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CHAPITRE VI

LES TURCS, MAÎTRES DE LA PÉNINSULE' BALKANIQUE, s'iMMISCENT DANS LES AFFAIRES DES DEUX VAYVODIES.

On connaît généralement la prodigieuse rapidité avec laquelle se développe la puissance des Turcs.

C'est au milieu du xiu* siècle qu'ils commencent à jouer un rôle important tnAsie Mineure^ sous Ertogind, et son fils Osman devient déjà un adversaire dangereux pour l'empire byzantin. Orkhan occupe Brousse en 1326 et, trente ans après, il est maître non seulement de la Bîthynîe et de la Paphlagonie^ mais de la Chersonèse thrace et des côtes voisines à l'Est et à TOuest aussi. Son aîné Soliman traverse VHellespont pour s'emparer de GalUpoli en Europe où le sultan Amuratli /" se fixe avant la prise d'Aïidn'nopley seconde capitale de l'empire grec. De là, il fit attaquer par son grand vizir Lalasahin la Bulgarie incontinent et en détacha la partie méridionale d'autant plus aisément que Jean Sisman et Slragimir, les deux fils d\4l€xandre, s'y combattirent pour la succession, tandis que le despote Dohrotics en sépara la partie orientale, contrée que l'on appelle encore aujourd'hui la Dobrudja.

Jean Sisman étant devenu le vassal du sultan, et l'empereur grec Jean Paléologue s'avouant incapable de résister efficacement aux étreintes de la force militaire des Turcs, rattacher les états balkaniques à la Hongrie s'imposait comme un devoir impérieux à Louis le Grand. Sa puissance aurait largement suffi au refoulemnet des Turcs en Asie, si les souverains de la péninsule l'eussent soutenue et si elle ne fut pas paralysée par l'attitude équivoque des hommes d'État byzantins. Mais pour les orthodoxes, il représentait avant tout le catholicisme, et c'était assez pour le faire haïr et permettre à son égard toutes les duplicités. Ce fut donc sans avantages que le roi de Hongrie combattit les Turcs depuis 1366.

La posture des vay vodes roumains ne pouvait être autre que celle des souverains de la péninsule balkanique. Lajk s'allie au tsar de Truovo^ vassal du sultan, et ne se soumet de nouveau à Zou/6' qu'après avoir été battu parTarmée hongroise conduite par Nicolas Gara; alors il promet de ne plus créer des difficultés aux chrétiens occidentaux et même de se convertir au catholicisme. En échange, il reçoit en fref le château de Fogaras et le territoire en dépendant afin qu'il le repeuple avec des colons roumains (1).

On attribue ces progrès irrésistibles des Turcs à la supériorité de leur organisation et instruction militaires. Parce qu'ils avaient leur excellente infanterie, les Janissaires^ et une cavalerie régulière bien montée, précédées et suivies d'une immense foule de gens armées, qui servait à cacher, comme un nuage, le noyau principal des troupes, on veut expliquer par la tactique et la stratégie toutes leurs victoires. Et certes c'étaient matériellement des moyens très efBcaces, aussi le roi Mathias les adopta-t-il et les imita-t-il en créant ses u légions noires » , mais il ne faut pas oublier que les Turcs trouvaient des alliés précieux dans l'abaissement moral et la misère indicible des peuples de la péninsule balkanique, u Les Turcs sont très bienveillants pour les paysans, écrit le roi de Bosnie^ Etienne Toma^ sevics en 1463 uu pape, et ils leurs promettent la liberté. Et les seigneurs abandonnés par leurs paysans, ne peuvent pas se maintenir dans leurs châteaux. » On se rappelle ce janissaire que le sultan Amurath à fait exécuter parce qu'il s'était approprié un pot de lait appartenant à une paysanne serbe. De tels et de semblables exemples entretenaient la croyance que les Turcs ne venaient pas pour aggraver la situation des

(1) Voilà à ce sujet un passade de la lettre de Jeau Bethlen adressée au prince Apafy le 28 janvier 1673. . . « Mais il faudrait envoyer a la Subliinc-Porte ( au Capitihn) les informations suivantes : Les vayvodcs de la Valachie ne tenaient pas des rois de Hongrie depuis longtemps en fief la terre de Fogaras seulement, mais le cUnteau de KiJkUHo avec plusieurs villages , ainsi que le château de Szeszorrna près du Szamos, également avec beaucoup de villages. Car i 'étaient les rois de Hongrie qui possédaient la Valachie — il leur était donc permis de donner des biens en Transylvanie à leurs serviteurs, biens qui ne devenaient pas pour cela des territoires valachs.D'ailleurs, Monseigneur le vayvode actuel n*est en aucune parenté avec les vayvodcs ù qui on avait donné ces propriétés en récompense de leur fidèle service. Voyez : Torok-magyarkori emlekek. Okmanytar. vol. VII, p. 158.

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