DEUXIÈME SÉJOUR DANS L'INDE
ment les habitants de Tîle que, longtemps après, ils refusaient encore tout service à bord des navires (1).
Guère plus heureux que le Saint-Géran, un autre navire qui devait apporter une provision de riz, dut rentrer au port, sans avoir pu accomplir son voyage.
Alors il fallut réunir le Conseil supérieur de Tile, mettre les habitants à la ration et aller chez eux réquisitionner des vivres qui leur étaient, du reste, scrupuleusement payés.
Ces mesures, nécessitées cependant par les circonstances les plus impérieuses et inspirées par l'intérêt général, n'en firent pas moins critiquer la Bourdonnais, tout comme s'il était responsable de la disette qui accablait la colonie.
A Bourbon, même mécontentement I causé, celui-là, parce que la Bourdonnais, pour travailler à l'armement des navires et à la défense du pays, avait dû réquisitionner des Noirs qu'il payait cependant 18 livres par mois à leurs propriétaires.
Enfin, après plusieurs mois de la plus terrible et la plus cnervanie expectative, voici, en mai 1745, l'armement à peu près complet.
Il s'agit maintenant de prendre un parti.
Faut-il aller aux Indes faire des prises ?
Certes, ce plan est fort séduisant, car l'escadre anglaise navigue toujours dans les détroits.
qui ne Tabandoonait pas. M"* de Caillou était sur le gaillard d'avant, avec MM. Villarmois, Gresle, Guinée et Longchamps de Montendre qui descendit le long du bord pour se jeter à la mer et remonta presque aussitôt, pour déterminer M"* de Caillou à se sauver.
(1) Bernardin de Saint-Pierre qui est la seule personne, comme le dit M. Elle Pqjot (simples renseignements sur llle Bourbon), à laquelle le naufrage du Saint'Géran ait profité, est arrivé à Tlle de France en qualité d'ingénieur, le 14 juillet 1768, c'est-à-dire 24 ans après la catastrophe. S'il avait pu se douter de l'immense succès que son ouvrage de quelques pages devait obtenir, de rintcrêt et du charme infinis que l'on trouverait à vérifier chaque détail, il est certain qu'il aurait mis plus de soin à recueillir ses notes et qu'il aurait évité les erreurs de dates et de noms que l'on rencontre dans son récit du naufrage. (Ile Maurice, Mahé de la Bourdonnais. Documents réunis par le Comité du bi-centenaire de la Bourdonnais. Port-Louis, 1899).
Faut-il, au contraire, plus simplement, rester aux îles et y attendre les navires de la Compagnie qui y viendront relâcher, en revenant de Chine ? Alors, il ne s'agira que de les ravitailler, et partir avec eux pour Pondichéry.
C'est à ce deuxième parti, approuvé par le Conseil supérieur, que s'arrête la Bourdonnais qui expédie alors tous ses navires à Madagascar, afin de ménager les vivres de l'île.
Cependant, à la date du 28 juillet, alors que la Bourdonnais se disposait à partir pour les Indes, arrive le navire VExpedition. Ce vaisseau lui annonce la venue prochaine d'une escadre composée de VAchille, le Saint-Louis, le Phénix, le Lys et le Duc d'Orléans. Il lui apporte aussi les ordres du roi lui confiant la haute main sur tous les vaisseaux de la Compagnie.
Ces ordres, donnant à Mahé de la Bourdonnais le commandement suprême de toutes les forces navales dans les Indes, sont ainsi conçus (1) :
Ordres du roi relatifs au Commandement
De par le Roi,
Il est ordonné à tous les capitaines et officiers des vaisseaux de la Compagnie des Indes de reconnaître pour commandant le sieur Mahé de la Bourdonnais, capitaine de frégate, gouverneur des îles de France et de Bourbon, et de lui obéir en la dite qualité, en tout ce qu'il pourra leur ordonner, soit qu'il s'embarque à bord des dits vaisseaux ou qu'il juge à propos de les envoyer à quelque expédition particulière, et ce, sous peine de désobéissance.
Fait à Versailles, le 11 avrU 1745.
Signé : Louis,
et plus bas, Phelypeaux.
(1) Page 264» pièces justificatives. Mçmoire pour Iç sieur de la Bourdonnais, ouvrage précité,
DEUXIÈME SÉJOUR DANS L'iNDE * 87
Le 25 novembre 1745, la Compagnie donnait à son tour à Mahé de la Bourdonnais des ordres analogues et lui annonçait l'arrivée des navires dont nous venons de parler.
« Elle a pris le parti, lui disait-on, de vous les adresser tous et de vous laisser le maître d'en disposer, suivant les circonstances et les nouvelles que vous avez reçues de llnde (1). » A ce brevet de commandement suprême, le Ministre joignait l'ordre d'armer immédiatement en guerre tant les vaisseaux du roi que ceux de la Compagnie; d'aller porter à Pondichéry 100.000 marcs de piastres et de soutenir l'honneur du nom français dans l'Inde.
Le Ministre indiquait même à la Bourdonnais différentes croisières, mais l'autorisait à agir d'après les circonstances, tout en l'invitant à prévenir alors Dupleix, avec tous les égards possibles, du parti auquel fmalement il j ugeraît bon de s'arrêter.
Entre le 28 janvier et le l®*" février, après une longue attente durant laquelle il avait fallu dépenser une partie des vivres destinés au voyage des Indes, arrivèrent enfin les navires annoncés.
Mais, à leur arrivée, les équipages sont fatigués de leur longue traversée. Les officiers ont apporté des pacotilles qu'ils ne voudraient pas débarquer, mais aller négocier sans plus de retard.
Aussi, est-ce avec un sentiment de mécontentement général que l'escadre apprend qu'il lui faut partir de suite, pour répondre à la confiance du gouvernement, et aller soutenir, contre les Anglais, l'honneur du pavillon français.
La Bourdonnais, qui ne connaît que son devoir, écrit alors à la Compagnie que, malgré le mécontement général et l'animosité qui en rejaillit sur lui, il ne veut que songer à l'intérêt national. Alors, laissant dans l'île sa femme, ses enfants, sa fortune, il met à la voile, le 24 mars 1746, après avoir remis le commandement aux mains de M. de Saint-Martin.
(1) Mémoire pour U sieur de la Bourdonnçiis, page 2Qi,