‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 77 sur 232 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

dignité vayvodale, celui-ci se sauve en Transylvanie, Sa présence y attire alors Stefan qui,' à la tète de son armée, dévaste d'abord sous ce prétexte le pays des Sicules^ et s'allie ensuite aux mécontents transylvaniens, révoltés contre Mathias à cause de ses réformes fiscales (1467). Mathias y arrive incontinent avec des forces considérables, et les révoltés lui font leur soumission. Ayant puni plusieurs Saxons, il passa en Moldavie pour châtier le vayvode Stefan b\xî>s\ , Mais son armée, insuffisamment gardée, est surprise près de la commune de Baîa^ et, gravement blessé lui-même, le roi est obligé de retourner en Transylvanie, Et comme les affaires de la Bohême absorbèrent toute son attention et toutes ses forces, il conclut la paix avec le vayvode Stefan en lui allouant en fief le château de KûkuUô.

La guerre que le vayvode Stefan fit à Radu^ vayvode de la Valachie^ qui devait son trône aux Turcs^ le mit aux prises avec ces derniers aussi. Pour avoir des secours, il s'adressa à Mathias qui lui envoya Biaise^ le vayvode de la Transylvanie, et Tispan des Sicules. Grâce à ces renforts Stefan gagne plusieurs batailles contre les Turcs et, par reconnaissance, il se soumet de nouveau à Mathias par un traité daté du 15 août 1475, dont la teneur jette une vive lumière sur les rapports qui existaient « de jure » entre la Hongi^ie elles vayvodies roumaines.

tt Puisque le vayvode Stefan reconnaissait pour son maître naturel le roi Mathias et lui promettait, ainsi qu'à la sainte couronne, sa fidélité due, le roi se montrait enclin à le reprendre sous sa protection avec ses boyards et toute la Moldavie. Stefan promet de faire tout ce que les vayvodes précédents avaient l'habitude et le devoir de faire dans l'intérêt de la couronne hongroise. Mathias en pardonnant ne veut plus se souvenir de ce que les Moldaves ont entrepris contre son royaume. Ensuite il promet qu'il ne souffrira en Hongrie la présence de quiconque est l'ennemi de Stefan et qu'il lui viendra encore moins en aide. C'est d'après les privilèges concédés par les rois de Hongrie à Alexandre et Mircéa que Mathias confirme aussi bien le vayvode moldave Stefan que le vayvode valaque Vlad dans les territoires qui se trouvent entre les deux vayvodies. Gomme c'est personnellement et avec tout son

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pays que StéFan prend Tobligation de secourir le roi, non seulement contre les païens mais aussi contre ses ennemis en général, ce dernier secourra le vayvode Stefan également en personne quand le besoin s'en fera sentir, à moins que des affaires plus considérables du pays ne Ten empêchent — mais en ce cas il lui enverra le plus de secours possible. S'il advenait que Stefan et ses boyards soient forcés de se retirer dans les possessions du roi, ils y trouveront une hospitalité complète. Us auront également la faculté de retourner chez eux et le roi facilitera même leur retour selon ses moyens » (1).

En ayant fait la paix avec Bajazet II (1483), le roi Mathias semblait abandonner Stefan et la Moldavie à leur propre sort. Le vayvode se plaça alors sous le patronage de Casimir^ roi de Pologne. Mais cette alliance polonaise ne dura pas longtemps et finit même par une collision entre les alliés, — collision qui tourna à Tavantage de Stefan^ grâce au concours de Bariliéleini Drâgfi, vayvode de Transylvanie , accouru à son secours avec 12,000 hommes, de la part du roi de Hongrie.

Le vayvode Stefan^ à qui les historiens roumains donnent avec raison le surnom de « Grand » (cel mare), mourut en 1 50 i. D'après le chroniqueur roumain Grégoire Uréchié [1600 à 1G40) il exprima ses dernières volontés devant les vladica (les évéques), ses conseillers et les boyards les plus importants en recommandant à son fils Bogdan u de ne s'appuyer ni sur les Hongrois, qui sont déjà mangés par le Turc, ni sur les Polonais, qui sont inconstants, ni sur les Allemands, qui ne s'entendent pas entre eux, mais qu'il s'efforce d'être dans les meilleurs termes avec les Turcs qui sont les plus forts et les plu? constants et de cette manière il pourra sauvegarder la liberté politique et religieuse du pays. Et si les Turcs mettaient des conditions qui entraîneraient la perte de sa religion et de sa liberté, il vaudra mieux que tout le monde périsse » . D'après le rapport envoyé par le médecin Leonardo de Massari à la « signoria » de Venise^ il y a eu des discussions entre les boyards avant la mort de Stefan au sujet de son successeur: sera-ce Bogdan^ le borgne, son fils légitime, ou son fils natu-

(1) IIukfalvy Pal, Az olâhok torlcnele^ vol, 1] , p. 150-151.

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rel Pierre Baras? Ayant eu vent de ces discussions, Stefan se fit porter, quoique malade, à Tendroit où elies eurent lieu. Ayant fait exécuter les discuteurs les plus bruyants, il dit aux survivants : « Maintenant choisissez votre maître librement, car je ne pourrai plus vous défendre. » Et Stefan passa le même jour de vie à trépas!

Ce fut donc avec une cruauté digne d^un vayvode roumain que termina son existence Stefan cel Mare aussi, quoiqu'il nit été la personnalité la plus remarquable parmi toutes celles ayant jamais occupé le trône vayvodal dans les deux principautés roumaines.

Il faut noter encore que sa femme Eudoxie étant la fille du prince russe de Kiev^ il Fut lé premier parmi les vayvodes, qui entra en relations suivies avec les Russes [i). C'est par cette union qu'il espérait se faire un allié du susdit prince soit contre les Polonais^ soit contre les Turcs^ et plus d'un de ses successeurs — suivant son exemple — voulut rendre ces relations commencées plus stables et plus effectives. « Le sultan a peur du Russe^ écrit soixante douze ans plus tard Giacomo Lorenzo au Conseil de Venise — car ce grand-duc appartient à la religion grecque orientale et les peuples moldaves, bulgares, moréens et grecs lui sont très attachés à cause de cela. Ils sont grecs orientaux également et toujours prêts à recourir aux armes pour se délivrer du joug de l'esclavage turc. »

Que les vayvodes roumains et les peuples de la péninsule balkanique se soient tournés vers les Russes^ cela n'a été que la conséquence naturelle des conjonctures historiques. Â.vec la chute de Constantinople ce n'est pas seulement le caractère éminemment grec de l'Église orthodoxe qui se change et devient slave moscovite, mais son centre hiérarchique et spirituel se transporte aussi à Kiev et à Moscou, où jettent l'ancre de leur espoir les peuples orthodoxes des Balkans^ ne pouvant plus compter sur l'appui de personne, après l'écroulement tragique de l'empire byzantin!

(1) P. O. Petrovici, Inciputul politicei rusesci in principatele rumane. 1889.

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