LIVRE DEUXIEME
nople^ le disciple préféré de Mélanchion^ Mortin Crusius (Grauss) envoya une lettre au patriarche Jérémie en y joignant celle du chancelier de l'université de Tubingue, Jacques André. II n'eut de réponse que deux ans après, exprimant très-courtoisement les remerciements du patriarche pour Tattention des théologiens allemands ainsi que son espoir de les voir revenir à renseignement du Christ et à TÉglise véritable, à TËglise orthodoxe. Alors Crusius et Gerlach lui font parvenir la confession d'Augsbourg » et ils écrivent : « 11 est possible que le Père Céleste nous unit dans le Sauveur et que les villes de Constantin et de Tubingue se réunissent dans Tamour chrétien. » Nouvelle réponse polie du patriarche mais insistant déjà sur la sagesse de ses correspondants « qui ne placeront rien avant la vérité, c'est-à-dire avant Jésus-Christ » . Après un échange de deux lettres, les théologiens de Tubingue entament, en 1580, la critique même de l'orthodoxie en attaquant son dogme au sujet de l'invocation des Saints. C'était plus que ne pouvait supporter le patriarche; il leur répondit donc que saint Paul étant d'avis d'abandonner l'hérétique déjà deux fois vainement redressé, il n'accuse réception de leur lettre que pour les prier de ne plus écrire sur des sujets dogmatiques. La dernière lettre des théologiens n'eut aucune réponse.
u Invetatura crestineasch » était le titre du catéchisme luthérien traduit en roumain. On n'en possède aujourd'hui aucun exemplaire quoique son existence soit dûment constatée non seulement par Wui'mlochy mais par le livre de comptes du conseil municipal de Nagy^Szeben de 1544, dans lequel il est dit que : a Ex voluntate dominorum dati sunt M. Philippo Pictori pro impressione catechismi Vnlachi bibale, 2 fl. »
Ce catéchisme est le premier produit de la littérature roumaine. C'est donc le protestantisme transylvanien qui a réveillé le premier la conscience nationale des Roumains en introduisant leur langue par plusieurs livres — traduction d'un « Homiliaire, » du u Pentateuque» — dans le monde religieux, où jusque-là c'était le bulgare et dans les hautes sphères de la hiérarchie c'était le grec, qui régnaient. Et si l'on admet que
ee zèle déployé ne visait pas le réveil du roumanisme, on doit convenir qu'il n'était pas inspiré par le désir de le magyariser non plus. Les préoccupations des premiers protestants étaient trop transcendantes pour qu'ils pensent à autre chose qu'à la propagande de leur religion. S'ils emploient la langue de chaque peuple qu'ils veulent catéchiser, c'est pour lui rendre la lecture de la Bible et surtout des Évangiles plus accessible.
Au début, ils restaient naturellement sur le terrain de la seule persuasion, n'étant pas sûrs de leur lendemain euxmêmes. Mais ayant été officiellement reconnus, ils parlaient aussitôt un langage moins humble : à la diète de Szebeiiy tenue en 1 566, on prend déjà la résolution : « que la prédication des Évangiles ne soit empêchée au milieu d'aucune nation; il faut même que les idolâtries et les blasphèmes en soient bannis et y cessent. 11 a donc été décidé de nouveau, que les idolâtries soient abolies dans toutes les nations de cet empire et que les paroles de Dieu y puissent être librement prèchées et 'surtout parmi les Valaques, dont les pasteurs, étant aveugles euxmêmes, ne conduisent que des aveugles, et entraînent ainsi à leur suite des communes entières dans le précipice. A ceux, qui ne veulent pas ouvrir les yeux à la vérité, Sa Majesté ordonne de discuter au sujet de la Bible avec l'évêque Georges, le surintendant et de se prêter à la compréhension de la vérité. Ceux qui ne voudraient pas céder à la vérité comprise, qu'ils soient évéques valaques, ou popes ou caloyers, doivent être éloignés, et que tous n'écoutent que Georges, l'évêque élu et les ecclésiastiques qu'il a choisis. Et que ceux par qui ces derniers seraient tourmentés, soient punis par une peine réservée h l'hérésie. »
La diète de 1 577 vote une décision sous le coup de préoccupations semblables, a Comme il y a des Valaques nombreux éclairés par la sagesse de Dieu pour abandonner l'Église grecque et pour lire les paroles de Dieu dans leur propre langue, et comme leur évéque est mort, nous avons décidé qu'ils élisent, eux aussi, un homme sage et craignant Dieu, afin que la prédication des paroles du Seigneur ne soit pas interrompue mais, au contraire, de plus en plus répandue. » Le synode