‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 90 sur 232 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

des Calvinistes tenu à Debreczen en Hongrie déddey de son côté, que les Vainques calvinistes doivent procéder à l'élection de doyens, et qu'il faut veiller à la conversion réelle des popes, qui n'embrassent très souvent la religion réformée que pour se libérer du servage (1).

Ces avis comminatoires au sujet de l'élection d'un évéque et des doyens roumains indiquent clairement que, dans l'esprit delà législation séculière et ecclésiastique, il ne s'agissait nullement de magyarisation, mais de la propagande efficace du protestantisme. C'était l'idée dominante de l'époque aussi bien chez les Magyars que chez les Roumains qui ne reculaient devant aucune violence pour faire des prosélytes en faveur de l'orthodoxie.

Voilà, à cet égard, un fait raconté par le témoin oculaire Minas Tochati, dont les écrits se trouvent dans la bibliothèque de Téglise grecque-catholique de Szamos-Ujvâr depuis le règne à'AbaJi. a C'est Etienne qui règne comme vayvode des Roumains en 1551. Des Arméniens nombreux et distingués habitent sa principauté et ils sont tous bons chrétiens. Mais il leur arrive tout à coup un grand malheur. Le dimanche matin (16 août 1551), leur église, consacrée sous l'invocation de la bienheureuse sainte Vierge, reçoit la visite du vayvode Etienne, qui y pénètre à cheval. Il prit l'ostensoir et le jeta par terre, où des pieds sacrilèges le piétinèrent. On emporta les tableaux de l'église, celui du mattre-aùtel notamment, les croix et les vases sacrés. Après les avoir liés, on mit les prêtres et les moines au cachot. Le lendemain, tout fut emporté de l'église de Szucsava : ensuite on la détruisit à l'aide de canons amenés de la forteresse. Chacun se sauva, comme il put : dans les caves, dans les forêts. On transporta la cloche et les tableaux dans l'église roumaine de Szucsava. n

« ...On fit couper les cheveux de l'évêque et on lui fit raser la barbe et on le fit habiller dans des vêtements portés par les popes orthodoxes... Il fit rassembler (le vayvode) les voith, les arméniens et il les fit rebaptiser en disant : u Je ne veux

(1) HuHPALVT Pal, Ai olâhok torténete. Vol. II, p. 333

pas qu'il y ait des ArméiiieDs dans ma principauté;- que cbqcun vive selon le rite grec. » ... Les Arméniens de Botosàn promirent au vayvode tous les objets précieux de leur églsie s'il voulait l'épargner, mais en vain, car elle fut détruite aussi... En voyant tout ceci, de nombreux Arméniens quittèrent le pays. »

Ce fut donc au milieu d'une société bouleversée par les troubles religieux que Jacob Héraclide monta sur le trône de la Moldavie, Il naquit en 1510 sur Ttle de Crêie d'un père marin, et de son vrai nom il s'appelait Jean Bazilih. Dès son adolescence, il entra dans le service d'un riche Grec nommé Jacob qui avait la prétention de descendre de la famille des Héraclides et qui s'intitulait « Despote des îles de Samos et de Paros. y^ Il prit en affection le jeune Bazilik à cause de son esprit très ouvert et lui fit donner une éducation soignée par les meilleurs maîtres latinistes et hellénistes.

Gomme chef d'une troupe de mercenaires grecs, Jacob Hé'aclide entra au service de Charles-Quint et se distingua particulièrement en Péloponèse. H passa ensuite en Espagne en emmenant avec lui son jeune protégé. Là il mourut en adoptant Bazilih et en le faisant son héritier. Alors celui-ci prend le nom de Jacob Héraclide et se donne pour le fils du défunt. Son ' successeur à la tête de ses Albanais et Grecs, il sait si bien gagner les bonnes grâces de l'empereur qu'il en obtient tous les privilèges de son père adoptiF, avec le droit — en sa qualité de despote, — d'avoir un poète de cour et un secrétaire! En 1566 on le voit s'installer avec son ami Diassorénos y seigneur de laDoride, à Wiiiemberg^ où il tient une véritable petite cour et ayant lié amitié avec Mélanc/iion, il se convertit au protestantisme. De Wiitemberg il passe en Pologne avec une lettre de recommandation très chaude de l'électeur de Brandebourg pour le chancelier lithuanien Radzivil, chef des protestants polonais. Ici il exhibe l'arbre généalogique de son père adoptif, légalisé par Charles-Quini.d'oxi il appert que la femme de Pierre liarès^ Hélène Héraclide, était une parente de son père et que lui-même en est le fils, conséquemment qu'il est frère de Roxanda^ de la femme du vayvode Lapus*

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