LIVRE DEUXIEME
Hongrie et VEurope ne le doivent qu'à Jean Hunyadi, qui arrête à deux reprises différentes leurs pointes hardies poussées en Transylvanie (à Szeben et aux Portes-de-fer). Alors il se décide à les attaquer sur leur propre territoire et ayant remporté six victoires et pris les villes de Nisch et de Sofia^ il s'avance jusqu'aux Balkans. Le résultat de cette campagne a été lé traité de paix de 1444, que le roi Vladislas et Hunyadi, sur l'instigation de la Curie romaine^ n'ont pas hésité de violer. La campagne victorieusement commencée se termina par la défaite de Varna, où périt avec la moitié de son armée le roi parjure.
Après la bataille perdue, F/flrf, le vayvodedé la Valacfiie^ fit arrêter Ilunyadi, qui cherchait rentrer dans son pays, le considérant comme un ennemi de sa famille, et il ne le relâcha que .sur les menaces les plus énergiques 'de la Hongrie, Sortant de captivité, Hunyadi défit Vlad, malgré les secours des Turcs et, l'ayant pris, il le fit exécuter en le remplaçant sur le trône vayvodal par Dan^ de la famille des Danesti,
La diète, qui eut lieu en 1446 à liàkos, confia le gouvernement de le Hongrie à Hunyadi. Comme gouverneur il n'avait qu'une préoccupation : réparer par une nouvelle campagne la brèche faite à la réputation des armes hongroises. L'occasion paraissait être très propice, car Amurath II était occupé en Albanie et Dan se joignit à Hunyadi avec 8,000 Roumains. Mais Brankovics, le despote de Serbie, avertit le sultan secrètement des desseins de Hunyadi, Amurath se porte alors en toute hâte au devant du gouverneur de la Hongrie. Leur rencontre eut lieu sur le fameux « Champ de Merles » (Kossovo)||et les Roumains s'étant rendus sans coup férir, elle tourna de nouveau à l'avantage des Turcs.
Les batailles de Kossovo et de Varna purent convaincre la Hongrie qu'elle n'avait rien à attendre des coalitions européennes et rassurer les Turcs sur leur sérieux. Aussi Mahomet II prit-il, deux ans après son avènement au trône (le 29 mai 1453) la capitale de l'empire byzantin, en le faisant disparaître ainsi. 11 devint par là le maître de la péninsule balkanique jusqu'à la frontière de la Hongrie, dans le pouvoir de laquelle il ne restait plus sur la rive droite du Danube, que la puissante forte
resse de Belgrade avec une partie de la Serbie. Pour pouvoir attaquer efficacement la Hongrie^ il fallait que les Turcs la prissent d'abord. Trois ans après la prise de Constantinople^ Mahomei II vint déjà pour Tassiéger. Soutenu par les croisés ùe Jean Capistran^ Hunyadi mit en déroute l'armée immense du sultan et mourut quelque temps après à Zimony, S'il n'a pas réussi à refouler la puissance turque derrière les Balkans^ il Ta empêchée, au moins pendant un demi-siècle, de franchir le Danube.
Son fils Mathias^ monté sur le trône de la Hongrie en 1458, ne suivit pas l'exemple de son père et ne pensa pas à des campagnes offensives. Il en donne la raison dans une lettre adressée au pape au sujet de ses reproches faits à cet égard. « On ne peut pas espérer des choses considérables en n'employant que des moyens insuffisants. Avec des secours minimes il est impossible de conduire une armée à travers les Balkans et le Rodope jusqu'à la mer Noire et si j'entreprenais un ouvrage au-dessus de mes forces, je mériterais le blâme; car ce ne serait pas moi seul qui pâtirais de l'insuccès, mais toute la chrétienté aussi. Ma manière d'agir est en proportion avec les moyens d'action dont je peux disposer. »
Le roi Maihias savait pertinemment que ce ne furent pas seulement l'indolence de Y Europe, l'attitude suspecte des peuples balkaniques, mais surtout la défectuosité de l'organisation politique et militaire de la Hongrie qui causèrent les insuccès des campagnes offensives de son père. Il visait donc avant tout là création d'une armée permanente. Mais il fallait pour cela beaucoup d'argent et des gens spéciaux tels que les soldats de Ziska. « Ce n'est pas autant par bigoterie contre les Hussites que Mathias s'est emparé des provinces adjacentes à la Bohême dit le grand historien magyar François Salamon. Il les convoite plutôt par calcul pour avoir une source de recrutement intarissable au profit de l'infanterie, élément indispensable de son armée. Si l'on ne s'est pas rendu compte de cela jusqu'ici c'est que la Bohème possédait d'autres avantages aussi dans ses mines et dans ses villes opulentes... En Hongrie les villes industrielles, ces enrichisseuses par excellence du trésor royal,