CHAPITRE Xin
La flotte de Pondîchéty.
Ce qu'étail la flolte de Pondlchéry. — Son départ pour Mei^Uy. — La desUna- Uon vérllable vers Achem. — On tient conseil. — Hefus d'aller à Achem. — A la recherclic de la Bourdonnais. — Arrivée A Pondlchéry (27 octobre 1746). — Nouveau conseil de guerre. — Nouveau départ vers Achem. — Ln flotte de Pondlchéry se sépare. — Son arrière-garde, avec la Bourdonnais, gagne les Iles. — L'avant-garde atteint Achem. ~ Elle revient à Pondlchéry. — Escales successives. — Triste fin de son odyssée.
En rade de Pondlchéry, il n'y avait pas seulement les trois navires qui, au dire de Dupleix, avaient apporté de France cette inexplicable lettre du 6 octobre dont nous parlions dans le chapitre précédent.
En rade, se trouvaient aussi cinq beaux vaisseaux de la O" appelés le Centaure, le Saint-Louis, le Mars, le Brillant et le Lys, ainsi que la Renommée et le Sumatra, navires ceuxlà en très mauvais état.
Or, il est intéressant d'étudier ici l'odyssée complète de cette escadre, en reprenant les faits au moment de cette épouvantable tempête qui ruina la flotte mouillée en face de Madras.
En réponse à la demande de secours adressés alors par la Bourdonnais à Dupleix, ce dernier ne voulant pas plus se dessaisir des cinq bons vaisseaux que nous nommions à
rinstanty que des trois vaisseaux nouvellement arrivés de France, ne songea qu'à berner son rival.
« Nous travaillons de toutes nos forces, lui écrivait-il, à décharger les vaisseaux que nous avons en rade et à leur fournir le lest, les vivres et Teau. Aussitôt qu'ils seront prêts, nous les ferons appareiller pour se rendre, s'ils peuvent, à Madras ; si non, ils iront où la Providence les conduira (1). »
« On vous enverra, lui disait-il encore, la Renommée et le Sumatra, où« l'on embarquera votre biscuit (1). »
« Tout cela veut dire — répondait la Bourdonnais, nullement dupe de toutes ces temporisations — le Centaure, le Mars, le Brillant, le Saint-Louis, le Lys feront semblant d'aller vous chercher et exprès ne vous trouveront pas. Par ce moyen, nous les aurons ici en janvier à nos ordres, nous en envgyerons deux chargés en Europe ; nous en garderons trois ou quatre dans l'Inde ; on vous donnera la Renommée et le Sumatra pour vous accompagner. Est-ce clair ? (2) »
Telle était, bien fort clairement dévoilée, l'intention de Dupleix et de MM. de Pondichéry qui, finalement, après lui avoir promis, à différentes reprises et notamment dans une lettre du 17 octobre, l'envoi de leurs cinq vaisseaux, finirent par lui annoncer, à la date du 22, qu'ils avaient dû prendre le parti de les envoyer hiverner à Merguy (3).
Or, ce n'était même pas à Merguy, c'était en réalité à 200 lieues de là, c'était à Achem qu'ils avaient résolu d'expédier leurs vaisseaux, afin de réclamer au roi de ce pays la restitution du navire le Favori que les Anglais avaient pris, dans les eaux de son royaume, ainsi qu'une indemnité de cent catis, soit 200.000 francs.
Et, pour colorer la légitimité de cette expédition, Dupleix,
(1) Pièce du procès n* CLVIII.
(2) Pièce du procès n* CLXXV.
(3) Pièce du procès n* CLXXIX.