‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 55 sur 232 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

ment spécial royal, Tévêque étant obligé de fournir un groupe de guerriers (banderium) et le chapitre d'y contribuer pécu* niairement.

On lit chez Antoine Verancsics^ d'après Kovachich : « Trois nations vivent en Transylvanie : la sicule , la magyare et la saxonne. Ufaut que j'y ajoute les Roumains, qui sont aussi nombreux certainement que Tune des trois nations mentionnées. Mais ils n'ont ni franchises, ni noblesse, ni propriétés, excepté ceux de quelques districts de Hâtszeg, qui, ayant montré beaucoup de courage dans les guerres contre les Turcs du temps de Jean Hunyadi, furent anoblis depuis. Les autres Roumains ordinaires sont les serfs des Magyars, n'ayant pas de territoires spéciaux mais vivant dispersés dans tout le pays, quelques-uns dans les plaines, la plupart dans les montagnes et les forêts où ils végètent péniblement dans la compagnie de leurs bêles. »

II y a cependant dans le pays des contrées dans lesquelles, comme le remarque Verancsics, les Roumains ont noblesse, propriétés et franchises, où l'on pourrait plutôt parler de territoires roumains mais naturellement non pas dans le sens dans lequel les historiens daco-roumains le font.

Après la prise de Constaniinople par Mahomet II en 1453, la fièvre des armements s'empare de toute V Europe, Les États de la Hongrie tiennent une diète à Bude dans laquelle ils décident la levée de toutes les forces vives de la nation, même celles des districts jaziges, cumans, roumains et tartares, qui doivent fournir autant d'hommes armés d'après chaque centaine de foyers qu'en fournit la noblesse des départements possédant des serfs (1).

On constate dans les documents les noms de huit districts roumains. Un rescrit royal daté de 1457 explique que le roi Ladisla^ V a reçu à Vienne une députation déléguée par les

(1) Corpus Juris Hvsg, 1454. 9. « Jtem omnes liber» Civitates, tant nosit-œ recales et re^hiales, quam dominorum despoti et comitis Ciliœ et aliorum Magtuhtuniy necnon totum regnum nostrum Slavoniœ^ de quibus iucrum camerœ sol' vere non consuevissent, malo prœmisso connumerari debeatit. Et similiter PAtlistœiy Cumaniy Valachi et Tartari connnmerati debeant exercituare.

nobles, les kénez et les Roumains ordinaires des districts de Lugos, Sebes, Mihâld, Halmos, Krassofô, Borzafô, Komfâthj et Ilyéd^ afin qu'elle l'implore de confirmer les franchises et les droits, que les rois avaient accordés aux Roumains et à leurs kénez. Or, comme ces districts surveillent au Danube les incursiens des Turcs^ le roi, pour les exciter à une plus grande vigilance encore, n'hésite pas à contenter leur désir. Ces districts étaient situés dans les départements actuels de Krassd-Szôreny , de Témès et de Hunyad, ainsi que dans la contrée de Hâiszeg, sans exception dans des parages, par où le Turc avait l'habitude de faire irruption. Au milieu de chaque district roumain il y a un château fort royal et on y en rencontre un plus grand nombre que dans les parties plus centrales du pays. Contraints par la nécessité, les commandants y étaient obligés d'employer les Roumains^ qui demeuraient sur les territoires dépendant de ces mêmes châteaux, pour le service militaire aussi. Et comme, à cette époque, porter des armes était une chose qui procurait des avantages et inspirait du respect, les vayvodes et les kénez étaient toujours prêts à s'en acquitter. Pour pouvoir disposer, en cas de besoin, immédiatement du plus grand nombre de soldats possible, on étend ce service sur les kénez aussi qui ne demeurent pas sur les territoires dépendant des châteaux royaux, mais qui se trouvent sur les terres défrichées, appelées des u terres roumaines » . C'est ainsi que se développe autour de chaque château un district roumain, que le roi Ladislas V réunit sur le territoire du département actuel de KrassO'Szôreny dans une unité administrative. Donc les districts roumains ne sont les résidus ni d'une institution quelconque de l'antique Romc^ ni d'une organisation roumaine militaire, ni d'un droit politique antérieurement appliqué. Ils sont simplement les produits de circonstances exceptionnelles.

