LIVRE PREMIER il
d'Italie. Aussi, pour y répondre efficacement, sera-t-on obligé de remonter dans Thistoire jusqu'aux événements auxquels font allusion les historiens roumains, d'y chercher avec eux les origines de la race et de la langue roumaines, ainsi que d'en suivre le développement à travers les siècles. Aussi, arrivé à l'époque où il y a déjà des documents authentiques pour constater leur existence, faudra-t-il clairement et minutieusement indiquer les rapports politiques, religieux, militaires, sociaux et économiques entre les peuples magyars et roumains; car ils expliqueront ceux qui peuvent paraître anormaux, contraires aux idées modernes et désobligeamment imputés à la malveil* lance seule des Magyars dans le présent.
Afin de résumer d'avance les résultats de ce travail rétrospectif forcément quelque peu fastidieux, mais que la réhabilitation de ]'honneur outragé des Magyars rend indispensable, qu'il soit encore permis de citer ici les passages suivants de la septième lettre adressée à Ghica par Rosettî, le fondateur de l'indépendance roumaine, cités par le docteur Grégoire 3ioZt/ovàn :
<c Les Magyars! les Magyars! Dis, si en prononçant leur nom tu n'as pas envie de te couvrir la tête de cendres! de prendre un pistolet, de commencer par Éliade, et de finir par toi-même! Honte, mille fois honte! Mais que dis-je! malédiction sur ceux, et je suis aussi dans le nombre, par qui la gloire roumaine fut perdue, une longue série de souffrances suscitée, et le plus honteux des esclavages renouvelé! Ah! si nous avions été un véritable gouvernement roumain : la gloire de délivrer le monde de la servitude n'eût pas appartenu aux Magyars, mais à nous. Roumains ! »
Paroles d'autant plus mémorables que, tout en dédommageant les Magyars des avanies dont ils sont abreuvés par les Roumains^ elles prouvent que parmi ceux-ci les plus illustres sont assez impartiaux pour avouer la vérité, fût-elle avantageuse à leurs adversaires. Et qu'est-ce que l'impartialité, sinon un acheminement vers le jugement équitable lui-même, condition sine qua non de toute entente future, but unique de l'ouvrage actuel.