‹ Mahé de la Bourdonnais et la Compagnie des IndesChapitre 24 sur 71 · RIVALITÉ ENTRE DUPLEIX ET LÀ BOURDONNAIS · texte numérisé non relu

RIVALITÉ ENTRE DUPLEIX ET LÀ BOURDONNAIS

A Messieurs les Membres du Conseil de Pondichéry (1)

Messieurs,

J'ai reçu la sommation et son contenu. Je n'ai consulté le Conseil que sur l'affaire de Madras. Il dépendait de lui d'opiner décisivement pour ou contre. Quant à la destination de mon escadre, ce n'est pas à lui d'en prendre connaissance. Je sais ce que je dois faire et mes ordres sont donnés pour qu'elle parte ce soir.

A Pondichéry; le 27 août 1746.

Signé : Mahé de la Bourdonnais.

Quoiqu'il advienne, la Bourdonnais se décide donc à partir pour Madras.

Apprenant cette décision, Dupleix exige de lui le débarquement de toutes les troupes de Pondichéry qui se trouvent sur ses vaisseaux.

c Au nom de la nation, Monsieur, ne nous aigrissons pas, lui fait répondre la Bourdonnais. Pour ne pas être d'accord sur un point, faut-il nous contredire en tout ? Quand ce ne serait que par bienséance, paraissons unis (1). »

Dupleix persiste dans ses exigences. La Bourdonnais lui retourne donc tous ses soldats et, fort de sa conscience, voulant agir au grand jour, demande même à Dupleix l'adjonction d'un deuxième commissaire qui aura pour emploi la surveillance spéciale des intérêts de la Compagnie.

Dupleix nomme à cette fonction son gendre, M. Desprémesnil. Alors, dans la nuit du 12 au 13 septembre, après avoir également demandé à Dupleix quel est son avis sur les conditions de paix qu*il conviendra d'imposer à Madras, la Bourdonnais met à la voile, avec une escadre composée de neuf vaisseaux et deux galiotes à voiles.

(1) Ibidem.

86 MARé DE LA BOURDONNAIS

Quel triste départ I quelle amère mélancolie et quelle profonde amertume doivent remplir l'âme du glorieux conquérant, ainsi méconnu et jalousé, ainsi ballotté entre les ordres les plus contradictoires ! A saluer sa sortie du port, ni vivats, ni vœux de succès, et cependant, à la tête de cette humble escadre qui ne possède ni les munitions, ni l'armement, ni les troupes nécessaires, le hardi Malouin que l'histoire intègre appellera t le vainqueur de Madras » part accomplir un des plus brillants faits d'armes dont s'enorgueillissent nos annales maritimes.

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