‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 99 sur 232 · LIVRE DEUXIEME SOI · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME SOI

Pour agir aussi hardiment, il Fallait que Michel fût bien convaincu de Texcellence de ses forces militaires. Voilà, à cet égard, les appréciations des auteurs contemporains : « Dans Tarmée de ce vayvode, il y a en dehors des Valaques, dont la bravoure a été reconnue par les Turcs depuis le temps de leur célèbre chef Dracula, beaucoup de Hongrois et de Transylvaniens, ensuite quelques Arnautes, Grecs, Bulgares et Serbes. Il a peu de gens pourvus de fusil, mais, à défaut de cette arme, les Transylvaniens et surtout les Hongrois se battent plus volontiers à cheval ayant des sabres et des lances, et déployant énormément de courage en face de Tennemi. (I) n

Or ces Hongrois et ces Transylvaniens étaient des Magyars et des Sicules non pas pour grossir le nombre des simples soldats, mais pour former Tétat-major proprement dit de 3/icAe/, pour donner des chefs à ses troupes roumaines ellesmêmes, telles que ses gardes du corps appelés des beslia à la tète desquels il plaça Petnehàzy^ ou ses artilleurs qu'il confia à Albert Kirâly,

Ayant ainsi complètement réorganisé son armée, Michel débuta par une campagne offensive. Il prit Giourgévo et Flok à Tembouchure de la Jalomniiza et les ayant fait raser il traversa le Danube à Hirsovo le I*' janvier 1595 et il réussit à battre les Turcs qui y hivernaient. ^ Le brave et excellent Albert Kiraly promena son armée, écrit Balcesco^ si ce moment-là avec une rapidité inouïe, en faisant tout détruire par le feu et le fer, à travers toute la Bulgarie. Ayant occupé Sistovo, Csernavoda, Rasgrade, Babadag, Oblusitza il avança jusqu'à la mer Noire à Terobouchure du Danube et même jusqu'à Varna. Ensuite il traversa les montagnes et il pénétra au-delà d'Andrinople presque jusqu'à Constantinople après avoir dispersé une foule de détachements turcs ou tartares. Puis Kiraly retourna chez Michel avec son armée, n'ayant jamais été battu et chargé de butin considérable. »

Et la supériorité des hommes de guerre magyars ne s'est pas manifestée dans les qualités militaires seulement pendant cette campagne d'hiver si célèbre. Ils ont démontré qu'à côté des

(1} LoHEHZo SoRAHZo, VoUomano, p. 147.

Roumains à peine dégrossis, ils étaient les représentants des sentiments chevaleresques des peuples civilisés. Au siège de Braïla notamment, ils ont sauvé Phonneur des armes chrétiennes. Car iie pouvant plus résister, les Turcs avaient consenti enfin à rendre la ville (le 30 mars ir>95). Mais <« étant natif de Braïla, le bon Mihalcsa ne voulait accepter la reddition que sous la condition que les Turcs sortiraient sans emporter leur fortune mobilière. Sur les instances des capitaines hongrois, il accepta cependant finalement les termes de la capitulation et il jura même de les respecter. Et de fnit,les Turcs rendirent la ville le lOavrilet commencèrent incontinente Tévacuer. Ils placèrent leurs biens et leurs trésors sur des bateaux. Alors les nôtres, les Roumains voyant tout Tangent que les assiégés avaient et même de Ter fondu, et aveuglés par la passion du pillage, par laquelle plusieurs d'entre eux étaient dominés au grand détriment de la subordination, devinrent parjures et se jetèrent sur les pauvres Turcs en dépouillant les principaux et en en tuant même quelques-uns. Témoin de cette violation de la convention, le tschaousse Kara s'écrie : « Menteurs! Quelle est votre religion pour vous permettre une chose pareille? » Albert Kiràly et plusieurs officiers de ses troupes c'est-à-dire des troupes hongroises, tirent alors leurs sabres afin de retenir les chrétiens du pillage des Turcs et ils en tuent même les plus réailcitrants. » Tel est le récit de Balcesco^ Tennemi acharné AesMagyars, au sujet de cet incident si suggestif pour caractériser les deux nations.

Après la campagne de Bulgarie^ le 25 mai suivant, Michel conclut un traité avec Sigismond Bàthory dans lequel il reconnait ce dernier pour son maître et roi et il lui prête le serment de vasselage. Dorénavant ce sera Sigismond^ c'est-à-dire le prince sérénissime de Transylvanie, qui confirmera le vayvode de la Valachie son lieutenant et les membres de son conseil, composé de 12 boyards. Le vayvode ne pourra accorder des privilèges qu'au nom du prince qui jugera en appel les procès entraînant la condamnation capitale. La Valachie enverra des députés aux dictes de la Transylvanie, C'est là que l'on votera les impôts, dont le vayvode devra rendre compte publiquement. C'est le prince qui fixe les appointements du vayvode.

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