Dans ces districts transformés dans une entité administrative, les Roumains nobles et kénez appartiennent à la juridiction des commandants des châteaux forts, — homme de confiance du roi sinon toujours un Magyar^ mais au moin un Rou^ main devenu Magyar par suite de son anoblissement — et les

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y{o<rmfii>i5 onlinaires à celle des noble^ roumains. Si dans un Jocumenl daté de 1487 on trouve l'expression : « selon les lois antiques et approuvées des districts roumiins » (juxta antiquam et approbatam leçeni districtuum valachalium), personne ne doit s*en étonner, car il a été écrit à une époque dans laquelle, en ce qui concerne l'administration et la juridiction, il y avait autant de coutumes que de maisons, comme dit le proverbe magyar, non seulement en Hongrie mais dans toute C Europe en général.

Que les Roumains soldats, kénez ou nobles soient complétetement magyarisés, les archives de Karansebesj dont celles des huit districts roumains réunis, le démontrent à Tenvi, car si elles renferment des documents écrits en magyar et en latin presque en nombre égal, il n\ en a aucun rédigé en roumain. Il est conséquemment plus que probable que ces nobles roumains, ne sachant pas le latin, se soient servi du magyar dans leurs délibérations, puisque, d'après Aeneas Sylvius^ le futur pape Pie 11^ on ne rencontre parmi les Roumains militaires qu'un très petit nombre ignorant la langue magyare (hungaricaelinguœ nesciîis ) (1).

Voilà la peinture exacte des vayvodies et des kénesies en Hongrie^ d'après les documents et les faits historiques et voilà maintenant ce qui se passe a cet égard en Valachic et en M( ldavie.

Le titre de vayvode de la première s'appelle en latin : » Dei gratia Transalpinœ Dominus et terrarum de Oinlas et de Fogaras Dux, » tandis qu'en langue slave on Tcxprime ainsi : Gospodin vsei zemli Ugroviachiskoi » , et en grec : «(Sogêôoo; TTooTOç OvyypooXa^^taç » c'est-à-dire, d'après Hasdeu, ei la plupart des historiens roumains: « Dominus Hungariœ et Valachiee.) Etcomme ce double titre aurait pu justement exciter la jalousie des rois de Hongrie, disent-ils, afin d'éviter les contestations, les vayvodes n'employaient dans leurs lettres écrites aux Magyars que le mot neutre de « Transalpina » pendant que, dans leurs autres lettres, ils mettaient ((Ungro-Valachia.»

(1) FlUKNOi ViLMOS, Mdtyâs kirdly. Budapest, 1890. P. 6.

D'après Hasdeii^ c'est au moment où , ayant battu les Magyars sous la conduite de Léon Vataizes^ les Roumains ont (ait une irruption en Transylvanie^ qu'ils ont occupé les principautés de Fogoras et Omlàs. Donc avec la licence poétique du : « pars pro toto » ils pouvaient s'appeler avec raison : « Dominus HungarisB et Yalachiee. » Il a été démontré cependant par M. G. Panu(i) combien cette assertion était erronée et que les vayvodes roumains ne possédaient les principautés en question que par droit de donation accordée par les rois de Hongrie et point sans interruption non plus, car si les rois n'étaient pas contents des services et de la fidélité des vayvodes roujnains^ ils en faisaient don à d'autres comme on a pu s'en convaincre par le document cité à propos de Texode de Radu Negru.

Le nom A^Ungro-Valachie a été donné par les Grecs et signifie en réalité : Valachie hongroise, afin de la distinguer de leur Petite et Grande Valachie et pour exprimer également sa dépendance de la Hongrie.

Le fait que les vayvodes de Valachie étaient quelquefois, par suite de donations royales, les possesseurs de la terre de Fogaras^ rend la situation des Roumains qui y habitent quelque peu différente de celle qu'avaient leurs frères demeurant dans les autres parties du royaume. Nicolas Olâh raconte dans sa a Hungaria » (X, lib. I) que ce château de Fogaras est comme une petite principauté et que le maître du château y est vénéré par ses sujets les boyards, car les voyvodes et les kénez y portaient ce nom, comme s'il était un souverain. La boérie n'est pas une noblesse hongroise, elle n'est donnée que par les vayvodes roumains. Gomment? le fait suivant l'explique.

Paul Tomori^ le commandant de Fogaras, fait savoir à tous ceux que cela regarde que le 1 1 août 1511 Raduly, Vochan et Basile, fils de feu Komsa, et un autre Raduly, fils de Stoycza, ainsi que Stanislas Karabal, fils du feu Alexandre Viszti, s'étant présentés devant lui, Tont informé que leur ancêtre Koszta avait reçu jadis en donation de Mircse, vayvode de Valachie et ban

(1) G. Pahu, Istoria critica a i-omânilor, Convorbiri literare Anul. VII. nMl.

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