‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 48 sur 232 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

fortifier les Roumains. C'étaient surtout les Magyars qui aimaient à s'immiscer dans ces luttes pour le trône, ayant toujours nourri le désir, dans leur for intérieur, de subjuguer les Roumains. Et pour arriver à cette fin, aucun moyen ne leur paraissait être aussi favorable que Taffaiblissement par les luttes intestines. Ce lîit la raison pour laquelle ils donnèrent asile dans leur pays à tous les prétendants roumains, ainsi que des subsides en hommes et en argent si le besoin s'en faisait sentir. Aussi appelait-on le chemin qui conduit de la Valachie en Hongrie à travers la vallée de la Prahova « le chemin des princes » .^drifmul domnisorilor). D'après la « Cronica Anonyma n, Constantin Capitanul, Fotina et d'autres anciens auteurs, Radu Negru étant mort, ce fut son frère Mi chel, déjà bàn de Rrajova que les boïards élurent pour souverain et, après la mort de celui-ci, son plus jeune frère Dan, — probablement parce que les fils de Radu Negru étaient trop jeunes encore. Après la mort de Dan, ce fut effectivement Alexandre Bassarab, le fils de Radu Negru, qui monta sur le trône, celui par qui le roi de Hongrie, Charles-Robert, fut battu dans les cols de Vulcan, dans le district de Gorj. » ^ Parmi les historiens roumains modernes il n'y a que M. Xenopol pour prendre au sérieux cet exode de Radu Negru. Son argumentation se résume dans les assertions suivantes: Depuis la fondation de la domination magyare en Transylva^ nie^ les Roumains y furent toujours exposés à la persécution del'église catholique qu'elle n'avait jamais interrompue contre l'Église orthodoxe. Les rois de Hongrie furent plusieurs fois invités par les papes à convertir les « soi-disant chrétiens » de leur royaume à la vraie religion. C'est en nombre croissant que les Roumains s'efforçaient de se retirer devant la persécution^dans les principautés de Fogaras et deiHarmaros, à moitié indépendantes; Mais la propagande catholique ne les laissa pas tranquilles, même dans ces retraites, et comme, par suite de l'immigration incessante, la population de ces principautés s'était considérablement augmentée, une partie du peuple roumain prit la résolution de traverser les montagnes et de s'établir dans les vallées qui conduisent à la mer Noire et d'y

commencer une existence dans laquelle elle espérait être préservée de toute persécution jusque-là endurée. La première émigration des Roumains part de Fogaras. C'est à la tète d'une colonie roumaine puissante composée de familles aisées, de la noblesse roumaine et naturellement de leurs serviteurs, que Radu Negru a traversé les montagnes. Voilà comment cette émigration transylvanienne a augmenté le nombre des boïards déjà établis. Le peuple roumain habitant le versant Sud des Carpathes s'est aisément soumis aux immigrants et s'est vite transformé en classe inférieure de la société, tandis que ce sont les immigrants de Fogaras qui sont devenus les représentants des classes dirigeantes. Et comme le peuple roumain, qui y habitait déjà antérieurement, s'était appelé « roumain » , en tombant en état de servitude, cette dénomination lui resti et devint synonyme de serf, tandis que ce fut le nom de « munteni w que les émigrés dominateurs adoptèrent. De là le nom de « Muntenia » pour désigner le pays. Il y a encore un autre nom, le « Tara romaneasca » , donné par le peuple roumam autochtone. Le troisième nom, celui de « Valachie » , n'était employé que par les étrangers.

Il serait coupable de ne pas remarquer que ces contes enfantins, arrangés pour rendre les Magyars et la religion catholique plus odieux, ne sont pas acceptés comme vérités historiques par la plupart des historiens roumains modernes. Hurmuzaki[\) n'en souffle pas mot et ne veut voir dans Radu Negru qu'un Rénez semblable au vayvode Lythen^ révolté sous Ladislas le Cuman , mais un Kénez plus heureux dans ses entreprises. Pour Hasdeu (2), Radu Negru est un personnage fabuleux, car il croit que Terreur des chroniqueurs provient de ce qu'ils l'ont confondu avec le fils à' Alexandre Bassarab^ avec Radu Negru Bassarab qui régnait de 1372 à 1382, — en imputant les actes de Tun à l'autre. D'après Tocilesco (3), le Radu Negru des chroniqueurs est une figure des traditions

(1) HoRMDZAiLi, Fragmente zur Getchichte der Rumànen, vol. I, p. 1S6.

(2) Hasobd, Istoria crilica a romaniior, p. 120 et 121.

(3) Gr. g. Togilbsco, Istoria romana pentru scolele primare de ambe^exe Bucuresti^ 1887, p. 137.

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