‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 51 sur 232 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

même. Ne pouvant obtenir aucun résultat favorable, celui-ci ramena avec lui Balk en Hongrie et, pour le dédommager de ses pertes subies en Moldavie, il lui donna les propriétés de Bogdan sises en Marmaros. »

« De cette façon, s'étantrendue indépendante de la domination magyare, la Moldavie se trouva être le refuge de tous ceux mécontents de cette même domination. Il est bien entendu q^ie les premiers et les derniers émigrants appartenaient, à peu d'exception près, à la caste des boyards; c'est donc à la suite de ces castes que la noblesse dominante s'est accrue en Moldavie comme en Valachie. Mais les boyards émigrants n'y ayant pas opprimé la population du pays, qui les a probablement aidés dans leurs entreprises contre ceux du parti magyar, nous n'y constatons pas non plus que la désignation de « roumain D y fût synonyme de serviteur ou de serf. Du reste, ce n'étaient pas les Roumains qui fournissaient ici les serfs, mais les Slaves encore non roumanisés. Ils se sont plus tard complètement roumanisés sous l'influence de l'élément roumain toujours croissant. »

« Nous ne savons rien autre concernant le règne de Bogdan d'ailleurs assez long (1349-1360) que ce fut à ce moment que l'État indépendant de la Moldavie se fonda. Il a eu pour successeur son fils Latzko, qui reçoit en 1372 une lettre de félicitation du pape au sujet de sa conversion au catholicisme. Or cette conversion n'était que simulée afin d'éloigner les Magyars de son pays, qui y avaient fait des incursions annuelles, quoique malheureuses, du temps de son père. Latzko mourut donc dans la religion orthodoxe et il fut enterré selon ses rites dans l'église de Radautz. N'ayant laissé qu'une fille, pour avoir un souverain de souche princière, les Moldaves s'adressèrent à Jurga Coriatovits, le Lithuanien, pour lui demander de succéder à Latzko. Mais comme ils ne ressentaient aucun respect pour le souverain étranger, ils l'empoisonnèrent et ils élurent pour leur souverain Petru Musat, un rejeton des Bassaraba. Ce fut ainsi que monta sur le trône de la Moldavie la dynastie Musat, issue du sang des Rassaraba. »

En face de ces assertions si compromettantes pour les

Magyars y il est ulile d'indiquer deux circonstances, qui en atténuent la portée.

Le voisinage des Tartares a dû rendre, après leur dernière incursion en Moldavie ^ la fondation des Rénézies, même les moindres, bien problématique et s'il pouvait s'en fonder une quand même, son caractère cuman devait y être plus prononcé que dans celles de la Valachie. Un tel caractère cuman avait la principauté de /fl55j aussi, comme 5Mfeer(I) l'enseigne. D'après lui, il y avait en Moldavie xxn district cuman mém e au xvi' siècle et une charge de capitaine cuman à la cour moldave. D'ailleurs, les Ctmian^ s'entendaient mieux avec les TVir/arcs que les peuples d'une autre race. Tout le monde sait que ce fut André Laczhfi, vayvode de Transylvanie^ qui détruisit les Tartares quand ils envahissaient la ^oi?^ri6 sous la conduite d' Athlamos, Le doyen Jean de Ktikullô, en racontant l'exode de Bogdan, af- 6rme que la Moldavie était, avantqu'il n'ait lieu, complètement dégarnie d'habitants et que, tout en dépendant de la couronne de Hongrie, elle représentait un vrai désert à cause de la proximité des Tartares, Donc l'exode des Roumains s'explique par l'attrait d'un pays propre à contenter leur humeur vagabonde.

D'autre part, on lit dans un document du roi Louis r% daté de 1343, que ^o^rfan, auparavant vayvode de Marmaro5, ayant soulevé un conflit l'hiver précédent contre Jean, fils de Dionis Kelcsey^ s'était traîtreusement sauvé du pays. Conséquemment, le vayvode Bogdan commit des violences et, de peur qu'il ne soit puni à cause d'elles, il s'enfuit non pas en 1349, comme M. Xdnopolle prétend, mais en 1342. C'est encore un document du roi Louis, daté de 1349 et signé à Beszeircze, qui atteste que Gyula, le fils de Dragos, se plaint d'un parent, allié à son oncle Etienne et au vayvode Bogdan, de l'avoir chassé avec son fils de leurs propriétés, que son grand-père homonyme a reçues du roi Charles, après les avoir fait incendier. Il prie donc le roi de le faire réinstaller dans ses biens. Ce furent le vayvode des Roumains Jean Jgcfi et Nicolas que le roi envoya pour procéder à

\^i) SuLZER, Geschichte des transa/pinischen Daciens, vol. 11, p. 81; vol, III, p. Î5i.

LIVKE DEUXIEME 105

Tenquéte à ce sujet, et ils 6rent réellement un rapport dans le courant de cette même année. Un document daté de 1355 relate que Dragos, le fils du Gyuloy dont parle le document précédent, reçoit du roi plusieurs villages roumains en donation, car il voulait ramener à la fidélité envers le voiles Roumains qui s'étaient enfuis en Moldavie avec Bogdan et Etienne, Le même roi Louis /" donne, en 1365, la propriété de Kuhuya avec d'autres parcelles de propriétés à Balh le Moldave, fils de Szàsz et vayvode de Marmaros^ ainsi qu'à son frère, propriétés qui appartenaient jadis à Bogdan le Félon. 11 les donne, car Balk lui resta fidèle même en Moldavie et y fut blessé à cause de lui et revint en Hongrie en suivant le roi.

Il appert de tout ceci, que Bogdan n'était pas le vayvode de tous les Roumains de Marmaros et que son pouvoir ne s'étendait pas sur toute la Moldavie, Son exode n'est pas un fait isolé non plus, car des désertions pareilles s'accomplirent plus tard et dans les autres parties du royaume également. C'est ainsi que se sauvent en Moldavie ^ de la contrée de Hàiszeg^ les kénez Koszia et Stancsul et le pope Volhul avec la moitié des habitants roumains du pays u pour s'y joindre aux ennemis de la couronne. » On voit encore que non seulement les kénez roumains habitant le territoire de Marmaros étaient des sujets du roi de Hongrie^ mais ceux de la Moldavie se considéraient comme tels aussi.

Une donation de roi Louis (13G3) faite à Ladislas ispàn roumain et fils de Musad d'Almàs, range les Musatli au même titre parmi les kénez roumains connus en Hongrie que les Bassaraba , La crête des Carpathes qui se trouve entre la commune de Gelencze et la Moldavie s'appelle Musath, comme il y a en Moldavie la rivière et la ville de Tatros, tandis que Ton connaît le nom d'un chef patzinakite nommé Tatrus.

Page 1