‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 98 sur 232 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

inattendus les rendaient particulièrement insupportables aux Bàthory raffinés, imbus des idées de la Renaissance, ayant pour modèles les Médicis et visant, par conséquent, à l'absolutisme plus ou moins déguisé. Ce fut cependant Jean-Sigisniond de Szâpolya qui dépouilla les Sicules de leurs franchises (1562); les Bàthory ne firent que les leurrer de promesses non remplies, ce qui les irrita beaucoup plus peut-être que les répressions cruelles dont ils furent les victimes soit pour avoir pris parti contre Vladislas //soit pour avoir combattu sous Gaspard Békes Télection à^ Etienne Bàthory y après la mort du dernier, des Szâpolya,

Cet État indépendant de la Tt'ansylvanie n'était toléré par les Habsbourg qu'à titre provisoire ; car, étant les possesseurs de la couronne de saint Etienne^ ils se considéraient comme les maîtres légitimes de cette ancienne province hongroise : autre preuve en faveur de la légalité de son union présente avec la mère patrie, dont la réoccupation leur revenait toujours de droit. Quant à la Sublime-Porte^ ellejouait à l'égard de la Tra/isylvanie le rôle d'une protectrice plus ou moins désintéressée, se contentant du résultat négatif de l'avoir détachée delà Honifrie et ayant l'espoir de la maintenir à jamais dans l'orbite de sa politique anti-autrichienne.

Pour indiquer finalement le caractère général de l'action et des acteurs du drame que l'on voit dérouler devant soi en étudiant la biographie de Michel le Brave^ on doit se rappeler que le théâtre en est aux confins de l'Orient où les calculs savants de la diplomatie machiavélique occidentale et les roueries les plus audacieuses des peuples à moitié sauvages se combattent dans toute leur horrible nudité. II faut donc beaucoup d'indulgence en face des forfaits monstrueux auxquels on assiste, mais qui, restant stériles et étant presque aussitôt punis, n'offusquent le bon sens que pour peu de temps et démontrent la vanité de toute grandeur dont la base n'est pas la supériorité morale et intellectuelle, la droiture des principes et la fidélité à la foi jurée.

Au moment de la fuite en Transylvanie de Michel^ c'est-àdire en 1592, Sigismond Bàthory était déjà décidé à rompre

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avec les Turcs, Et il voyait même un auxiliaire tout indiqué contre eux dans le réfugié roumain brave et intelligent, impétueux et habile. Usant du grand crédit qu'il avait alors à Constantinople , il écrivit à Sinan^Pacha^ ainsi qu'à Edouard Bario^ nus y ambassadeur d'Angleterre^ de tout tenter en faveur de la candidature de Michel au trône vayvodal de la Valachie. Muni de ces recommandations précieuses, Michel partit à Constantin nopUy où Toncle maternel de sa femme, Jane Cantacuzino, le put puissamment aider aussi. Grâce au concours de trois hommes tels que ce dernier, le pacha et l'ambassadeur susdit, le sultan destitua Alexandre Bogdan et le remplaça par Michel, en lui donnant une escorte de deux mille janissaires et spahis.

ce En acceptent la vayvodie du grand seigneur, dit Szamoskozfj Michel lui promit 70,000 écus d'annuité; mais ce n'était qu'une promesse et rien de plus. Il promit aussi à Constantinople aux pachas d'acquitter toutes les dettes arriérées de ses prédécesseurs : chose tellement impossible que pour l'accomplir il aurait fallu qu'il vendit toute la population de la Valachie. » Il n'y avait donc de salut pour Michel c^ue dans un rapprochement avec Sigismond Bàtliory et les puissances occidentales et dans l'expulsion de ses créanciers turcs de la Valachie y où ils étaient venus pour y faire rentrer leur argent, au besoin manu militari.

Il exécuta son plan au moyen d'un coup d'État particulier. Dans la deuxième année de son règne (159i), il assembla ses créanciers turcs sous prétexte de les payer. « Il les conduisit dans une maison en bois et, après les y avoir enfermés, il la fit incendier et détruire à l'aide des obus de ses canons. » C'était le signal de l'extermination de tous les r«/7C5 résidant en Valachie,, c'était une déclaration de guerre lancée à la Sublime-Porte et la confirmation de l'alliance avec la Transylvanie, « Sigismond et Michel écrivent au vayvode Aron afin qu'il se sépare des Turcs également... Ils lui envoient tant de lettres de menaces qu'il fait exterminer tous les Turcs dans son pays, la Moldavie, à son tour. ( I ) »

(1) SzAMOSKOZY, vol. IV, p 95 et passim.

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