LIVRE DEUXIEME
magyars (universitas nobilium partis Transylvaniae). Cette assemblée n'a rien de commun avec les diètes que le roi convoque d'ordinaire à Gyulafebérvàr. C'est l'assemblée particulière de la noblesse magyare étrangère ayant pour but le règlement de la situation de cette dernière en Transylvanie. Ce fut à cette assemblée que Ton accorda aux nobles également le droit de juridiction sur leurs serfs et que, par contre, ils admirent celui du vayvode à l'égard des leurs. Voilà comment renoncent les nobles magyars en Transylvanie à leur privilège accordé par la « Bulle d'Or » de ne pas dépendre de la juridiction des fôispàn (préfets), afin d'obtenir en échange la faculté d'exercer le droit de juridiction sur leurs serfs. C'est aussi depuis cette assemblée que la situation de la noblesse magyare se trouve définie dans l'organisation politique de la Transylvanie et que commence l'exploitation plus cruelle que jamais des Roumains. »
Il faudrait que le peuple roumain soit composé uniquement de saints pour résister à des excitations semblables, habilement revêtues d'une brillante teinte scientifique. Mais quiconque connaît les traits principaux de l'histoire de la Hongrie et de la Transylvanie ou possède quelques notions au sujet des institutions politiques, judiciaires et sociales de l'État hongrois, conviendra aisément que toute cette explication historique, n'est qu'un amas de faits inexactement racontés auxquels s'ajoute l'altération de certaines phrases des documents les plus clairement écrits; ainsi que la fausse interprétation de l'esprit et du fonctionnement des institutions hongroises anciennes.
D'abord Léon le Sage et Constantin Porphyrogénète affirment unanimement, dans leurs relations consacrées à la description de la vie des anciens Magyars^ que les affaires de cette nation se règlent par tribus et familles. Non seulement c'est ainsi qu'il s'assemblent pour aller à la guerre, mais c'est ainsi aussi qu!ils ont partagé le territoire du pays conquis. C'était le souverain^ toujours issu de la famille à'Arpàd^ qui commandait aux vayvodes. Dans l'exercice de ses fonctions, il avait deux dignitaires pour aides : \eGylas ou, à la hongroise, le Gyulaet
le Karhasz. Celui-ci était le juge suprême du pays, tandis que le premier représentait très probablement le .pouvoir royal dans les affaires militaires, comme une espèce de généralissime. Chose curieuse ! les deux plus anciens chefs magyars connus en Transylvanie s^appellent des Gyula. Il est plus que probable que ce nom n'était pas leur nom propre, mais se rapportait à leur dignité. On peut donc aisément supposer que la Transylvanie est échue comme part à un chef de tribu, titulaire de cette dignité. Or un tel chef de tribu ne devait pas vivre séparé de la sienne, il est donc hors de doute qu'autour du Gyula de la Transylvanie il y en avait une aussi à laquelle appartenaient les défenseurs, déjà mentionnés plus haut, de la religion nationale.
En temps de paix, les tribus de Magyars étaient gouvernées par leurs chefs respectifs avec un pouvoir autonome. Aussi les Gyula envoyés dans une région géographiquement éloignée du centre du pouvoir, devaient-ils y gérer les affaires avec une indépendance que saint Etienne dut refréner les armes à la main, tant elle devenait menaçante pour Tunité de TÉtat. Voilà pourquoi la Transylvanie parait être plus indépendante dès le commencement de la conquête du pays parles Magyars.
Depuis la mort du fondateur apostolique de la royauté en Hongrie (1038) jusqu'au règne de saint Ladislas (1077) c'est un brouillard assez épais qui couvre l'histoire de la Transyl-vanie. On ne sait pas grand'chose sur son compte; tout au plus peut-on présumer que sa possession était peu sûre pour le jeune royaume hongrois à cause des incursions des Patzina-kites. Elle paraissait être un pays-tampon entre les territoires de ces derniers et ]à Hongrie proprement dite.
Le roi André I" (104G à 1060) ayant offert à son frère cadet Bêla de revenir de la Pologne afin de partager avec lui le gouvernement et de lui laisser la couronne après sa mort, on divise le royaume en trois parts. Le roi en garde deux par devers lui et il donne la troisième à Bêla (1). Cette troisième
(1) Diviserunt regnum in très partes; quarum duœ iu proprietatem regiœ suœ majestatis manserunt ; tertia vero pars in proprietatem ducis est collata, Thdroczt Chronica, pars, II, ch. 42.
