LIVRE PREMIER
feraient déjà alors, comme dit judicieusement Cantemir^ Texecution des grandes et louables œuvres à leur description !
Ce fiit ainsi que le brave Ménmaroty le souverain du territoire situé entre les trois fleuves : le Ttbissusy le Maros et le Szamos, fit la réponse suivante aux ambassadeurs à'Arpàd qui le sommaient de remettre sa principauté à leur maître comme à un descendant d'Attila, à qui elle appartenait jadis. « Dites à votre prince Ârpàd, au chef des Magyars, que nous ne lui devons autre chose que ce que doit un ami à son ami, de ce qu'il a besoin en sa qualité dMiôte. Quant à la terre^ qu'il désire obtenir de notre bonne volonté, elle ne lui appartiendra pas de notre vivant. Aussi étions-nous très peiné de voir que le prince Zalan lui ait cédé un territoire aussi considérable soit de bon gré, à ce qu'il dit, soit par crainte, ce dont il ne veut pas convenir. Nous n'avons pas envie de lui céder un seul pouce de notre territoire ni par crainte ni par bonté, quoiqu'il prétende y avoir droit. Ses paroles ne nous intimident pas, même s'il prétend descendre d'Attila, le fléau de Dieu, car ce fut par violence que celui-ci arracha à mes aïeux cette terre qui m'appartient de nouveau grâce à la bonté de l'empereur constantinopolitain, et que je ne laisserai plus jamais sortir de mes mains! » Ayant parlé ainsi, il accorda aux ambassadeurs la permission de se retirer.
Très courroucé par la réponse hautaine du souverain des Roumains, Arpàd envoya contre lui incontinent l'élite de ses guerriers. Ménmarot les reçut à la tète de son armée. Ce premier choc ne procura pas aux Magyars des avantages bien sensibles. Ménmarot se replia derrière la rivière de Koeroes et parvint à s'y maintenir victorieusement. Mais il ne déposa les armes que quand, ayant conquis le restant du pays, Arpàd Tattaqua une seconde fois. En réalité, ce n'est pas par les armes, que les Magyars l'ont soumis, mais en lui proposant une alliance à laquelle le mariage de Zoltan, fils d'Arpad, avec une fille de Ménmarot^ a donné la consécration la plus éclatante. Ménmarot mourut deux ans après cet événement et comme il ne laissa pas de fils, ce fut son gendre ZoUan qui hérita de sa principauté roumaine de Bihar. Ce n'est donc
pas la conquête qui en a fait une possession magyare, mais le mariage.
C'est de la même manière qu'a eu lieu la soumission de Glad [ClsLudia)^ prince roumain de Témès. Il sut garder l'indépendance aussi bien pour lui-même que pour ses successeurs, de façon que cette contrée pouvait également jouir d'une autonomie complète sous ses souverains nationaux. Il advint cependant que son petit-fils Ohtumu (exactement Optumus) ayant conscience de sa puissance croissante et s'étant rappelé de l'ancienne splendeur de sa principauté, ainsi que se fiant à la bravoure de ses nombreux nobles et guerriers, ne voulut plus obéir à saint Etienne. De là la furieuse attaque de ce dernier qui ne put remporter la victoire dans une bataille sanglante où Optumus périt, que grâce à la trahison de son gendre Cinadu (Csanad). L'indépendance de la Transylvanie ne disparut pas d'une autre manière. Gyula, le petit-fils de Tuhutum. embrasse la religion de ses sujets roumains, c'est-à-dire la religion grecque-orientale, dès 948. Sa fille Charlotte se marie avec Géza, père de saint Etienne. Donc c'est d'après le rite grecoriental que saint Etienne est baptisé. Pour être roi, il devint plus tard catholique et comme Gyula le Jeune ne voulut pas abandonner sa religion grecque-orientale, il Tattaquaà la tête de ses armées et lui ayant ravi sa couronne, il réunit la Transylvanie à la Hongrie, Mais les Roumains restèrent grecsorientaux même après la défaite de Gyula et ne se convertirent point au catholicisme.
A vrai dire, V Anonyme ne parle en fait de princes roumains ayant régné sur le territoire de la Hongrie actuelle, que de Gélou le Transylvanien. Or celui-ci ne règne pas non plus sur une population roumaine pure, mais sur des Roumains et des Slaves mélangés. Que Ménmarot et Glad aient été des princes roumains, VAnonyme lui-même l'ignore. Selon lui, ce furent des ft peuplades soi-disant Khazares » qui vivaient sous son sceptre, donc ce ne fut pas un prince roumain proprement dit, mais un prince khazare. Pour en faire un prince roumain, Pierre Maïor dit que les Khazares ou exactement les Khozares forniaient une partie de ces colons romains que les empereurs