COLONISATION DE L*ILE BOURBON
édifiées dans ces lointains et beaux pays, par la foi admirable de nos ancêtres !
Qu'elle est particulièrement curieuse la colonisation de rîle Bourbon qu'on nomme « La Perle » ou encore < L'Eden », île à la végétation luxuriante, à la flore merveilleuse, où primitivement s'étendaient partout la forêt immense, les néfliers, les oliviers, les mahos, les andrèzes et les palmiers, balançant, dans le ciel immuablement bleu, leurs têtes eh parasol.
Et c'était, raconte la tradition locale, un parfum de mousses et d'orchidées qui imprégnait l'air infiniment calme ; c'était une émanation de conizes et de catufayes qui descendait des grands bois et allait se mêler sur le rivage aux effiuves de la mer.
Et, sur la grève blanche, irisaient les coraux rosés, miroitant sous le soleil. Et dominant la grève, égayée par la perpétuelle chanson des cascades, verdoyaient des bouquets de nattes, de bois de fer, de benjoins, de fougères, de vacoas et d'affouches, dont les racines s'entrelaçaient comme d'étranges et mystérieux serpents aux teintes de neige. Et, dans cette nature de rêve, s'ouvraient trois immenses cavernes dont l'une, celle du milieu, peut encore contenir plus de mille personnes.
Ces trois cavernes, ce sont les cavernes « Saint-Paul » ou des « Français » .
« De quelle émotion profonde, dit (1) un très érudit historien de là-bas, on se sent envahi, en pénétrant dans cette enceinte, où l'on foule silencieusement le sable doux et vacillant, comme le tapis moelleux d'un temple sacré ; où l'air, attiédi par la roche, reste toujours dans le calme absolu, loin des
(1) Page 20 et suivantes. — Fondation du Quartier Saint-Pierre Ldbourdon» nais, par Jules Hermann, publication coloniale. Saint-Denis, Réunion ; Typographie Gaston Laliuppe et C'% 48, rue de TEgUse, 1898.
50 MAHi DB LA BOURDONNAIS
' variations brusques du dehors. Le feuillage des grands arbres, près de rentrée, les lianes qui y tombent du haut de la montagne, semblent,. par leur immobilité, plaqués dans le clair du firmament. Seul, le bruit affaibli des cascades voisiiles et des flots plus lointains vous revient en écho des parois de la voûte.
c Quels sont les voyageurs qui dans le passé, se demandet-on, ont présidé à l'arrangement de ce lieu et y ont les premiers vécu ? »
Il est certain aujourd'hui que c'est dans ces merveilleuses cavernes que vécurent les premiers habitants de l'île Bourbon. Ainsi, les vingt colons qui, envoyés là-bas par Colbert, sous la direction d'Etienne Regnault, y atterrirent en 1665, venant de Madagascar. Ainsi, 10 ans plus tôt, une petite colonie de Français et de Malgaches. Ainsi, avant tous les autres, vers 1528, le Portugais Mascarenas, auquel on attribue la découverte de l'île. Ainsi, également en 1646, Antoine Couillard qui y séjourna plusieurs années, avec une douzaine de compagnons.
Cependant, les premiers explorateurs qui débarquèrent sur le rivage enchanteur de Bourbon, abandonnèrent vite le séjour des cavernes, pour se construire des cases en plein air sous le beau ciel du pays. Du quartier Saint-Paul, où se trouvent les cavernes, ils s'avancèrent peu à peu vers le Nord, où existent aujourd'hui les beaux quartiers de Saint- Denis et de Sainte-Suzanne.
C'est alors que prit bien vite naissance ce qu'on a appelé à Bourbon, le « parti de la tortue ».
Souvent nos aïeux, véritables colonisateurs de cette île lointaine, souvent les familles créoles, si nombreuses à Saint- Malo, parlèrent chez nous de cette étrange singularité qui domine toute l'histoire coloniale de l'île Bourbon. D'immenses carapaces qu'on rapportait alors sur nos navires et qu'on plaçait dans le salon, à côte des gros coquillages et des