LIVRE DEUXIEME
ment accepté ce poste et alors ses 40.000 hommes n'auraient pas manqué le jour de la bataille de Mohacs, Au Heu de cela, on ne Fait que le fatiguer par des ordres contradictoires. D'abord on lui dit de venir à Bude^ ensuite on lui ordonne de faire une irruption en Valachie pour se rendre aux vayvodies de Valachie et de Moldavie et pour inquiéter Taile droite de Tarmée turque. Enfin au dernier moment, après le départ du roi, on le rappelle à Bitde^ car il eût été impossible de faire cause commune avec le vayvode de Valachie puisque, pour prouver sa fidélité, celui-ci avait son fils comme otage dans le camp du Sultan.
Au moment de son départ Szàpolya fit prier le roi par ses envoyés de ne pas quitter iSu^fe avant qu'il n'y arrive avec toute son armée. Mais on n'écouta pas son conseil, parce qu'on craignit que si c'était Tépée de Szàpolya qui sauvait le pays du danger turc, les traités de Vladislas et de MaximiUen ne devinssent caducs et que ce ne soit pas Ferdinand qui monte sur le trône de la Hongrie après la mort de Louis 11^ mais Jean de Szàpolya ou éventuellement son fils. Les principales personnalités de la cour veulent donc seules avoir le mérite de sauver la patrie; aussi forcent-elles l'évéque de Pécs^ Paul Tomori d'accepter la bataille avec 25.000 hommes contre les 100,000 hommes et les 300 canons de Soliman. 11 y avait cependant des aristocrates qui n'étaient pas du même avis. C'est un Peréuyi qui a dit au roi à l'issue du conseil de guerre : u Sire ! dites au Père Paul d'écrire à Rome que le Pape inscrive ce jour d'aujourd'hui dans le calendrier comme jour consacré à la mémoire de 25.000 martyrs hongrois! » Parmi les 22.000 qui sont effectivement tombés sur le champ de bataille de Mohàcsy il n'y avait pas seulement le roi et la fleur de la noblesse hongroise, mais aussi Georges y le frère cadet de Szàpolya.
On peut se convaincre de ce qui précède que toute cette effroyable tragédie n'a pas eu pour acteur un seul Roumain et que les historiens roumains ont tort de prétendre qu'elle avait pour cause l'aversion ressentie par les Roumains contre leurs oppresseurs magyars. La vérité est que la noblesse magyare considérait l'état militaire comme un privilège qu'elle
17t MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT I/HISTOIRE
n'avait nulle envie de partager avec les paysans soit magyars, soi t rou mains . II n'y avait que les habitants des districts militaires les SiculeSy les Cumans et les hommes d'armes entretenus par le Toi qui prenaient part à la guerre. L'armée de Jean Hunyadi est composée en majorité de Sicules, aussi le fblkslore roumain lui donne-t-il le nom de Jean le Sîcule souvent et jamais celui de Jean le Roumain. Pour le comte Nicolas Zi-inyi^ le grand poète patriote magyar du xvu' siècle, le recrutement des soldats ne doit se faire parmi les paysans que s'il n'y a plus de nobles valides.
La bataille de Mohàcs ne dura que quelques heures. Mais le roi Louis II, mourut à moitié écrasé par son cheval bardé de Fer, et à moitié embourbé dans le lit marécageux de la Csélé ruisseau aux bords argileux et glissants dont les eaux s'étaient considérablement gonflées par suite d'une fatale série de plusieurs journées de pluies. Le roi de Hongrie ne laissait aucun enfant; d'après le traité renouvelé de Pozsony^ les États de la couronne de saint Etienne revenaient a la maison des Habs^ bourg. Mais comme ce traité n'avait pas été promulgué constitutionnellement, la veuve du roi et le palatin Dâthory se résolurent à convoquer à Pozsony une diète en vue de l'élection royale. Ferdinand s'y fit représenter comme prétendant, mais il acquiesça quand même à son élection motivée par la puissance de son frère Charles-Quim, seul souverain capable d'arrêter les progrès des Turcs (le 17 décembre 1526).
D'autre part les partisans de Jean de Szâpolya se rassemblèrent à SzcheS'Fchérvàr et, quoique pen nombreux, ils le proclamèrent roi de Hongrie et le couronnèrent incontinent (le 1 1 novembre 1526). Dans ces conditions, une collision armée devint inévitable. Le sort des armes favorisa Ferdinand^ couronné à son tour dans cette même ville de Székes-Fe/teî^àr par le même évêque de Nyitra le 3 novembre 1527. Aussi les envoyés de Jean étaient-ils déjà en route pour Constantinople pour implorer la protection du sultan, qui le rétablit sur son trâne avec 200.000 hommes dans l'année 1529 et ayant occupé la capitale hongroise, la lui recéda en protecteur magnanime. Les luttes des deux rois ne cessèrent qu'en 1538,