‹ Mahé de la Bourdonnais et la Compagnie des IndesChapitre 20 sur 71 · DEUXIÈME SÉJOUR DANS L*INDE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SÉJOUR DANS L*INDE

Sur le gaillard d'avant, voici M"« de Caillou, douce et gracieuse créole qu'entourent MM. Villarmois, Gresle, Guinée et Longchamps de Montendre, son fiancé.

Ce dernier descend le long du bord, se jette à la mer et revient pour déterminer sa fiancée à se sauver avec lui.

Celle-ci n'ose pas. Alors, préférant mourir avec celle qu'il aime, il demeure sur le vaisseau qui s'abîme dans les flots.

Sur le gaillard d'arrière, c'est M. de Peramon qui, d'après une touchante tradition locale, tombe aux genoux de sa jolie fiancée, Virginie de Mallet, la suppliant de se dévêtir pour qu'il puisse plus facilement la sauver.

Mais la pudique créole refuse.

Et la tradition qui, ici, s'inspire d'une source bien plus légendaire qu'historique, raconte que M. de Peramon se jette à l'eau et va — comme la colombe de l'arche — cueillir sur le rivage une branche de rameau vert qu'il rapporte à sa fiancée, pour mieux lui faire voir combien il pourrait facilement la sauver.

Mais celle-ci n'ose se résoudre à quitter ses vêtements. Alors, M. de Peramon tirant de son portefeuille une boucle de cheveux qu'elle lui avait offerte, la baise religieusement et, la mettant sur son cœur, attend la mort à côté de sa fiancée.

Lors, victime tous deux de cette exquise pudeur, ils dispa-

raissent dans les flots (1).

Une tradition de famille (2) raconte aussi, qu'au moment du naufrage, M™^ de Mallet eut un songe dans lequel elle vit sa fille qui allait périr et se tenait debout sur le pont d'un navire.

(1) Renseignements puisés dans les dépositions des témoins, au Greffe de la (Jour de Maurice. Voir A. Pascau : Chroniques de l'Ile de France. E. Piston : « La Bourdonnais ». Mogon de Saint-Elicr, H. de Rauvillc : Vile de France légendaire. Notice publiée en septembre 1886 dans la Gazette des marchands et planteurs. Albert Pitot, p. 45, Vile de France, ouvrage précité.

Récit de M. de Mallet, ofTicicr ù Pondichéry et frère de Virginie. Cité par M. Pitot, susnommé.

(2) Magon de Saint-Elier.

M Ukni f>Ë LA BOURDONKAIS

Réveillée en sursaut, elle n'eut de repos qu'après avoir envoyé aux renseignements, à la Poudre d'Or, quelques Noirs ainsi qu'un commandeur nommé Domingue. Quand ils arrivèrent, M. de la Bourdonnais était sur la plage, avec ses officiers, et c'est lui qui leur aurait annoncé la mort de Virginie.

Il est certain, contrairement à ce récit, que personne n'eut connaissance du naufrage, jusqu'au jour où les survivants furent recueillis à la Mare-aux-Flamands,

Quant au corps de Virginie, il aurait été trouvé, comme le raconte Bernardin de Saint-Pierre, étendu sur le sable, dans la Baie-du-Tombeau.

Est-ce en souvenir de la pieuse et pudique Virginie que cette baie porte aujourd'hui le triste nom : la Baie-da-Tombeau ? Les érudits de l'Ile de France discutent beaucoup sur ce point. Toujours est-il, qu'au commencement de ce siècle, un habitant des Pamplemousses eut l'idée d'ériger là un monument à l'héroïne de Bernardin de Saint-Pierre.

Ce monument fut appelé le Tombeau de Virginie et, près de ce tombeau, on a même élevé, plus tard, un mausolée tout semblable, à la mémoire, celui-là, de Paul, le gracieux fiancé que Bernardin de Saint-Pierre donne, dans son roman, à Virginie.

Tel est, avec quelques-unes des jolies traditions qui l'enguirlandent, le récit du célèbre naufrage du Saint-Géran, Ce navire apportait 20.000 livres à la Compagnie des Indes et surtout les vivres si nécessaires, en raison de la disette qui alors désolait tout le pays.

Ce naufrage (1) fut donc une véritable calamité publique et, au dire même de la Bourdonnais, il impressionna telle-

(1) Au bureau des Archives de nie de France, se trouve le dossier de Fenquête faite à 1a suite du naufrage du Saint-Géran.

Au si^et des deux jeunes filles qui étaient à bord, on lit ce qui suit : L'an 1744, le 24 août, à 8 heures du matin, ont comparu au greffe les nommés Jean Janvrin, pilotin de Saint-Malo, et Pierre Vergey, adjudant canonnier de Lorient, tous deux réchappes au naufrage du Saint-Géran, lesquels ont déclaré ce qui suit : .... M"* Mallet était sur le gaillard d'arrière, avec M. de Peramon

Page 1