LIVRE DEUXIÈME
mesures fiscales a rendues encore plus tristes. Aussi la croisade préchée selon les vœux de Léon Xj par le cardinal Thomas BakocSy archevêque d'Esztergam^ trouva-t-elle beaucoup d*écho dans une population découragée, prête à recourir aux moyens extrêmes pour sortir d*une situation qui, à la longue, devenait insupportable. De là la facilité avec laquelle la masse populaire rassemblée pour combattre les infidèles (1514) se laissait détourner du but proposé par Torgueilleux prélat pour se jeter sur la noblesse sous la conduite de son chef officiel, Georges Dozsa, le Sicule.
M. A, V, Urechitty le président de la a Ligue roumaine » est l'auteur d'un travail intitulé : Revolutionea lui Doja (la révolte de Dozsa), dans lequel il développe une théorie, tirée des données fournies par sa fantaisie sur le caractère roumain de cette « Jacquerie » , assurant qu'elle n'était, en somme, qu'une révolte des paysans roumains ayant déjà pour point de départ les questions de nationalités et que les lois draconiennes de 1514 concernant les serfs, n'étaient dictées aux législateurs hongrois que par la haine de la noblesse hongroise contre les Roumains. Or il n'y a que le trente-sixième paragraphe de la loi de 1514 et un document de 1516 qui prouvent, que quelques individus, — dits des nobles roumains — du département Marmaros y prirent part. Mais rien n'indique qu'ils y ont pris part parce qu'ils étaient des Roumains^ tandis qu'on doit supposer qu'ils avaient les mêmes raisons pour se révolter que beaucoup de nobles magyars de classe moyenne des départements de Bereghyde Szathmâr et de Bihar, tels que Thomas Gencsy, les Domahidy, les Pogâny, les Lônyaiy les Jàrmy^ etc. dont les familles ont donné beaucoup de serviteurs dévoués à la patrie hongroise et à qui il serait difficile d'attribuer des tendances roumaines. D'ailleurs, on sait que ce sont les sermons enflammés du Père Laurent^ originaire de Czeglédy — centre de la contrée la plus foncièrement magyare de la Hongrie — qui ont attiré le plus de monde dans le camp de Dozsa où, au milieu des croisés catholiques du cnrdmal Bakocs y les Roumains de religion grecque orientale ne se seraient certainement pas sentis bien à l'aise.
Ce fut à la bataille de Témesvâr que Jean de Szàpolya terrassa la révolte des paysans et sauva ainsi la noblesse d'un danger en face duquel le pouvoir royal s'était montré impuissant; la popularité et Tinflucnce du cruel vainqueur devinrent alors considérables aux yeux de la noblesse. Tout le monde était convaincu que ce serait encore lui seul qui pourrait efficacement défendre le pays contre les Turcs toujours plus entreprenants et plus menaçants. Toujours est-il qu'en attendant il réussit à soutenir le prestige de la Hongrie en face des vayvodies roumaines, où il intervient à plusieurs reprises avec succès dans l'intérêt de la politique hongroise.
Ce fut le vayvode Bogdan (de 1504 à 1517], qui monta sur le trône de la Moldavie après la mort de Siéfan cet Mare et, ne se contentant pas seulement de reconnaître la suzeraineté du roi VladislaSy il lutta en 1511, activement aidé par les troupes hongroises, avec beaucoup de succès contre les hordes tartares du sultan. Mais la supériorité numérique des Turcs a eu finalement, quand même, raison de son armée, et il s'est vu obligé de se soumettre au grand seigneur dans le courant de l'année. A la suite du traité conclu à ce moment ,il avait à envoyer à Constantinople annuellement un tribut de 4,000 ducats, de 40 chevaux et de 24 faucons et, en cas de guerre, encore 4,000hommes de plus, afin qu'ils préparent les routes pour l'armée turque en marche. Après Bogdan^ ce fut son fils Stefan cel /mer qui lui succéda «ur le trône vayvodal; il régna jusqu'en 1527.
La vie exemplaire que le vayvode Tzépès mena pendant son second règne en Valachte, lui valut le surnom de «Calugarul >' (le caloyer). Devenu vayvode, son fils aîné Radu reconnut le roi Vladislas pour son maître et déclara par écrit (1507) que la Valachie faisait partie de la Hongrie. En 1508, il alla à Bude où le roi lui fit don de son domaine à'Algyogy. Après sa mort, ce fut son plus jeune frère Dantsul qui se trouvait justement à ce moment en Transylvanie, chez le vayvode Szàpolya et que la Cour de Bude voulut faire monter sur le trône vayvodal. Mais déjà Michnéa cel ren (Michnéa le Méchant), le second fils du Tzépès y y était installé par les Turcs, qui lui préférèrent peu de temps après le troisième fils nommé Vladutzé; alors Michnéa