LIVRE DEUXIEME
quand ils conclurent secrètement la paix de Nagy-Varàd en faisant le partage de la Hongrie : la partie occidentale et septentrionale échut à Feirlinand avec Pozsony comme capitale et la partie méridionale et orientale à Jean avec Bude comme capitale. Mais le dernier meurt en 1540, laissant un fils, Jean- Sigismond de son mariage tardif avec Isabelle^ la fille du roi de Pologne. La guerre éclate alors de nouveau, Isabelle^ son fils et son conseiller génial, le moine Georges Martinuzzi s'enferment à Bude qu'une armée de Ferdinand vient assiéger. Mais déjà Soliman II accourt à Faide du fils de son protégé, défait Tarmée des assiégeants pour s'emparer de Bude à son propre profit (29 août 1541) sous prétexte de la soustraire à la convoitise du parti hostile à Jean-Sigismond (1).
L'occupation de Bude parles Turcs a eu pour la partie orientaie de la Hongrie appartenant de fait au fils de Jean de Szàpolja, une importance capitale. Dépourvue de centre, elle était obligée de s'en créer un conforme aux intérêts vitaux d'un territoire et d'une population considérables. Et ce centre ne pouvait se trouver que dans une contrée stratégiquement avantageuse taut au point de vue de la défense qu'à celui de l'attaque. Or, sous ce rapport, la Transylvanie est un des pays les plus favorablement partagés du monde, comme il a été déjà dit au commencement de ce travail. Si donc la diète transylvanienne de 1542 élit Mariinuzzi pour gouverneur du pays e*. pour lieutenant A' Isabelle et de son fils, si elle confirme l'union des trois nations de 1437, si elle adjoint un conseil composé de 21 membres (7 de chaque nation) au gouverneur en le plaçant à la tète de la défense nationale, ce ne sont pas tant des actes exécutés en vue d'une séparation de la Hongrie^ que des mesures dictées plutôt par l'instinct de la conservation et inspirées par le patriotisme magyar le plus pur. Car servant de champ de bataille à la chrétienté et à l'islamisme aux prises, la Hongrie seule n'eût jamais pu faire survivre le génie magyar aux désastres qui avaient fondu sur elle, malgré le dévouement et l'abnégation de ses fils. L'établissement d'un État indépendant,
(1) J. PiULER : A Habsburg-hâjJboli kirâlyok kora. Az osztrdk-magyar monarchia irdsben et képben. Majyarorszàg, vol. I, p. 145 et passim.
ayant le caractère magyar nettement accusé, offrait au contraire un asile tutélaire à la langue, aux traditions et aux coutumes des Magyars. Programme peut-être inconsciemment conçu par ]a plupart de ses auteurs, mais non moins religieusement exécuté par les princes régnants en Transylvanie depuis 1556, quand son indépendance est devenue un fait accompli, sous Jean-^iffismond, après l'assassinat du frère Georges et la courte vayvodie de Dobô^ le héros du siège A'Eger^ jusqu'à la principauté d'Aba/i mort à Vienne, interné et recevant une pension de Léopold 7*^, empereur du Saint^Empire et roi de Hongrie j surnommé « le Grand » .
Devant ces efforts tangibles des patriotes magyars, les historiens roumains ne craignent pas de parler de ceux que le vayvode d'origine roumaine Etienne de Majlàih avait tentés pour fonder un État roumain, ou pour mieux dire, pour rétablir la DacO'Roumanie, Or, d'après Thistorien hongrois M. Alexandre Szilàgyi, a Majiàth n'appartenait pas à ces étrangers qui se trouvaient nombreux dans l'entourage de Jean (de Szàpolya) et qui aimaient sincèrement leur nouvelle patrie. Son ambition égalait la vilenie de son caractère et, tout en ayant des capacités brillantes, il ne poursuivait que des desseins anti patriotiques. (1 était plus méchant que ces burgraves, fléaux de tous leurs pays, car il visait ouvertement, sans conditions, à la séparation de la Transylvanie et de la Hongrie eu voulant placer la première sous le protectorat turc comme une vayvodie tributaire, semblable à celle de la Moldavie et de la Valachie (1). » Il convoqua une diète immédiatement après la mort de Jean^ mais il se prononça en faveur de Ferdinand et, n'ayant pas obtenu de celui-ci tout ce qu'il désirait, il se rapprocha derechef d'/yabelle. Vaine tentative, car il fut abandonné de tous et, quand le sultan le fit attaquer par Pierre Rares, le vayvode moldave, personne ne voulut lui prêter le moindre secours. Il se renferma alors dans Fogaras d'où Pierre Rares réussit à le faire sortir sous un prétexte fallacieux. En s'eipparant de lui, il l'envoya à Constantinople pour l'y faire mourir au cachot.
J) SziLAOYi Sasdor, ErJélyomàg tôrténete, Pesth, 1866, p. 266.