‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 49 sur 232 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

anciennes, vivant encore dans la bouche des paysans des districts de Muscelei d'Argès et qui, au fond, n'est personne autre que Tugomér Bassarab, le père d'Alexandre Bassarab.

Quelle que soit sa personnalité, il n'est pas moins certain que la terre de Fogaras ne pouvait pas lui appartenir, car dans le document déjà mentionné d'André III et daté de 1291, le roi la fait rendre à maître Ugrin comme une propriété qu'il avait déjà possédée. D'autre part, Nicolas et Jean^ fils de Konrad ou Korrad du commandant du château fort de Talmàcs^ font un accord avec Pierre et Simon, les fils de Michel, commandant du château fort de Solymos^ pour décider que s'ils mouraient sans héritiers mâles, la moitié de leurs propriétés de TalmàcSy Fekeleviz, Omlâs, Alamor, Zeulès , Bolkach, etc. reviendrait à leur beau-frère Pierre, Et cet accord, Charles-Robert le sanctionne en 1319. 11 est donc évident que Fogaras et Omlàs ne pouvaient pas appartenir à Radu Negru en 1290 et qu'il ne pouvait pas en sortir non plus accompagné d'une grande foule de nobles et de serviteurs pour émigrer en Fa/acAie, et encore moins y fonder Campolungu et en faire le siège de son gouvernement, car des documents authentiques prouvent que ce sont les Saxons qui ont fondé cette ville, et que son nom roumain n'est que la traduction de son nom allemand de « Langenfeld n (Longcbamp).

En tout cas il est probable que ce fut ce Tugomér Bassarab qui fonda une dynastie en Valachie et que ce fut son fils Alexan^ dre qui créa l'État roumain par sa victoire remportée sur Tarmée de Charles^Roberi, Les Roumains, auparavant pasteurs, â moitié nomades, deviennent alors une nation véritable, et leur pays composé, comme une mosaïque^ de plusieurs Kénézies plus ou moins grandes, se transforme, après la disparition des Cumans, en un état indépendant. Il n'y a d'histoire roumaine que depuis cette époque.

Quoiqu'il y ait une quantité de documents transylvaniens et hongrois du xiv"* et du xvi* siècle, se rapportant à divers oiembres de la famille Bassarab — Kénez, commandants de districts et propriétaires — il ne faut pas chercher son origine en Hongrie. «Une partie de la Bassarabie ainsi que du district

de Covurlui — écrit M. Adrian Casolieano (l) se trouvait sous la domination de chefs cumans et dépendait tantôt de la Hongricy tantôt des souverains de la Valachie,., Il n'est pas impossible que les Basaraba de la Valachie descendent directement de ces chefs cumans; car il y a un g^rand nombre de familles roumaines dont Torigine est soit cumane, soit tartare. « Voilà sur ce sujet le raisonnement de M. Jancsô : Dans un document daté du 21 octobre 1350 le roi de ffongrie Louis / ' ordonne au chapitre de Transylvanie d'installer un nommé « Egidius, filius Johannis de Bezermen-Zanchal v , qui lui a rendu pendant quatre ans des services signalés, dans une propriété sise à Bezermen-Zanchal (département de Kïs- Kukiillô). D'autre part, le 2 1 janvier 136 1 , le vayvode de Transylvanie, Dionis ordonne également au chapitre de Transylvanie d'installer « Egidius, filius Bazarab de Zanchal » dans la propriété de Zoltàn. Il ne peut y avoir le moindre doute sur l'identité de cet a Egidius Bazarab de Zanchal » avec l'individu sus- 'Ht et nommé a Egidius, filius Johannis de Bezermen-Zanchal » . On voit donc que les mots Bezermen et Basarab sont des synonymes. Or le mot Bezermen est l'équivalent du mot musulman, car dans la langue tartare de Kazàr on le prononce : buzurman et dans le tschagatai : muzurman. C'est par le canal des Tariares (|u'il s'est acclimaté parmi les Russes méridionaux, qui ne l'emploient encore aujourd'hui que sous cette forme. Les Magyars donnaient le nom de Boeszoemiény aux Ismaélites de religion mahométane à qui il échut plus d'un rôle important dans l'histoire hongroise et dont il est question dans les lois de Coloman, de Ladislas /", ainsi que dans la » Bulle d'Or » et dans les décrets émanants des diètes tenues par André III. Il est intéressant de savoir qu'il y a une tête de nègre dans les armes de plusieurs familles de la noblesse magyare ayant une origine ismaélite (boeszoemiény), tandis que dans celles de la Valachie il y en a trois.

En prenant pour point de départ cet écusson à tète de nègre, on peut affirmer que les fondateurs de la dynastie rou-

^^1) Adria:i CàSOLTE&sio : Basarabia. Bucuresci, 1895^ p. 7.

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