LIVRE DEUXIÈME
roi de France auprès du sultan pour ressaisir le pouvoir. Mihnéa donna 700,000 piastres pour le trône vayvodal(I585 à 1590), maïs il ne put le conserver, car Stéphan Surdul Tacheté pour 500,000 ducats (1590 à 1592). Alors Mihnéa devient mahométan et promet au sultan la conversion au mahométisme de tous ses compatriotes, mais il tombe comme bey à la bataille de Tirgoviste en disputant le pouvoir au héros roumain Michel'Vùéazul, dont le souvenir est pieusement gravé dans la mémoire du peuple roumain et dont on peut admirer la statue équestre sur une des plus belles places de Bucarest !
C'est à la même époque — exactement en 1557 — que Ton rencontre en Transylvanie les premiers indices d'une organisation hiérarchique de l'Église grecque orientale, car ce fut dans cette année que la reine Isabelle confirma l'évêché de Figumen — du prieur — du couvent de Felsô-Diod. Jusque-là il est impossible d'y constater, ù l'aide de documents authentiques, l'existence du haut clergé orthodoxe, ou, selon l'expression de Bariiio : « il nous est impossible de savoir si le clergé roumain grec-oriental jouait un rôle quelconque en Transylvanie avant la Réforme. »
En ce qui concerne les Roumains de la Hongrie^ il y a quelques documents du xiv* et du xv* siècle qui se rapportent au règlement de la situation de leur clergé. Une lettre A Antoine^ patriarche de Constantinofjle, datée de 1391 et citée dans un rescrit de Vladislas II (1494), nomme Pacome à la fois igumcn du couvent de Saini-Michel^ fondé par le vay vode Balitza et par son père, maître /)r«5'06', — et e.ra7'</2/e de tous les fidèles dépendant du couvent et de ceux habitant en Szilàgy^ à Erdôdy dans Ugocsa, dans Ungbereg^ à Csicsô, à Bàlvànyos et à Biszira, « Après la mort de Pacome, Balitza et Dragos auront le droit — d'accord avec les moines — d'élire un nouvel igumen, qu'ils vénéreront également comme un igumen du patriarche. » Donc c'est Vigumenai que prend pour point de départ de son développement la hiérarchie orthodoxe aussi bien en Hongrie qu'en Transylvanie.
En 1479, le roi Mathias exempte le clergé roumain de Marmarcs du payement de tout impôt sur la demande du métropolite de Belgrade^ .nommé Jovanyc/iih. Et comme on appelle en
roumain Gyulafehérvàr pareillement Belgradcy les historiens ecclésiastiques roumains n'hésitent pas à revendiquer ce métropolite pour leur compte, feignant d'ignorer la tournure serbe du nom Jovanychik et supposant que le fils du glorieux vainqueur de Belgrade en Serbie^ se fût servi du même nom, connu des Roumains seuls, pour désigner une autre ville.
Et rimportance deTéglise roumaine n'est pas beaucoup plus considérable en Transylvanie même, à la fin du xvi* siècle, puisque le traité conclu le 25 mai 1595 entre Sigismond Bàthory et le vayvode Michel^ où cependant celui-ci reconnaît pour maître le souverain de la Transylvanie^ contient le passage suivant : tt Son Altesse Sérénissime — c'est-à-dire Sigismond — maintiendra tous les ordres ecclésiastiques et monastiques ainsi que ceux des caloyers dans leurs anciens us et coutumes^ rites, cérémonies et privilèges, ils pourront aussi librement toucher tous leurs revenus. Car toutes les églises valaques sises dans les possessions de Son Altesse seront sous la juridiction et à la disposition de l'archevêque de Tirgoviste (qui se trouve en Valachie), toutefois en tenant compte du droit ecclésiastique et des règlements de ce royaume (la Transylvanie) et elles pourront encaisser leurs revenus usuels et ordinaires (1). »
Il appert de ce document que l'église roumaine de la Transylvanie dépendait du métropolite de la Valachie ou, comme il s'appelait officiellement : de VVngro-Valachie. En énumérant les droits et les devoirs de celui-ci, le » Pravila biserecésca » indique clairement que c'est à lui aussi de consacrer les évéques de Transylvanie. Et de quelle époque date la fondation du siège de ce métropolite? Du temps du vayvode Alexandre Basarab^ car c'est en 1359 que le patriarche et le synode lui envoient, sur sa demande, Hyacinthe^ le métropolite de VitzinèSy afin qu'il ait aussi un véritable pasteur. Ce métropolite dépend directement du patriarche qui prévient le vayvode qu'il faudra s'adresser de nouveau à lui ou à ses successeurs, si l'on veut avoir un autre métropolite après la mort de Hyacinthe.
En Moldavie^ les fidèles de religion grecque-orientale appar-
(1) Prat, Dissertationes historico-criticœ, Vieima 1774, p. 140 et 141