LIVRE DEUXIÈME
monté sur le trône de la Moldavie, c^est dans un endroit habité par des Magyars et des Saxons qu'il a fondé la première école • sur le territoire moldave, donc c'est sous l'égide magyare qu'il a allumé le flambeau de la civilisation occidentale en pays roumain. On l'a éteint par ressentiment reIigieuX| préférant l'obscurantisme slave à la lumière des idées occidentales, dont la propagation en Orient était de tout temps un devoir sacré pour la Hongrie. Des actes semblables à la destruction des écoles de Cotnàr font que les Roumains restent étrangers à la commotion intellectuelle produite par la Réforme. Or c'est la participation aux mouvements intellectuels engendrant le progrès de V Humanité qui rattachent les moindres aux grandes nations, et non pas l'origine commune ou la parenté. La race magyare a incontestablement une origine asiatique, mais elle est attachée par tout son passé millénaire à rOccident, car il n'y a pas d'appel intellectuel, moral ou esthétique adressé à V Europe qui n'ait trouvé dans son sein un écho des plus sympathiques.
Dix-huit ans après la mort du despote-vayvode, c'est un autre aventurier qui monte sur le trône de la Moldavie. Janco Sasu ou Joan Lutéranul se fait passer pour, un fils naturel de Pierre Rares, mais en réalité il est Saxon, comme son nom l'indique. « Le vayvode Janco commit beaucoup de méfaits pendant son règne, dit Miron Gostin, de qui tout le pays se détourna avec dégoût, car il n'aima pas la vraie religion. » En effet on sait pertinemment que le compétiteur du vayvode Pierre Schiopoul avait aussi des velléités de propagande en faveur du protestantisme et peut-être eussent-elles été couronnées de succès s'il ne s'était pas rendu odieux à cause de sa vie dissipée et de ses extorsions, et si le roi de Pologne, Etienne Bàthory^ ne l'avait pas chassé de la vayvodie au bout de trois ans.
Ce furent, au contraire, les Turcs qui chassèrent Pie/rcScAiopoul après que, pour la quatrième fois, il eût pris possession du trône moldave. Alors commença sa mise à l'enchère à Constantin nople. Mihnéa offre 30,000 ducats, un autre 500,000 écus, un Juif nommé Manole 600,000. Mais Aron l'emporta car il promit un million, dont il a payé la moitié au comptant, l'ayant emprunté à des riches marchands grecs, turcs et juifs.
u Voilà comment fut mis à Tenchère le pays de Stefan cel mare! — s'écrie Fauteur d'un livre scolaire (1). D'ailleurs on considéra toutes les deux vayvodies comme propriétés appartenant aux esclaves du sultan, puisqu'il héritait de leur fortune. On ne savait jamais quel était le tribut payé par l'État, car il s'augmentait tous les ans... Les vayvodes n'étaient que des espèces de mercenaires, qui n'étaient au trône que pour encaisser le tribut, mercenaires qui se précipitaient du trône mutuellement pour mieux satisfaire la soif d'or des Turcs, à qui il fallait payer au moins 200,000 ducats à chaque avènement au trône. »
tt Et la Moldavie devenait un désert par suite des incursions dévastatrices des Tartares, des Turcs et des Cosaques, et à cause des famines et des ravages des pestes fréquentes. La misère y était si grande que quand le roi de Pologne, Etienne Bâlliory, la traversa en 1570, le vayvode Pierre Schiopoul ne pouvait lui envoyer que du pain bis vendu très cher. En écrivant au grand vizir deux ans plus tard, ce même roi raconte que la situation de la Moldavie était devenue tellement précaire que des voleurs ordinaires y montent au trône vayvodal. «
Et ce qui se passe en Valachic à cette époque n'est guère plus . édiBant. Dans les soixante-quatre ans qui s'écoulent de la mort de Radu de la Ajumati jusqu'à l'avènement du célèbre Michel le Brave [Aq 1529 à 1593), dix-neuf vayvodes y occupent successivement le trône, parmi lesquels deux seulement ne meurent pas de mort violente. Radu Calugarul régna douze ans (I534à 1540), mais étant tombeau pouvoir des Tt/z-c^, il termina ses jours dans un couvent de la Palestine. Son successeurJf zrcéa Ciobanul[\h^Q à 1552), fils Ae Radu de la Ajumati^ était berger dans les Balkans avant de devenir vayvode. Il finit également en captivité à Constantinople, Petrasco le remplaça avec avantage, mais il mourut empoisonné (1557), laissant trois fils dont l'ainé fut Pie/re Cercel (1583 à 1586), homme religieux, mais pusillanime que les vicissitudes de la politique conduisirent à Venise où il usa, mais en vain, même de la médiation du
(i) TociLKSco, Istoria româna, p. IH,