LIVRE DEUXIEME IW
neanu. Donc, en réalité, c'est à Itii que revient le trône de la Moldavie!
Aidé par Radzivil^ il y fit sa première apparition en 1557 nnaîs, quoique ayant capté quelques boyards et ayant promis la délivrance du pays du joug turc, il ne s'y crut pas en sûreté. Pour un moment, il se fixa à Brassa^ pendant le temps nécessaire à l'impression de sa généalogie, ensuite il se dirigea vers V Autriche où il fit la connaissance de Tarchiduc Maximilien^ fils de FerdinatvL Mais comme il ne pouvait en obtenir beaucoup, il reprit le chemin de la Pologne. En roule, il s'arrêta chez Laszky, le gouverneur polonais des treize villes du Szepes" séffy qu'il sut gagner à sa cause et par Tentremise duquel il se lia avec les capitaines Roussel et Székely^ Tun Français^ Taiitre Hongrois^ dont il fit ses généraux.
Il organise là deux expéditions. Pour la seconde, il dispose de beaucoup d'argent donné par Laszky et par Ferdinand et il se procure la permission de recruter des soldats en Hongrie. Pour endormir la vigilance du vayvode Lapusnéanu non seulement il simule d'être gravement malade, mais aussi d'être bel et bien enterré à Késmark.
Alors Szekely se jette inopinément sur la Moldavie et comme Moczoky le général de Lapusnéanu ne demande que trahir sou maître, les évéques et les boyards n'hésitent plus à reconnaître Héraclide pour leur vayvode sous le nom de Jean. On le reconnaît pour tel et peu de temps après à Constantinople aussi, malgré la présence et les intrigues du fwQiûi Lapusnéanu.
Mais les Moldaves ne tardèrent pas longtemps à s'inquiéter au sujet de la vraie religion de leur vayvode Jean. S'il a juré obéissance au patriarche de Constantinople, il ne peut pas cacher complètement ses vrais sentiments à l'égard du protestantisme. Il fonda une école à Cotnàr^ endroit à moitié magyar et à moitié saxon, à la tête de laquelle il plaça comme directeur le renommé protestant Sommer. Le gendre de Mélanchtonj Gaspar Pencer, ainsi que Joachim Rheticus, le savant cracovien, y professèrent les humanités.
Il eut aussi le tort de mettre un terme aux excès polygamiques de ses sujets. S'attribuant la faculté déjuger en dernier
ressort dans les procès de divorce, il séyissait avec une sévérité extrême contre tous les coupables de bigamie. Sommer, son biographe, prétend qu'il en a fait exécuter six en une heure.
D'une part, ayant éveillé les soupçons du clergé orthodoxe et, de l'autre, s'étant attiré la haine des libertins, il combla la mesure de ses fautes aux yeux de ses boyards par son mariage avec la fille du geôlier protestant de Cracovie^ nommé Zboyovsky. Livrer au sultan Schreiber^ le colporteur des imprimés des protestants, ne pouvait plus changer l'opinion publique en sa faveur. Aussi, dès qu'on s'aperçut qu'il avait congédié ses généraux Székely et Roussel^ on conspira d'abord contre ses partisans — on empoisonna l'évéque Luzsinsky — ensuite contre Jean lui-même. *
Il se répand en Moldavie tout à coup le bruit d'une invasion des lartares. Alors le vayvode envoie incontinent à la frontière ses trois cents cavaliers magyars, encadrés de plusieurs milliers de Moldaves^ mais ils ne trouvent nulle part trace des envahisseurs. Campés ensemble, les Magyars sont massacrés pendant la nuit par les conspirateurs. Le lendemain, ils entrèrent à Szucsava, où résidait Jeariy pour y attaquer le château vayvodal et pour y exterminer tout le monde. Ils égorgèrent la veuve de Luzsinsky; ensuite, ayant fait périr les marchands étrangers dans la ville, ils se rendirent à Com^7*où ils détruisirent l'école. Les élèves furent dispersés, les professeurs et les prêtres assassinés. Le directeur Sommer ne se sauva qu'avec grande peine.
Les auteurs roumains ne parlent de cette école que dédaigneusement. (I L'école fondée à Cotnàr par le despote-vayvode en 1562, dit A, Densusiano (1), dont on a tant parlé chez nous, était une école étrangère ayant une destination religieuse. Le despote la plaça h Cotnàr parce qu'il y avait là une population étrangère considérable composée de Magyars et de Saxons catholiques, n
C'est avec l'aide de la Hongrie que le vayvode Jean est
(1) Istoria timbei si lUeraturel romane. Editiunea a doua. Jasi. 1894, p. 133 et 134.