LIVRE DEUXIÈME
catholique et devint un des plus fervents apôtres de la nouvelle doctrine. Seulement, ce sont les explications de Calvin que les Magyars acceptent de préférence tant en HongHe qu'en Transylvanie. De là une polémique très violente qui semble tourner d'abord à l'avantage àe% Luthériens^ mais qui finit après la conversion au calvinisme de quelques Luthériens renommés, tels que Gaspard Heltai et François David^ avec le triomphe définitif de renseignement du réformateur genevois.
En 1557, la diète de Torda permet que « chacun puisse suivre sans contrainte l'ancienne ou la nouvelle religion » . C'est Tannée suivante que la reine Isabelle confirma Télection de Tévéque luthérien Mathias Hébler^ tandis que le calvinisme n'est accepté officiellement que par la diète de 1564.
Il y avait, à ce moment, entre les chefs des protestants calvinistes et luthériens hongrois et les réformateurs allemands un commerce de lettres très suivi. On s'adressait à ces derniers pour avoir leurs conseils et leurs encouragements et on leur communiquait en même temps tout ce. qui pouvait favoriser la religion nouvelle. C'est ainsi que les disciples de Luther^ dès qu'ils se sentent plus forts, s'occupent des Roumains aussi. M II y a ici un peuple écrit Adalbert Wurmloch de Besztercze en 1546 à Jean Hess (1), qui ne diffère pas de nous seulement par ses coutumes et sa langue, mais aussi par sa religion. Nous rappelons le peuple vlach. Quoique croyant en Jésus-Christ, il n'a jamais été soumis au joug de Rome. Son culte est tout à fait dissemblable du nôtre. Chez ce peuple on baptise par immersions dans une rivière, on se sert à la Sainte Table de pain dans lequel il y a du levain, et devin. Ils ne lisent ni l'Évangile ni les lettres de Paul dans leur propre langue, mais dans une langue étrangère que nous appelons a die Ratzische Sprach « (la langue serbe). Elle est incompréhensible pour le peuple sans les commentaires du clergé. Parmi les nôtres, il y en a plusieurs qui possèdent la langue de ce peuple. Le catéchisme est traduit dans cette langue vlacque et il a été imprimé ici à Szeben (ville, qui est notre capitale, à nous Saxons tran-
(1) H« WiTTSTOCii, Beitràge *ur Beformations-geschichie des Nôsner^Gauet, Wien, 1858, p. 59.
syl vaniens) avec des caractères soi-disant serbes, qui ressemblent quelque peu aux caractères grecs. Plusieurs l'acceptent parmi les popes comme un livre sacré, mais plusieurs le rejettent complètement!»
« Gomme il y a beaucoup de Grecs à Brasso, écrit Georges Haner[\)^ — le très-docte Wagner édite le catéchisme en grec eu 1544, fait que les universités allemandes accueillent avec une grande joie. Il n'y a que les Vlachs qui ne profitent pas de la lumière; leurs popes très ignorants, qui peuvent à peine lire leurs chants ordinaires, repoussent et dédaignent le nouveau culte. »
D'autre part, voilà les lignes que Ton peut lire dans les écrits du pasteur de Brasso nommé Marc Fuchs : « Ce fut dans la même année (1559), le 12 mars, que conjointement avec les conseillers municipaux, Jean Benkner réforma l'Église des Ylachs, en leur enjoignant d'apprendre le catéchisme (reformavit ecclesiam Valachorum et prœcepta catecheseos illis discenda proposuit) (2). »
Traduire le catéchisme luthérien en grec et en roumain et vouloir réformer une église valaque sont trois faits se rapportant aux tendances évangélisatrices des protestants, mais avec trois nuances différentes.
£n sa qualité d'helléniste achevé et croyant trouver un allié puissant nouveau contre le catholicisme, Mélanchton caressait avec amour l'idée d'un rapprochement avec TÉglise grecque-orientale dont certains dogmes se ressemblent au point de vue luthérien. Il savait aussi quel rôle prépondérant échoit dans cette église à Thellénisme en fait de hiérarchie. Si donc Wagner s'impose le travail de traduire en grec le catéchisme, il le fait pour exécuter le désir de son maître et pour faciliter ce rapprochement. Il n'est pas resté purement littéraire. Par l'entremise A^ Etienne Gerlacli, d'un des secrétaires de David IJngnad, l'ambassadeur de Maximilien II à Conslanli"
(i) Historia ecclesiarum Transylvanicarum. Âuctore Gborgio Haher. Francoforti 1794, p. 205.
(2) JosBPH Trautsch, Schriftsteller Lexikoni oder hio g raphisch-l itérât ische Denkmaler der Siebenbiirger Deutschen. RronsUidt, 1868, vol. I,p . 103.