LIVRE DEUXIEME
les nobles assié{]^èrent la première aussi et, recourant aux stipulation de l'union, ils enjoignirent aux Saxons de venir pour les aider.
Les troupes, renforcées par les alliés saxons, prirent Kolozsvàr quelque temps après, mettant fin à la révolte des paysans avec des atrocités alors généralement employées. Les trois nations tinrent finalement une assemblée à Tarda le 2 février 1438, où elles renouvelèrent leur traité d'union dans un document daté du 6 février suivant et ainsi conçu : <( Nous, Roland Lépes, vice-vayvode de Transylvanie, nous déclarons afin que Ton s'en souvienne toujours, que les seigneurs, les nobles et les sièges des Saxons et des Sicules convoqués dernièrement à Kâpoina se sont réunis pour délibérer entre autres sur la manière dont ils pourraient se garantir par l'assistance mutuelle contre la révolte féroce des paysans et les incursions éventuelles des Turcs. A cette fin ils ont fondé en notre présence une union en promettant de s'entr'aider fraternellement et ils ont juré que si les Turcs faisaient des incursions, ils se considéreraient comme obligés d'accourir pour se défendre mutuellement. Et que les Saxons viennent spécialement en aide aux nobles pour écraser leurs ennemis, les paysans révoltés (1). »
Et de quelle nationalité étaient ces paysans révoltés? De nationalité magyare en majorité incontestablement, puisque la contrée où la révolte a eu lieu renfermait en Transylvanie justement le plus de Magyars^ en dehors de la terre des Sicules; puisque ce sont toujours les paysans magyars que les documents citent d'abord et de qui Févèque voulait percevoir la dîme en monnaie nouvelle et à qui il refusait les secours de la religion catholique dont les Roumains de religion grecque orientale n'avaient nullement besoin. Le porte-drapeau des révoltés, Paul Vajdahàz^ est un Magyar et si les historiens roumains transforment Antoine Nagy (« nagy » signifie en magyar « grand » ) en a Antoniu Magnu » , c'est d'autant plus arbitraire que l'auteur du document l'ayant désigné en latin «Magnusn, en roumain il aurait fallu le nommer « Mare >' .
(1) EOES, Supplex lib, Valachorum. Tyrnaviœ, 1791^ p. 24 et 25.
Mais si le rôle que les Roumains ont joué dans la révolte des paysans n'était que secondaire, ils y figuraient cependant pour une large part aussi. Dans une société basée sur rinaltérabilité de la propriété attachée à la famille^ un peuple composé de pasteurs ne pouvait pas trouver sa place dévolue sans grandes secousses. Les individus, sortis de ses rangs par sélection, s'amalgamèrent à la nation magyare en leur qualité de kénez anoblis ou devenus nobles; quant au reste, on s'efforça de le fixer définitivement et de le rendre inoffensif. Et comme la grande masse desRoumams se composait de paysans et ne possédait aucune caste sociale élevée en dehors des kénez, l'État hongrois ne pouvait la conquérir pour la civilisation qu'en lui imposant le servage et par là, indirectement, l'agriculture. Quand les lois des époques ultérieures admettent donc que les nobles puissent faire des serfs, et même de vive force, de tous les Roumains vagabonds, sans tenir compte de l'endroit où ils les ont pris, ce n'est pas leur asservissement qu'elles visent, mais plutôt leur civilisation. Il n'y a chez eux, à ce moment, ni conscience, ni communion d'idées nationales, ni souvenir historique; les groupes divers vivent selon leurs intérêts de famille ou selon les intérêts de leurs communes, quelquefois même en cherchant à se nuire mutuellement. Origine romaine, latinité, aspirations politiques, nationales ou visant la fondation d'un état sont des choses qui n'ont jamais hanté l'esprit d'une population inculte; elles ont été inventées de toutes pièces par une historiographie dépourvue de contrôle critique, qui pour juger les événements d'un passé lointain, n'hésite pas de s'inspirer d'une série d'idées modernes aussi déplacées au milieu du moyen âge, que seraient les inventions les plus récentes : phonographes, voitures automobiles, cinématographes et autres !