‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 5 sur 232 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

la Hongrie jadis baignée par la Bahicjue^ V Adriatique et la mer Noire, plus tard servant de champ de bataille a la Chrétienté et à rislain aux prises, vouée pendant deux cents ans à toutes les horreurs des guerres étrangères et intestines, et enfin se relevant de ses cendres électrisée par le souffle de la Révolution française, avide de liberté et de progrès, brûlant de prendre part aux plus nobles travaux de Thumanité. C'était Tesprit magyar, inébranlablement fidèle aux traditions nationales et cependant prompt à s'enthousiasmer pour les idées qui agitaient rOccident auquel le catholicisme, la Renaissance, la Réforme Font tour à tour attaché par des liens indissolubles. Non seulement un État déjà constitué à Tépoqueoù les noms de la Moldavie et de la Valachie n'existaient pas encore, mais aussi une organisation sociale complète, dans laquelle on rencontrait les castes essentielles d'une nation viable : aristocratie, clergé, noblesse de robe et d'épée, population citadine et rurale, avec une monarchie héréditaire ou élective à la tête ; castes ayant des devoirs différents et nettement circonscrits à remplir envers le pays, selon les dispositions d'une constitution presque aussi ancienne que celle de l'Angleterre : tandis que les Roumains j à peine sortis de la barbarie, ne connaissaient qu'un vayvode autocrate, entouré de ses officiers et de ses fonctionnaires, prêts à exécuter ses moindres caprices et le plus souvent vie* times eux-mêmes de ses penchants sanguinaires, et ne comptaient dans leurs rangs que des popes ou descaloyers dépourvus de toute instruction et des pâtres à moitié nomades, réfractaires à toute civilisation.

D'un côté la Hongrie, possédant depuis mille ans les cinq onzièmes des contrées précitées avec la race magyare comme classe dirigeante et ayant résisté maintes fois au danger de sa disparition au milieu des orages qui l'assaillirent de toutes parts, et de l'autre les Roumains ayante leur actif de composer la majorité parmi les habitants, d'appartenir à la même religion et de parler la même langue ; ici des Ouralo-Âltaïens vivant de la vie du monde occidental et devenant par là, en quelque sorte, son représentant en Orient, et là un peuple balcanique élevé dans l'atmosphère de Byzance et n'ayant eu sous ses yeux.

comme exemple à suivre, que la conduite des pachas turcs ; les uns sont des beaii possîdentes venus, il est vrai, de la mer Caspienne et cependant reconnus comme tels par tous les traités internationaux conclus depuis leur apparition en Europe, et ayant déjà fourni la preuve de leur sag[esse politique, de leur courage militaire et de leur valeur intellectuelle, et les autres une puissance, une conception ethnique toutes nouvelles, ne pouvant que promettre et ne pouvant tenir leurs promesses que par le bouleversement général du statu quo.

Voilà le théâtre de Faction, voilà les acteurs en présence. Et si Ton combine le premier avec les seconds, on trouve facilement le drame inévitable parce qu'humain : la lutte entre la Hongrie et les Roumains ayant débuté par une guerre de castes qui se transforme plus tard en guerre de race, pour tourner finalement en guerre de suprématie. Trois aspects les plus féroces de l'inimitié internationale.

tt ... Ce ne fut d'abord que le droit à la vie que les Roumains demandèrent, dit l'historien roumain A. D. Xenopol dans son ouvrage Teoria lui Roesler^ — car ils n'avaient pas encore la conscience de leur nationalité. Aujourd'hui ils ne se contentent plus de l'existence physique et aspirent à la vie morale et iutellectuelle aussi, sans laquelle un peuple n'est qu'un vil troupeau. Si nous les avons vus combattre dans le passé avec acharnement pour leur existence matérielle seulement, est-ce qu'ils resteront inactifs quand il s'agira de défendre les biens d'un ordre plus élevé, qui nous sont donnés afin que nous puissions mieux jouir de la vie terrestre? ... Maintenant c'est l'autonomie de leur paysqueles Roumains veulent obtenir (des Magyars)à l'aide de laquelle, si elle ne tardait pas, ils pourraient conquérir l'hégémonie (dans les départements mentionnés de la Hongrie et en Transylvanie), car ils y sont les plus nombreux. C'est par des mesures draconiennes que les Magyars répondent à leurs injonctions, ayant le projet de magyariser tout le pays. La situation est pour le moment des plus tendues ; une seule étincelle suffirait pour que le brandon s'enflamme... La haine mortelle que les Magyars éprouvent à l'égard des Roumains ne peut finir qu'avec l'extermination de Tune de ces deux races. »

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