LIVRE DEUXIEME
ses caudataîres ne soutiennent Vladislas II que pour pouvoir disposer des forces militaires de la Bohême. Enhardis par Tadhésion de Kinizsi^ le vainqueur de Kenyérmezo^ ils vont plus loin encore dans cet ordre d'idées quand ils concluent avec Maxfmiltenj le prétendant autrichien, en 1491, à Pozsony^ un traité dans lequel ils déclarent que Vladislas II étant mort et sa descendance mâle éteinte, les États de la Hongrie reconnaîtront Maximilien ou sa descendance mâle pour rois de Hongrie. La ratification de ce traité fut refusée par la diète de Bude^ réunie au commencement de Tannée 1492; la majorité des États Y affirma même qu'elle préférait la mort à la servitude allemande. Il y a eu néanmoins soixante-dix-sept seigneurs et prélats ne craignant pas d'apposer leur signature au bas de ce document : succès relatif, pour le moment, grandement satisfaisant pour Maximilien .
Ce fut Etienne de Szâpolya qui se plaça à la tête de ceux étant d'avis que la couronne de saint Etienne et l'État hongrois ne peuvent reconquérir leur ancien prestige et leur puissance d'autrefois que sous des rois nationaux, seuls aptes à comprendre les aspirations et les préoccupations de la nation. Devenu de simple noble sous le règne du roi Mathias un des plus puissants et des plus riches aristocrates de la Hongrie^ s'étant marié avec une princesse de Tessin, tl représenta la réaction nationale avec la plus grande autorité.
L'histoire de la famille de Szâpolya ressemble beaucoup à celle de la maison des Hunyadi. Etienne de Szâpolya devient aussi subitement une des personnalités les plus en vue que Jean Hunyadi^ sans avoir cependant le grand talent et les grands mérites du dernier. Si Mathias^ le fils de ce /fiin/arfi, a pu être élu roi de Hongrie^ pourquoi le fils de Szâpolya ne pourrait-il pas l'être aussi? Cette similitude de situation rendait cette idée très populaire dans l'opinion de la petite noblesse, désireuse de fournir à la Hongrie un nouveau grand souverain.
Etienne de Szâpolya n'obéissait donc qu'à la secrète pensée de préparer le chemin du trône à son fils, quand il se mit à augmenter la confusion générale et la misère publique. Après sa mort, sa veuve sut encore plus adroitement combiner le plan
commencé, de manière qu'à quatorze ans Jean de Szàpolya était déjà le candidat et le chef du parti national. Possesseurs de soixante-douze châteaux forts, seul vayvode de la Transyl^ vaniey conséquemment le commadant en chef de Tarmée la plus considérable. du pays, à vingt-quatre ans, il brig^ua la main d'Anna^ la fille de Vladislas. Mais celui-ci ne tenait pas beaucoup à ce mariage, sachant qu'avec Szàpolya pour gendre, le fils qui pourrait lui naître, ne monterait jamais sur le trône. Et Maximilien, déjà empereur, ne le voulait pas non plus, car pour assurer à son petit-fils Ferdinand la couronne hongroise, il avait Tintention de le marier avec Anna. Jean de Szàpolya^ comprenant que ses projets allaient avorter, se plaça alors ouvertement à la tête de Topposition. Celle-ci, en majorité dans la diète de Rakos en 1505, y fait adopter la résolution suivante : « Puisque la raison principale du délabrement horrible du pays et de son dépérissement pitoyable réside dans le gouvernement des rois étrangers, qui ne veulent assimiler les vertus et les coutumes de la nation : pour le cas où Vladislas mourrait sans enfants mâles, on n'élira plus jamais un roi étranger, et que celui qui soutient la cause d'un prétendant étranger soit déclaré traître à la patrie ! »
Cette énergie du parti national rendit Vladislas et les fidèles de la dynastie étrangère encore plus favorables à la maison des Habsbourg, Ils répondirent à la résolution diétale de 1505 en renouvelant secrètement le traité de 1491 et en faisant promettre à Vladislas que, s'il allait lui naître un fils, il le marierait avec Maria, la sœur de Charles- Quint et de Ferdinand, Et il naquit à Vladislas effectivement un fils (1508) qu'il fiança, après l'avoir fait couronner comme roi de Hongrie^ à cette même Maria^ en déclarant que si la famille d'un des contractants s'éteignait, ce serait celle du survivant qui hériterait de tous les États des signataires.
Cette division de l'aristocratie et de la noblesse n'était rien moins que salutaire pour le bien-être de la Hongrie. La faiblesse et l'indolence proverbiales du roi, ne sachant pas sauvegarder les intérêts du trésor public, l'appauvrissement général prit des proportions effroyables, que l'application de certaines