CHAPITRE VII
LA CATASTROPHE DE MOHACS ET l'ÉRECTION DE LA TRANSYLVANIE EN PRINCIPAUTÉ INDÉPENDANTE.
Imputer la décadence rapide de la Hongrie après la mort du roi Mal/lias, survenue le 6 avril 1490, à la seule insuffisance morale ou intellectuelle de ses successeurs Vladislas II et Louis 11^ ou même à la corruption des classes dirigeantes du royaume, aux rivalités des grandes familles, serait le résultat d'un jugement bien superficiel. Si ces circonstances y contribuèrent de beaucoup, le mal avait une raison d'être plus éthique et conséquemment plus grave aussi. Il s'agissait de tirer un enseignement du règne glorieux de Mathias pour en faire profiter le pays dans l'avenir et, tandis que les uns ne voyaient que ses succès obtenus, qu'ils mettaient sur le compte de l'origine hongroise du grand roi, les autres se préoccupaient de préférence de l'exécution de son plan politique à peine ébauché, c'est-à-dire de la réunion de la Hongrie^ de l'archiduché d'Autriche, de la Bohême, de la Silésie et de la Moravie, sinon sous un souverain hongrois, mais au moins sous le sceptre de quelqu'un attaché par les liens du sang à la nation et au sol hongrois. Or la lutte de ces deux opinions diamétralement opposées ne pouvait que paralyser l'organisme vital de la Hongrie y car, également soutenables, elles n'avaient cependant pour défenseurs que des médiocrités qui, au lieu d'élever le litige à la hauteur d'un choc de principes toujours fructueux, le ramenaient, au contraire, au piteux niveau des querelles personnelles, des antagonismes intéressés. Car, en se généralisant, ils ne pouvaient aboutir qu'à la décomposition du peuple entier. Par une cruelle ironie du sort, ce sont presque tous ceux, devant leurs dignités à Mathias^ qui, partisans de sa politique transcendante, combattent avec le plus d'acharnement la candidature au trône de son fils naturel, Jean Corvin. Bàthoriy et