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part se composait de la Transylvanie actuelle et des régions qui se trouvent sur la rive gauche du Tisza (le Tibissus). Son pouvoir était tellement considérable sur ces territoires qu'il y exerça les droits souverains comme ses monnaies frappées avec le titre de prince en exergue le prouvent d'une manière concluante.
Devenu roi après la mort de Bêla (1063), Salomon permit aux fils de son prédécesseur de garder la Transylvanie. C'est de cette façon-là que le partage du royaume a eu lieu, c'est-àdire la donation de la Transylvanie aux princes royaux, source de tant de luttes et de malheurs! Quand cette province n'appartenait pas aux princes royaux, c'était le vayvode qui y représentait le pouvoir royal. Telles sont les raisons à cause desquelles il pouvait sembler aux yeux peu exercés que la Transylvanie était un pays indépendant sous le règne des rois de la maison A'Arpàd,
Les incursions de plus en plus fréquentes des Patzinakites attirent forcément l'attention des Magyars sur les « parties transylvaniennes » . Les efforts politiques et militaires de saint Ladislas visaient particulièrement la défense du christianisme hongrois contre ses ennemis de Tintérieur et de l'extérieur. Or parmi ceux de l'extérieur c'étaient les Patzinakites et les Cumans qu'il fallait redouter le plus. Leur anéantissement complet est devenu une nécessité afin que l'ennemi intérieur, le paganisme, puisse être détruit également dans les contrées orientales du jeune royaume.
Saint Ladislas commence déjà du temps de Salomon^ en sa qualité de chef de l'armée, une série de campagnes contre les Cumans. 11 la continue comme roi et les écrase en plusieurs batailles glorieuses. Mais il comprend cependant qu'il ne pour* rait user des fruits de ses victoires que s'il donne à la TransyU vanie, surtout dans sa partie orientale, une organisation militaire assez forte pour repousser toute seule les futures attaques possibles de ces voisins dangereux, installés sur le territoire delà Roumanie actuelle. Il fait donc rassembler cette partie des habitants magyars de la Transylvanie^ qui vivait à l'Est de Gyulajehérvàr comme son nom l'indique : siège du
Gyula magyar, dans les vallées du Maros et des deux Kukulloe, et il rétablit dans les départements d'Udvarhely et de Hàromszéh et dans le Csih, Il est probable, — car plusieurs particularités linguistiques l'attestent, — qu'il a augmenté le nombre des Sîcules du Hâromszék avec des colons transportés de la rive droite du Danube (rancienne Pannonie). Les noms de plusieurs communes de ce même département de Hâromszék aux allures slaves, situées au, pied des montagnes, semblent indiquer qu'il Y avait là, même à ce moment, une population slave clairsemée. La population magyare se fixa comme d'habitude sur les plaines qui bordent les rivières, ce dont il est facile de se convaincre, car les noms des villages ayant l'adjectif iSatnf (en magyar : Szent) pour qualificatif, sont presque exclusivement dans ces parages. La population magyare à^Vdvarhely doit être considérée comme le noyau de la colonisation sicule. C'est à cause de cela que ce département figure dès le commencement comme un siège-mère, et c'est cette circonstance qui explique que « l'antique constitution, le droit civil et public des Sicules, dit Charles Szabo, l'historien transylvanien, se trouvent être le reflet d'une époque, où la nation magyare vivait encore sous ce gouvernement patriarcal, qu'elle a eu avant sa conversion au christianisme. »
En dehors de ce foyer sicule, les Magyars en avaient un autre encore au nord-ouest de la Transylvanie dans le bassin du Szamos dès l'époque de la conquête de la Hongrie. Car d'après le récit de V Anonyme lui-même, c'est de ce côté que Tuhutum a envahi la prétendue principauté de Ménmarot. D'autre part, c'est par la Transylvanie que Kézai, le moine Marc et Thuroczy font arriver les Magyars en Hongrie. Or, pour atteindre dans cette direction les plaines arrosées par le Tibissus le plus directement, on doit suivre le cours du Szamos, comme l'a suivi du reste trois cent cinquante ans plus tard une fraction de l'armée des Mongols sous la conduite de Kadan aussi^ taudis que Batou- Khan est passé par le col de FereczAe, chemin qu'avait pris Arpàd avec le gros du peuple magyar.
Ce furent des Saxons que les rois de la maison à' Arpàd établirent sur les territoires inhabités. Ils y immigrèrent en trois