‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 54 sur 232 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Familles aristocratiques et nobles magyares qui descendent des Kénez. Les auteurs daco-roumains voient dans ce fait une ten* dance préméditée de magyarisation de la part des rois de Hongrie. Us veulent faire croire qu'il y avait de Fait une noblesse roumaine aussi datant des temps antérieurs, dont les membres étaient poussés soit par intérêt, soit sous la pression de la société et de TÉtat^ au reniement de leur nationalité. Et cette noblesse roumaine, par qui aurait-elle été conférée? Certes pas par les rois de Hongrie^ car il leur eut été impossible de conférer une autre noblesse que la hongroise, comme il eût été im» possible aux rois de France de créer des nobles anglais ou espagnols, il est vrai que Ton rencontre souvent dans les documents Texpression : « nobilis valachus » , mais son sens est purement ethnique. L'unité et le caractère hongrois de la noblesse sont tellement accusés en Hongrie^ que dans la Croatie, administrativement autonome, on ne pouvait recevoir que la noblesse hongroise. Chaque noble hongrois était membre de la sainte couronne hongroise (sacrae coronae membrum) . Et comme il n'y eut jamais de sainte couronne roumaine ou autre en Hongrie^ il est évident qu'il ne pouvait y avoir, dans le sens politique du mot, une autre noblesse que la hongroise non plus. Et comme les rois ne se montrent nullement avares dans la distribution des titres de noblesse, il y a de plus en plus de vayvodes et de kénez qui deviennent des nobles hongrois. Il en résulte une diminution dans le nombre des kénez ; il arrive même que Tinfluence et les traces de la colonisation roumaine étant disparues par la Force évolutionnelle des circonstances, le système des kénezies se décompose également et le kénez qui n'a pas pu devenir noble, devient serF comme tout Roumain vulgaire, résultat du développement social et non pus d'un acte législatiF ou gouvernemental.

Si le nombre des vayvodes et des kénez diminue, les immi* grations des Roumains ordinaires augmentent continuellement mais ceux-ci ne deviennent ni magyars, ni catholiques. D'après la conception hongroise ancienne, constitutionnelle et judirique, c'était uniquement la noblesse qui Formait la hungarica naiio. Ses membres, quelle que Fût la race à laquelle ils appartë-

naient, étaient des Magyars par le sentiment et la manière de penser et possédaient des privilèges et des franchises dont ne pouvait se vanter la noblesse d'aucune autre nation. En ce qui concernait la nationalité de la misera plebs^ personne ne s'en inquiétait et Ton préférait même les serfs d'origine étrangère aux serfs magyars insubordonnés et aussi aristocratiques que les seigneurs eux-mêmes. A Tinstigation de Rome y la royauté et le clergé essayèrent tour à tour de faire de la propagande religieuse parmi les RoumainSj mais ils crurent qu*il suffisait de convertir les vayvodes et les kénez, sans se soucier du bas peuple.

11 a été dit plus haut que les Roumains vivaient sur les propriétés royales et surtout sur des territoires inhabités et le plus souvent couverts de forêts, où leur principale occupation était de faire paître leur bétail et d'abattre les arbres^ et où ils payaient la « quinquagesima » à laquelle s'ajoutaient quelques redevances insignifiantes en espèces. Peu à peu, l'élevage du bétail devenant impossible sur les terrains de forêts abattues, ils se virent forcés par la nécessité, sous l'influence des contrées voisines magyares et des conditions d'existence changées, de renoncer à la vie de pasteur et de cultiver les terres défrichées. N'étant pas frappées de dîme quand elles étaient encore couvertes de forêts, ces terres n'en payaient pas non plus après leur transformation. Donc le Roumain^ pâtre devenu laboureur, ne payait pas de dîme, tandis que le Sicule^ le Saxon ou le Magyar^ étant agriculteurs dès le commencement, en payaient sans exception. Seulement, les terres qu'ils habitaient et pour lesquelles ils payaient la dîme, s'appelaient des u terres chrétiennes D (terrse Ghristianorum) en opposition à celles cultivées par les Roumains et qui n'étaient pas astreintes à fournir la dime. Naturellement si un Roumain s'est établi sur une terre chrétienne, il Ta payée comme les autres, car elle était inhérente à la propriété. Ne payaient pas de dtme mais seulement la u quinquagesima » les Roumains eux-mêmes vivant sur les propriétés des évéques et des chapitres. Elle n'y est transformée en dime que plus tard et comme un document du roi Sigismond daté de 1398 le prouve, avec le consente-

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