‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 53 sur 232 · LIVRE DEUXIÈME lOr · texte numérisé non relu

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contenaient des territoires considérables, dans les départements de Bereg et de Marmaros. La dignité kénézienne se transmettait de père en fils et le pouvoir judiciaire du kénez n'était pas toujours identique. S'il représentait dans son district le pouvoir judiciaire et administratif, il en était cependant avanttout le chef militaire. Il y avait en Hongrie et en Transylvanie même au xiv' et au xv' siècle un grand nombre de kénézies.

Les boyards formaient une classe dans la société roumaine dont Torigine se perd dans l'antiquité la plus éloignée de l'histoire roumaine. Elle n'était pas le produit de la féodalité, car chez les Roumains il n'y avait pas une noblesse au sens féodal. Les boyards étaient dans l'ancien temps de vrais soldats légionnaires, les meilleurs de la caste militaire chez qui le militarisme était une tradition et non pas la conséquence du vasselage, puisque leurs propriétés ne se transmettaient pas non plus selon les coutumes féodales. Les boyards figuraient en Hongrie et en Transylvanie jusqu'au xv' siècle sous le nom de noblesse roumaine (nobiles valachi, nobiles ut dicitur Valachorum), et formaient une classe sociale et politique bien distincte de la noblesse magyare (nobiles hungari) et ils les surpassaient à cause de la nature de leur origine, de leur histoire et de leur privilèges.

La plus nombreuse caste était celle des paysans roumains, appelés des gens de milice, de forteresse (castrenses, populi castrenses, milites castri). Groupés sur des territoires roumains, partagés en plusieurs vayvodies et kénézies, ils vivaient en hommes libres^ sans être astreints aux travaux des serfs. Ils héritaient leurs propriétés de mâle en mâle et ils pouvaient les léguer ou vendre à qui bon leur semblait s'ils manquaient d'héritier direct. Ils n'avaient qu'un seul devoir à remplir : faire le service des forteresses, en bâtir de nouvelles, les défendre, et surveiller les frontières ainsi que prendre les armes en cas de guerre.

Les Roumains possédaient dans ce temps-là, aussi bien eu Hongrie qu'en Transylvanie, des territoires nationaux ayant des institutions spéciales et dont l'administration leur était conBée. Telle était la Terre de Fogaras (terra Blaccorum), dans le midi

de la Translyvanie, par exemple ainsi que le Banal de Szôrény partagé en huit territoires nationaux , appelés « districtus volahicales » , formant des provinces nationales dans le royaume de Hongrie et ayant pour chef un ban ou un vay vode. On rencontre des districts roumains semblables au nord du Banal dans les départements à'Arady de Zarànd^ de Bihar, de Bereg^ et'de MarmaroSy et les documents du moyen âge en parlent sous le nom de vayvodies ou kénézies roumaines.

En dehors des institutions vayvodales et kénéziales et à côté des castes sociales roumaines, distinctes des castes sociales magyares, il y échoit un rôle considérable au droit roumain ti5t/6/(ius voIahie,antiquaiusdistrictuum volahicalium) d'après lequel, les crimes capitaux exceptés (exceptis publicis furto et latrocio et criminalibus causis) le Boumain ne doit pas être jugé par un autre que son vayvode. On y trouve des tribunaux roumains, composés de kénez, de nobles et de paysans roumains, on y constate l'institution d'un jury élu et même un droit politique et civil spécial. Les propriétés se donnentaux nobles sous des conditions toutes différentes dans les districts roumains que dans les départements magyars. On trouve ensuite des propriétés kénéziales avec droit de justice civile, des propriétés roturières dont la possession impose au propriétaire le service militaire, dans Taccomplissement duquel il doit se conformer à certaines coutumes nationales. Il est régi par des lois spéciales en (ait d'impositions et de redevances aussi. Après avoir exposé ces prémisses on peut affirmer a que la population roumaine de la Hongrie et de la Transylvanie nous apparaît dans le xni'^ et même dans le xiv' siècle au moins dans sa première moitié, comme un peuple militaire libre avec un territoire national séparé, avec des castes sociales et des institutions politiques spéciales, en un mot, comme une nation politique indépendante et complètement détachée des nations magyares, sicules et saxonnes.»

Voilà la justification historique des exigences actuelles du parti national roumain visant l'autonomie nationale, territoriale et ayant pour corollaire une administration et une juridiction roumaines et spéciales. Et voilà maitenant la réalité prosaïque

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au sujet de cette u époque militaire >' (epocamilitara) reflétant la vie des anciens légionnaires romains.

