont probablement retournés chez Arpàd^ à qui ils étaient liés par un serment de fidélité. D'ailleurs, si un chef n'est pas abandonné par ses troupes, Ano^ nyme le souligne particulièrement. Il ne faut pas oublier non plus qu'après une conquête, les chefs magyars avaient l'habitude de distribuer des propriétés aux plus braves. Or le chroniqueur ne fait pas ici mention que Tuhutum eût fait alors des donations pareilles. Donc aucun Magyar a est resté avec lui en Transylanie ; il n'en est venu qu'au moment où samr Etienne a soumis Gyula et encore il n'y en est venu qu'un petit nombre isolément et non pas en masses compactes comme les Saxons et les Sicules. La manière dont les Magyars vivent aujourd'hui éparpillés parmi les Roumains le prouve surabondamment.
\j' Anonyme rapporte aussi qu'après avoir vaincu les Slaves, Szabolcs en fit des serfs et il n'en dit pas autant des Roumains. On doit donc conclure qu'ils ont gardé leur indépendance en Transylvanie jusqu'au XI* siècle. Et quelle était la raison à cause de laquelle ils élurent Tuhutum pour souverain? Il savait
le roumain, ayant vécu un certain temps au millieu des Paizinakites et des Cumans, qui n'étaient que des Roumains non soumis. Des vieux auteurs grecs l'attestent et, au reste, ne leur était-il pas aisé de changer le nom Roman ou Rouman en Koman ou Kouman? Cette petite falsification graphique leur a été imposée par la nécessité de se distinguer des Roumains; car, ne voulant pas renoncer à Tidée que leur empereur ne soit en même temps l'empereur de l'empire occidental, ils se donnaient aussi le nom de Romains! Les Grecs eurent sous ce rapport des imitateurs chez divers peuples. Â la fin^ ce nom nouveau devenait tellement à la mode que, s'entendant appeler par tout le monde des Cumans ou des Comans, les Roumains l'adoptèrent eux-mêmes.
Mais le territoire de la Hongrie actuelle ne renfermait pas seulement la principauté roumaine indépendante de Gélou; plusieurs autres s'y trouvaient également. « Par malheur, écrit Hilarion Papiu ( I ) , ayant vécu entre eux en hostilité sous la domination des barbares aussi, et complètement oublieux de l'unité nationale, les Roumains s'organisèrent après la disparition de leurs oppresseurs sans penser un instant à leur union. Ils vivaient sous des chefs respectifs, non seulement indépendants de toute influence étrangère, mais aussi en ne se souciant guère des liens qui d'ordinaire resserrent ensemble tous les enfants d'une même race. » Ce fut la raison à cause de laquelle après la domination des Avares^ les principautés delà Bassc'Dacie {la. Roumanie actuelle) tombèrent bientôt sous celle d'autres barbares. Par contre, il y avait des principautés indépendantes dans la Haute-Daciey la Transylvanie actuelle, dans Bihar etdansle jBa/ia/, formant actuellement les départements limitrophes delà Hongrie. Notamment en Transylvanie comme il a été dit plus haut, celle de Gélou (exactement de Juliu)^ dans Bihar celle de Ménmarot (exactement de Mariot ou de Minor Marius) et dans le Banat celle de Gladiu (exactement de Claudiu). Ce sont les historiens magyars qui, seuls, ont consigné l'histoire des Roumains de cette époque, car ces derniers pré-
(1) Istotia românilor din Dacia superiore, I, p. 8.