‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 65 sur 232 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

nissent, à cet égard, des indications précieuses. Dans la première, il exhorte le maire et le conseil municipal de Brassa à ne pas se laisser entortiller par les Koumains mécréants^ car les Turcs sont déjà en train de se rassembler en Valachie. Et dans la seconde il envoie ses remerciements aux habitants de Brass6 pour les services rendus jusqu'alors, et il leur demande de garder avec soin les frontières et les glaciers et d'exterminer \e%Roumaius parjures de Fogaras, en n'accordant la vie sauve qu'aux femmes et aux enfants prisonniers. De son côté, le roi Vladislas II écrit en 1495 au « Magnifico Vlad voyvodae filio quondam Drakulya, fideli nobis dilecto » de sortir du pays après plusieurs sommations à lui adressées, car il a causé déjà beaucoup de dégâts et désagréments aux Saxons, Et, à ce propos, il lui fait savoir qu'il a donné à ces derniers plein pouvoir, afin qu'ils puissent se défendre comme il leur est possible, contre lui et les siens. (1]

Signaler toutes ces particularités des relations magyaroroumaines était absolument nécessaire pour la compréhension de la grave accusation que les historiens roumains portent contre les Magyars à cause de VUnion des trois nations (Unio trium nationum) créée en 1437 et ayant servi de base à la Constitution de la Transylvanie devenue principauté indépendante (1542 à 1691). Car, si on ne savait pas que les Magyars avaient tant de raisons pour en vouloir aux Roumains^ on ne comprendrait pas pourquoi ceux-ci affirment, avec tant de fracas, que l'union a été uniquement dirigée contre eux, puisque les termes des documents qui s'y rapportent, font à peine mention des Roumains et exposent les griefs non pas de deux races en présence, mais de deux castes seulement. Pour motiver leur propre haine, les Roumains en imputent aux Magyars des quantités incommensurables !

En réalité, VUnion des tj-ois nations n'était provoquée que par une révolte des paysans, en majorité magyars incontestablement, — et la révolte avait un caractère tout à fait magyar, ayant eu pour point de départ les transformations, que les

1) Ergel, Geschichte der Walachei, p. 183.

influences occidentales on fait subir aux institutions de la Hongrie,

Chez les Magyars^ conquérants du pays, il régnait d'abord un certain collectivisme en ce qui concerne la propriété foncière, non pas relativement à toute la nation, mais à Tégard d'une tribu ou d'une famille, car la principale occupation des nomades est l'élevage du bétail et, pratiqué selon leur méthode, il exige des terrains d'une étendue considérable. Même aujourd'hui, à Tàge d'or de la propriété individuelle, il y a en Hongrie des pacages communs dans presque toutes les communes. Donc du temps des princes (de 896 à l'an 1000) il n'y a pas de propriétés privées, mais seulement des propriétés de tribus et de familles. Un des principaux buts des réformes de saint Etienne est de rendre les Magyars agriculteurs, et la première condition de l'agriculture étant la propriété individuelle, sa première préoccupation est de transformer la propriété territoriale collective en individuelle, à la suite de laquelle transformation le propriétaire disposera dorénavant delà part à lui échue en toute liberté. C'est l'origine des nobles propriétaires que l'on ne pouvait dépouiller de leur propriété terrienne qu'en cas de haute trahison.

Le roi était cependant le principal propriétaire du pays, la part la plus considérable du territoire du royaume ayant échu à la famille d'Arpâd au moment de la conquête. Les propriétés royales sont encore agrandies par saint Etienne^ qui y ajoute tous les terrains n'appartenant à personne ou inoccupés, comme il y en avait énormément le long des frontières du pays. Elles furent administrées par lui-même, après avoir été divisées en domaines royaux dont il confia la gestion à des fonctionnaires royaux, installés dans autant de châteaux forts et à cause de cela appelés des vàrispàîi (commandants de château). L'origine du système plus récent des comitats (départements) doit être cherchée dans cette institution. Les serfs et les colons des châteaux dépendaient directement de la juridiction des vàrispàn. Les premiers (libertini minoris libertatis) cultivaient les terres avoisinant les châteaux et ils remettaient au trésor royal une partie du produit des terres par eux culti-

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