D'abord le mot « vayvode » ou en roumain « voda « n'est nullement d'origine romaine et n'exprime nullement une idée romaine quelconque, car il est bulgaro-slave absolument. D'ailleurs les vayvodes roumains n'étaient pas les seuls dans le royaume de saint Etienne, Le roi Sigismond donne le 18 avril 1417 au vayvode des Tsiganes nommé Ladislas une lettre de franchise, qui y reçoit des franchises et des privilèges ressemblant en tous points à ceux concédés aux vayvodes roumains et l'autorisant à juger en toute liberté dans les litiges qui pourraient se produire entre Tsiganes (si inter ipsos aliqua zizania seu perturbatio eveneritex parte quorumque... iudicandiet liberandihabeatfacultatem). Il y a encore sous le prince Georges Ràkôczy /" (1630 à 1648) un vayvode tsigane, mais les » Approbata Gonstit. Regni Trans. pars III tit. LIX » interdisent déjà pour l'avenir la nomination de tels vayvodes tsiganes «sub pœna violationis constitutionum regni « . Les Tsiganes pourraient donc prouver que ce furent les « Âpprobatu » et les u Compilata » qui les privèrent de leurs chefs nationaux, de leur administration et juridiction, tandis qu'il y avait déjà longtemps que lesvayvodies roumaines n'existaient plus quand on fit rédiger le « Codex » du la principauté de Transylvanie sur l'ordre du prince Georges Ràkoczy /*'.

Trois documents, émanant de la reine Elisabeth et signés à Lupperiszâsz^ à Bude et datés 1364, 1370 et 1378, fournissent des données très intéressantes au sujet de la situation politique si embrouillée des Roumains, On en tire la conviction que chez les Roumains, ce ne furent pas les vayvodes qui occupèrent le plus haut degré parmi les membres de l'autorité mais les ispân — les commandants — des châteaux forts royaux qui sont, quelle que soit leur origine, des nobles et des représentants du roi, c'est-à-dire qu'ils font partie de la nation hongroise politique. Quant aux vayvodes, ils forment un lien intermédiaire entre les dits ispân et les Roumains Ce sont eux qui surveillent si les Roumains paient leurs redevances au roi et à l'ispàn exactement; ce sont eux qui jugent dans les procès moindres,

tandis que les plus importants vont devant Vispàn, Dans les cas appartenant au ressort des tribunaux criminels, c'est à la juridiction de la magfistrature ordinaire que les Roumains doivent s'adresser aussi.

On sait des sources anciennes grecques et slaves que c'était le haiiin (colonie, ferme) qui formait le noyau des institutions politiques et sociales des Roumains avec nn kenez à la tête de chacun ; donc le nombre des uns correspondait au nombre des autres. Engel (1) raconte en parlant des événements de 1268 que : « pour repeupler la Hongrie on établit des a scultéties » c'est-à-dire on fit don d'un morceau de terre inculte ou de forêt à un colon un peu aisé sous la condition qu'il en ferait une colonie et qu'il s'en chargeât ainsi que ses successeurs pour y rendre justice. S'il s'agit des Roumains ou des Rousniak ces scultéties s'appellent des kénézies. C'est l'origine du droit kénezial. >i II est donné tantôt, comme payement pour l'abattage d'une forêt épaisse, tantôt pour que l'on y installe des colonies nouvelles ou qu'on la repeuple. Si ses possesseurs ne sont astreints à aucune servitude ni impôt, ils payeront, en signe de reconnaissance, une certaine somme d'argent. Le nommé Dobre reçoit en 1394 du roi SigismondXdi forêt de Lesnek, sous la condition que lui et ses successeurs obéiraient au commandant de Dciui et qu'ils exécuteraient les payements et les travaux habituels comme les autres kénez qui dépendent du même château. Ces propriétés pouvaient être données aussi bien par le roi et le vayvode de Transylvanie que par lefô^ispàn (le préfet du département) respectif; sa donation suffisait pour accorder les franchises kénéziales.

D'ailleurs, l'importance des kénézies est assez relative; dans un document de 1378, il est question de deux qui ne sont composées que de cinq foyers chacune et d'une autre qui n*en a que quatre seulement, tandis que les droits judiciaires qui y sont attachés se rapportent uniquement aux procès moindres, insignifiants.

Mais c'est avec une prédilection marquée que les officiers

(l) Engki., Geschichte des ungarischen Reichs, p. 359.

