LIVRE DEUXIÈME
n'étaient ni nombreuses, ni grandes, etil y en avait même bien peu que l'on pouvait taxer de relativement riches. Par l'acquisition de rAutriche, de la Moravie, de la Silésie, Mathias élargissait considérablement les bases de ses impositions... En Hongrie, il les augmenta considérablement aussi, en déchargeant la noblesse à tout instant de ses devoirs concernant la défense nationale. Il y établit des contributions régulières comme il y en avait en France. »
Le principe dominant de la politique de Maihias se peut donc exprimer ainsi : la i/oz/^nV» seule est insuffisante pour détruire la puissance des Turcs aussi bien aju point de vue financier qu'au point de vue militaire. Mais elle sera forte si elle se transforme en un grand empire réunissant sous la même couronne l'archiduché d'Auincke, la Moravie, la Silésie et la Bohême, L'empire de Mathias devait donc s'étendre à peu près sur le même territoire et avoir à peu près la même situation politique de grande puissance sur laquelle s'étend et que possède aujourd'hui la monarchie austro-hongroise. C'est donc Mathias qui devine le premier la nécessité politique imposant à la Hongrie de s'unir à VAutrichey si elle désire jouer le rôle d'un facteur important dans la politique générale. C'est cette conception politique reconnue utile et viable qui amène sur le trône de la Hongrie la famille des Habsbourg dans la personne de Ferdinand 1" contre la royauté nationale de Jean de Szàpolya^ naturellement sans être expliquée et appliquée selon les intentions de Mathias.
Croire qu'il n'av.nit jamais pris l'offensive contre les Turcs et ne montrait pas assez de zèle et d'énergie à leur égard, serait une grave erreur. Sans entreprendre une de ces grandes campagnes qu'avait entreprises son père pour les expulser de \ Eu^ ropcy Mathias passa à l'offensive chaque fois que la défense efficace en fit sentir la nécessité absolue. Il se contenta de les tenir éloignés du Danube, Et la même circonspection caractérise sa politique au sujet des vayvodies valaques également.
Ayant été trahi par le vayvode Dnn, sa créature, dans la bataille de Kossovo^ Jean Hunyadi le fit descendre du trône et, au lieu de lui donner pour successeur son fils homonyme, il
éleva à la dignité vayvodale un autre membre de la famille des Danesti sous le nom de Vlad III^ dont le dévouement lui inspira tant de confiance qu'en partant pour délivrer Bel-grade, il lui confia même la défende de la Transylvatiie, Mais à peine le grand protecteur des Danesti ferma-t-il les yeux que déjà le fils de Vlad II des Drakidesii (de celui par qui Hunyadi a été fait prisonnier après la bataille de Varna) Vlad IV surnommé le Tzépés (l'empaleur) se jette sur la Valachie avec Taide morale et matérielle des Turcs ^ y fait prisonnier le vayvode Vlad III ^ le fait décapiter avec le jeune Dan^ le fils du traître de Kossovo^ pour s'attribuer finalement à lui-même la dignité vayvodale.
Ce Vlad IV, ou le vayvode Tsépès^ est le type des anciens vayvodes roumains. Son père Vlad II, pour fuir le courroux de Hunyadi, se sauve chez les Turcs et y fait élever son fils dans Tatmosphère de l'armée turque, où le futur vayvode sert pendant quatorze ans. Toutes les cruautés et toutes les férocités dont il a pu y être le témoin, s'étaient accumulées dans son âme monstrueuse pour leur donner libre cours aussitôt arrivé au pouvoir. « C'est l'homme le plus cruel qui ait jamais existé en Roumanie, — dilTocilesco, Si nous n'admettons que la moitié de ce que l'on en dit, c'est déjà assez pour nous faire frémir au sujet de ses méfaits abominables, de son sang-froid et de la soif sanguinaire avec laquelle il fit exécuter, brûler et rôtir les gens. . . Il punissait le vol le plus insignifiant avec l'empalement; de ce chef il fit exécuter en peu de temps 6,000 personnes; aussi la sécurité publique devenait-elle dans le pays, en bref délai, tellement complète, que le plus riche voyageur pouvait impunément laisser ses malles au milieu de la route, car personne n'eût osé y toucher... On dit qu'un autre jour il fit prendre environ 400 enfants magyars et saxons que leurs parents avaient amenés dans le pays afin qu'après avoir appris le roumain, ils pussent les y aider dans le commerce. Les ayant fait enfermer dans un hangar, il y fit mettre le feu et, de cette manière, ils y périrent tous... A une occasion il fit clouer le fez des envoyés du sultan à leurs crânes parce qu'ils ne
(1) TociLESCO, Istoria româna, p. 48 et passim.