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du roi établissent les kénez et leurs hommes sur les propriétés dépendant des châteaux royaux, car leurs obligations à remplir ne se bornent plus à Tabattage des forêts, comme on peut s'en convaincre d'un rescrit du roi Sigismond daté de 1427 et adressé au vice-vayvode de Transylvanie. « La personne des Roumains n'est pas séparable du château, et les terres de labour dont ils ont la jouissance ne le sont pas non plus, quoiqu'ils les cultivent à leur profit : Ce n'est pas seulement au payement des redevances convenues que les Roumains sont astreints, mais selon les bonnes habitudes anciennes , aux travaux manuels, au creusement des fossés en vue de la conservation du château et au sciage du bois, au transport des vivres également. »

Le roi Venceslas ordonne en 1301, sur la demande d'Urs^ le kénez des gens d'Olahfalu (signifiant en magyar: village des Roumains), que les habitants de cet endroit ne soient tenus, dans Tavenir, comme dans le passé, qu'au transport du bois et des poutres au château royal à'Udvarhely et au service pédestre autour dudit château, ni assujettis au payement d'aucune dîme, la meule fournie â l'église A' Udvarhely exceptée. Qu'ils soient affranchis de toute répartition d'impôts : a more Siculorum inter quos vivunt » , mais qu'ils payent â leurs kénez ce dont ils leur sont redevables (1). Voilà à quoi se réduisent, dans la réalité, l'art et la science de la construction des forteresses chez les Roumains, — art et science dont les historiens roumains aiment tant à se vanter !

Là où les kénézies plus ou moins grandes sont en nombre considérable comme, parexemple, dans les départements de Bereg, de Marmaros et de Hunyad, les kénez élisent un vayvode, et alors ce ne sont pas eux qui restent en contact direct avec le commandantdu château, mais les vayvodes et qui surveillent si chaque kénézie s'acquitte ponctuellement de ses redevances, si chaque kénez perçoit exactement les revenus dus au roi et au commandant. Il est à remarquer que la charge de vayvode roumain revient quelquefois à des Magyars

(1) Székely okUvéltdr, vol, I, p. 29 et passim.

de pur sang comme c'est le cas à Szànioly Keszi en 1 495 quand Jean Corvin la confère successivement à deux frères Székely, magyars et catholiques ( 1 ^ .

Comme les kénézîes, les vayvodies ne ressemblent pas les unes aux autres. Il va des endroits où elles se rapprochent de l'importance d'une préfecture, tandis qu'ailleurs elles ressemblent à la condition des régisseurs. D'après un document daté de 1445, Ladislas, le ban de Macso, a sixvayvodes sur sa propriété de Zarànd (2).

Ce sont en partie les rois qui donnent un certain nombre de Roumains en cadeau a des particuliers tels que chapitres ou évéques, ou ce sont en partie eux-mêmes qui s'enfuient pour se placer chez les particuliers, trouvant plus agréable d'y vivre que sur les propriétés royales . Il s'en forme de cette manière en peu de temps deux catégories : ceux qui se trouvent sur les propriétés royales ou dépendent des châteaux royaux sous l'autorité directe des vayvodes ou des kénez, et ceux que l'on appelle des Roumains vulgaires, ordinaires.

Le nombre des Roumains, dépendant des particuliers, s'accroit par d'autres moyens aussi. Les vayvodes et les kénez anoblis parle roi deviennent des seigneurs et leurs propriétés qu'ils avaient par droit kénézial, des propriétés seigneuriales. Naturellement, la position des Roumains qui y habitaient subit un changement également. Ils se transforment de serviteurs royaux en serfs seigneuriaux. De là un grand nombre de contestations au sujet des kénézies transformées en propriétés nobiliaires, comme il appert de plusieurs documents (voir l'attestation du chapitre de Transylvanie, délivrée en 1408, etc).

Il y a encore une autre raison qui sera cause que le kénez anobli se détachera du sein du roumanisme. Le roi Louis P' ordonne — ordonnance que Sigismond renouvelle — que pour être kénez il faut que l'on soit catholique. Or le Kénez anobli et converti au catholicisme devient complètement magyar, et c est à cause de cela que l'on peut citer toute une série de

1) Marki Sa:<dor, Aradmegyè es vdros tôrténetej vol, I p. 502. (2) D' Solyom-Fekete, Adatok a volt tardndmegyei részek tôrténetéhez. Hu nyadmcgyei Tort, es Rég. Tdrsasdg evkônyve, p. 22.

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